jeudi 8 octobre 2026

Marie Magron (1776-1828), ép. Michel Pierville et sa descendance

Notre ancêtre Valentin Magron [96] (1748-1801), de Vexaincourt, a eu, de son premier mariage avec Odile Vigneron, trois enfants qui ont atteint l'âge adulte :

  • Joseph, né à Vexaincourt le 6 décembre 1771.
  • Marie Odile, née vers 1776.
  • Barthélemy, né à Vexaincourt le 15 mai 1787.

et un fils de son second mariage avec Barbe Ducarme :

  • Nicolas Valentin, né à Vexaincourt le 1er floréal an VI [20 avril 1798].

Cet article est consacré à la seule fille, Marie, dont nous avons tenté d'établir la descendance la plus complète possible jusqu'à nos jours.

Marie Magron (1776-1828), ép. Michel Pierville (1780-1827)

Michel Pierville et Marie Magron se marient à Allarmont le 30 nivôse an VIII [20 janvier 1800]. Il a dix-neuf ans et elle vingt-trois ans. Ils habitent tous deux à Vexaincourt où Michel est meunier comme son père, lui-même meunier à Belval. Le mariage a lieu au chef-lieu de canton comme le stipulait une loi de 1798. Le mariage est régularisé religieusement le 2 mai 1826, à Saint-Jean-du-Mont, paroisse dont dépend alors Le Saulcy où ils vivent à ce moment-là. En effet, en 1800, ils n’ont été mariés que civilement « pendant l'orage révolutionnaire ».

Bien que Michel Pierville sache signer son nom, cela n'empêche pas une très grande diversité d'orthographes dans les actes d'état civil dont on dispose. Dans ses actes de baptême et de mariage, le nom est orthographié Pierreville. Lors de son mariage, il signe Piervil. Dans les actes suivants, en particulier les actes de naissance de ses filles, le nom est orthographié Pierville et il signe Pierville. Plus tard, pour ses filles, l'usage s'imposera peu à peu d'orthographier le nom Pierreville.

Signatures de Michel Pierville et Marie Odile Magron au bas de leur acte de mariage (1800)

Après son mariage, Michel Pierville est meunier à Belval, où naît leur première fille, prénommée Marie Odile comme sa mère, le 5 nivôse an IX [26 décembre 1800]. Ils semblent ensuite avoir vécu à Vexaincourt où leur sont nées de façon certaine une fille, Marie Anne, le 20 brumaire an XII [12 novembre 1803] et, de façon hypothétique, deux autres filles, Catherine, en 1805, et Marguerite, en 1806. Comme nous l'avons dit par ailleurs, les lacunes dans l'état civil de Vexaincourt ne permettent pas de garantir la filiation. Ces deux dernières filles n'ont laissé aucune trace, à la différence de Marie Anne dont le mariage nous fournit la filiation. Il est probable qu'elles sont décédées enfants.

Les villages du Saulcy, de Belval et du Mont où s'est implantée la famille Pierville et sa descendance
se trouvent dans une vallée parallèle à celle de la Plaine, berceau de la famille Magron

À une date indéterminée, mais avant 1826, la famille s'installe au Saulcy où elle va s'enraciner. Plus précisément, ils vivent à Quieux, un des hameaux de cette commune où Michel Piervielle est toujours meunier.  C'est là qu'il décède le 9 septembre 1827 à l'âge de quarante-sept ans. Son épouse lui survit moins d'un an. Elle décède le 14 août 1828 à Quieux, dans la maison de Joseph Launoy. On ne sait pas qui c’est. Peut-être est-ce le propriétaire de la maison que Michel Pierville et Marie Magron louent à ce moment-là. Toujours à cause des lacunes des registres paroissiaux de Vexaincourt, l'année de naissance de Marie Magron est incertaine. Dans son acte de mariage, elle est dite âgée de vingt-trois ans, en janvier 1800, soit une naissance vers 1776. Dans son acte de décès de l'état civil, elle est dite âgée de quarante-huit ans. Elle serait alors née vers 1780. Si cette date est correcte, son acte de baptême devrait se trouver dans les registres paroissiaux de Vexaincourt disponibles pour cette année-là, ce qui n’est pas le cas. Dans son acte de sépulture des registres paroissiaux de Saint-Jean-du-Mont (paroisse dont dépend alors Le Saulcy), elle est dite âgée de cinquante-sept ans. De façon conventionnelle, nous avons pris l'âge au mariage comme base pour déterminer son année de naissance, soit 1776.

Le Saulcy, église de Saint-Jean-du-Mont

C'est au Saulcy que les deux filles se marient la même année, en 1826, Marie Odile avec Dominique Brumbt et Marie Anne avec Louis Stéquert. La descendance connue de Marie Magron et de son époux Michel Pierville représente 262 personnes en ligne directe. Si on ajoute les conjoints, elle représente 411 personnes. Il est particulièrement remarquable qu’elle soit restée très localisée dans la région d’origine, c’est-à-dire dans une zone centrée sur le village du Saulcy, à cheval sur le nord du département des Vosges et le sud de la Meurthe-et-Moselle. Si l’on prend comme référence la cinquième génération pour laquelle les naissances vont de 1867 à 1914 (la date de naissance moyenne est 1889), dans la période où l’état civil est disponible, et dont nous pouvons garantir l’exhaustivité, les 71 descendants directs connus, se répartissent entre seulement quatre départements :

  • Vosges : 47, dont 33 au Saulcy et à Belval (66 % et 46%).
  • Meurthe-et-Moselle : 16 (23 %).
  • Aube : 7 (10 %).
  • Haute-Marne : 1.

soit 89 % dans la zone dont nous parlons. Le pourcentage est le même pour la quatrième génération.

À la sixième génération (date de naissance moyenne 1915), Le Saulcy et Belval représentent encore 29 % des naissances, les Vosges et la Meurthe-et-Moselle 63 %. On voit apparaître une implantation dans le Calvados dont nous reparlerons.

Marie Odile Pierville (1800-1877), ép. Dominique Brumbt (1792-1856)

La fille aînée Marie Odile Pierville épouse le 17 janvier 1826 Dominique Brumbt, un boulanger d'origine alsacienne. Pour lui aussi, l'orthographe de son nom de famille varie tant pour lui-même que pour ses enfants. On trouve la forme Brumbt, celle qui l'utilise pour sa signature, mais aussi Brumpt et même Brumpth. 

Signatures de Dominique Brumbt et Marie Odile Pierville au bas de leur acte de mariage (1826)

Après son mariage, il s'installe à Quieux, le hameau du Saulcy où vivent son épouse et ses parents. Dans tous les actes le concernant, il est qualifié de manœuvre. Ils ont eu cinq filles dont quatre ont vécu, trois se sont mariées et seulement deux ont une descendance. L’enracinement local est encore plus marqué dans cette branche de la famille. À la cinquième génération (la même que ci-dessus), 13 des 15 descendants sont nés dans les Vosges, dans les trois communes du Saulcy, du Mont et, retour aux sources, de Vexaincourt. Cette stabilité géographique se double d’une stabilité sociale. On retrouve des cultivateurs, des sagards, des tisserands ou tisserandes qui travaillent pour la très active et prospère industrie textile vosgienne, ainsi que des ouvriers et ouvrières. 

Usine textile Nansé, à Quieux (Le Saulcy)
Source : Vosges-Matin

Plus tard, au XXe siècle, apparaissent les premiers mécaniciens, toujours dans les Vosges. Aucun des descendants dont nous avons pu identifier la profession n'accède à une profession intellectuelle. Le seul métier qui déroge à cette liste très traditionnelle est sans surprise celui d’employé à la Compagnie des Chemins de fer de l'Est, à Romilly-sur-Seine (Aube). C’est d’ailleurs l’une des rares branches qui a quitté les Vosges.

Le Harcholet (Le Saulcy)

Pour illustrer cette famille, on en est réduit à se contenter de faits divers comme celui qui concerne justement les époux Léopold Poirel (1886-1937) et Thérèse Jolly (1890-1937), à Romilly-sur-Seine. Comme le rapporte cet article du journal Le Petit Troyen, du 13 mars 1937, ils sont trouvés tous les deux morts à leur domicile.

Le Petit Troyen, du 13 mars 1937

Plus anecdotique, Nicolas Georges (1836-1910), cultivateur, au Haut du Harcholet, hameau du Saulcy, puis manœuvre, à Senones, est mort dans la forêt de Senones comme nous l’apprend cet entrefilet du Nouvelliste des Vosges.

Le Nouvelliste des Vosges, du 10 avril 1910

On notera la savoureuse remarque sur son épouse qui « lui avait remis 0,20 centimes pour boire la goutte. » Celle-ci est la seconde épouse de Nicolas Georges. La première est Marie Anne Brumbt (1831-1899), une des cinq filles Brumbt,

Enfin, on pense souvent qu'en l'absence de personnalités ou de notabilités dans sa famille, il n'y a aucun espoir d'en trouver des mentions dans la presse locale. Les deux articles précédents prouvent le contraire, comme celui-ci, qui rapporte les circonstances du décès de Julie Brumbt (orthographiée Brumpt) en 1896.

Le Mémorial des Vosges, du 1er février 1896

Certes, le décès est soudain, mais les circonstances n'en sont pas si extraordinaires, et, pourtant, il a justifié un article.

Enfin, cet article nécrologique concernant François Batelot (cliquez ici), un descendant d'Adèle Brumbt, ép. Avit Poirel, décédé à Vexaincourt en 2020, illustre presque à la perfection notre propos sur la permanence géographique et sociale des descendants de cette famille. En effet, au moment de son décès, il est bûcheron à Vexaincourt, comme ses ancêtres Magron. Son fils, garde forestier, maintient la tradition familiale.

Marie Anne Pierville (1803-1871), ép. Louis Stéquert (1804-1884)

La seconde fille Pierville, Marie Anne, épouse la même année que sa sœur, en 1826, Louis Stéquert, un meunier originaire de Saint-Blaise-la-Roche. Cette commune, anciennement dans le département des Vosges et actuellement dans le département du Bas-Rhin, appartient à la vallée de la Bruche dont nous avons déjà parlé dans l’introduction de l’histoire de la famille Magron. Ce mariage est de nouveau la preuve des contacts fréquents entre les habitants des deux versants des cols du Donon et du Hantz.

Comme d’autres patronymes, il existe de nombreuses variantes orthographiques de ce nom. Si la forme Stéquert est la plus courante, certains des descendants s’appelleront Stéquer (ou Stequer) et même Stéquaire comme la fille cadette du couple. Ponctuellement, on trouve des actes avec les orthographes Stecquer, Stecquert, Stecquaire ou Stecker, mais, à la différentes des autres, elles ne sont pas imposées dans cette famille.

Signatures de Louis Stéquert et Marie Anne Pierville au bas de leur acte de mariage (1826)

Au moment de son mariage Louis Stéquert est meunier à Colroy-la-Roche avec son père. Ensuite, il s'installe dans sa belle-famille, à Quieux, où il succède probablement à son beau-père. Puis, au gré des opportunités, on le trouve avec sa famille à La Parrière, autre hameau du Saulcy, à Belval, commune voisine du Saulcy, puis à Poutay, un hameau de la commune de Plaine, toujours dans la vallée de la Bruche. C'est dans ce hameau que Marie Anne Pierville décède à l'âge de soixante-sept ans, en 1871. Veuf et remarié, Louis Stéquert retourne vivre à Colroy-la-Roche où il décède à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Dans tous les villages où il habite, il exerce toujours le métier de meunier.

Louis Stéquert et Marie Anne Pierville ont eu cinq enfants qui ont tous vécu et se sont mariés.

  • Marie Louise, née le 3 juillet 1827, à Quieux (Le Saulcy), et décédée le 16 novembre 1904, à Belval, qui épouse le 14 septembre 1848, à Belval, Jean Baptiste Violant (1822-1905), cultivateur et bûcheron, à Belval.
  • Marie Anne, née le 20 septembre 1828, à Quieux (Le Saulcy), et décédée le 16 mai 1892, au Harcholet (Le Saulcy), qui épouse le 18 janvier 1848, à Belval, Louis Justin Perchotte (1820-1888), cultivateur et carrier, à Belval.
  • Jean Louis, né le 27 juin 1830, à Quieux (Le Saulcy) et décédé le 4 mars 1891, à Badonviller, qui épouse le 27 octobre 1859, à Fenneviller, Joséphine Biet (1837-1918).
  • Jean Baptiste, né le 26 février 1832, à Quieux (Le Saulcy), et décédé le 21 mars 1874, à Belval, qui épouse le 13 août 1860, à Belval, Adelphine Bel (1837-1892).
  • Julie, née le 12 avril 1834, à La Parrière (Le Saulcy), et décédée le 9 avril 1890, à Paris (IIe), qui épouse le 26 février 1861, à Paris (VIe), François Chambelland (1834-1890).

Nous n’allons pas détailler la descendance complète de ces cinq enfants qui s’élève au total de 220 personnes connues à ce jour. Pour chacun, nous relevons les faits notables et parfois anecdotiques de leur histoire familiale. 

Belval

Marie Louise Stéquert (1827- 1904), ép. Jean Baptiste Violant (1822-1905)

À l’image de ce que nous avons dit en introduction, Marie Louise Stéquert, avec son mari, Jean Baptiste Violant, cultivateur et bûcheron, à Belval, ainsi que leur fille aînée Marie-Louise (1851-1924), épouse de Jean Joseph Odille (1849-1931) et leur descendance sont tous restés dans le périmètre restreint de Belval, Le Saulcy et Senones, parfois jusqu’à nos jours, comme Thérèse Odille, arrière-petite-fille de Marie Louise Stéquert, décédée à Senones en 2012. Au risque de se répéter, cette fixité géographique s’accompagne d’une fixité sociale dans les métiers exercés.

En revanche, le seul fils de Marie Louise Stéquert et Jean Baptiste Violant, aussi appelé Jean Baptiste Violant (1856-1908) connaît une évolution géographique et sociale qui le mène jusqu’à Troyes. Comme souvent, il débute dans la vie comme cultivateur, à Belval, puis au Vermont, dans le village de sa femme, jusqu’à ce qu’il intègre la Compagnie des chemins de fer de l’Est vers 1885, quelques années après son mariage. Ce nouveau métier l’amène à s’installer avec sa famille dans l'Aube, d’abord à Romilly-sur-Seine, puis à Villiers-le-Sec, où il est sous-chef de gare, à Sainte-Savine et enfin à Troyes. Il est difficile d’évaluer l’évolution sociale de Jean Baptiste Violant, sans disposer de son dossier de carrière. Le terme très générique d’employé peut désigner une grande variété de situations professionnelles au sein de l’entreprise. En revanche, les parcours de ses enfants indiquent que Jean Baptiste Violant a franchi la première marche d’une évolution qui éloigne cette branche de l’ancrage ou de l’enracinement des autres branches de la descendance de cette famille issue de Marie Anne Magron, ép. Pierreville.

Premier fait notable, il y a trois religieuses parmi les huit enfants vivants du couple, dont l’une est morte à Liverpool, en 1963, et une autre, portant en religion le nom de Sœur Marie du Saint-Rédempteur, est morte au couvent des sœurs de l'Adoration réparatrice, à Lyon, en 1970. Dans toutes cette famille, nous n’avons pas rencontré d’autres membres entrés en religion. Les quatre fils font tous carrière dans la bonneterie, alors très prospère à Troyes et sa région. Le second fils, Edmond (1882-1943), termine sa vie, en 1943, comme directeur des établissements Savouré, à Troyes.

Le Petit Troyen, du 15 mai 1943

Le Petit Troyen, du 17 mai 1943

Son frère cadet, Gabriel (1898-1982), est chef d’atelier dans la même entreprise. Les deux autres fils, Jean Baptiste (1877-1915), l’aîné, et Paul (1890-1917) sont morts à la Guerre de 1914-1918. Jean Baptiste s’est impliqué dans la vie locale de Romilly-sur-Seine, en particulier dans les associations sportives. Il a fondé la première section de football de la commune au sein de l’Union sportive de Romilly (U.S.R.). En 1912, il est conseiller municipal et président de sociétés sportives et de préparation militaire. À ce titre, il est promu officier d’Académie en janvier de cette année-là. Quelques mois plus tard, il démissionne de son poste, ce qui vaut cet article plein de sous-entendus sur la gestion municipale :

Le Petit Troyen, du 19 octobre 1912

Jean Baptiste Violant travaille toute sa vie dans la bonneterie, en particulier dans la « maison » Léon Lesage. 

Le Petit Troyen, du 21 novembre 1915

Sa veuve, Juliette Molllet (1876-1962), tient une laiterie à Romilly-sur-Seine, acquise avec son mari en 1913, qu’elle cède à son fils Jean Violant (1907-1992) en 1934.

Le stade de l’Union Sportive Avenir Courageuse de Romilly (U.S.A.C.R.), dans le quartier de Lion, portait le nom de Jean Baptiste Violant, après la guerre. Vers 1941, il a été transformé en jardins ouvriers et le nom a disparu.

Marie Anne Stéquert (1828-1892), ép. Louis Justin Perchotte (1820-1888)

Jean-Claude Perchotte l'ancêtre de Louis Justin Perchotte est originaire du Val d'Aoste, aujourd'hui en Italie. Il s’est installé dans la paroisse de Saint-Jean-du-Mont, dont dépendaient Le Saulcy et Belval, au début du XVIIIe siècle.

Des 67 descendants de ce couple dont nous connaissons le lieu de naissance, 50 se trouvent dans les Vosges, dont 31 à Belval et au Saulcy. C’est dire qu’il n’y a quasiment pas eu de mobilité géographique dans les premières générations de la descendance de ce couple. Il n’y a guère eu de mobilité sociale car l’on retrouve là-aussi les mêmes métiers que nous avons cités ci-dessus : tisserand, ouvrier, cultivateur, etc.  

À la fin de sa vie, Louis Justin Perchotte est carrier à Belval. Son fils Joseph lui succède. Comme le dit un entrefilet du Mémorial des Vosges, du 11 mai 1890 : « M. Joseph Perchotte possède une carrière à un kilomètre du village [de Belval] et à deux kilomètres de la frontière alsacienne. Il y emploie quatre ouvriers en moyenne. »

La vie de l’une des filles, Marie Perchotte, éclaire la violence du monde dans lequel ils vivaient, violence que l’on tend à oublier aujourd’hui. Elle se marie en 1884 avec Jules François Binne, tisserand au Harcholet, au Saulcy qui s’avère être un homme violent. Il est condamné le 4 décembre 1890 par un arrêt de la cour d'assises des Vosges à huit ans de réclusion et vingt ans d'interdiction de séjour pour meurtre. En effet, le 25 juin 1890, il veut se venger de la veuve Perret, propriétaire de l’usine où il travaille comme tisserand, car elle lui a « retenu son salaire lorsqu’il avait, sans avertissement préalable, quitté brusquement la fabrique » et, ensuite, elle a congédié « la femme Binne, dont le travail devenait de plus en plus irrégulier. » En définitive, il tire sur la sœur de la veuve Perret, Mme Huteau, et tue par accident une femme dans l’atelier. Au moment du procès, on rappelle que « sa réputation est détestable. D’une force physique peu commune et d’une violence justement redoutée, il a fait preuve à plusieurs reprises d’une brutalité véritablement inouïe. » 

Le Mémorial des Vosges, du 5 décembre 1890
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À la suite de cette condamnation, les époux divorcent en 1893. Marie Perchotte se remarie, puis, après le décès de son second mari, tisserand à Épinal, elle s’installe avec sa fille à Mantes-la-Jolie, pour une raison inconnue.

C’est dans cette branche que se trouve l'un des rares cas d’émigration dans cette descendance Magron. Eugène Perchotte, né à Belval le 19 septembre 1910, fils d’Émile, tisserand, est parti vivre au Canada vers 1931 au moment de la levée de la classe 1930 à laquelle il appartient. Il s’y est marié en 1936, à Saint-Claude, dans l‘État du Manitoba, avec une descendante des premiers colons de la région, Henriette Trémorin. 

Eugène Perchotte (1910-1948)

Malgré la mésaventure relatée dans cet article :

Cherbourg éclair, du 14 janvier 1938

le couple a toujours vécu à Saint-Claude où ils ont eu trois garçons et trois filles. Marcel Perchotte, leur fils, et son épouse Geneviève ont restauré une ancienne maison comme le décrit ce site internet : ouroldhouse.weebly.com

Tombes d'Eugène Perchotte et d'Henriette Trémorin, au Saint Claude Roman Catholic Cemetery

Jean Louis Stéquert (1830-1891), ép. Joséphine Biet (1837-1918)

Meunier comme son père, il change souvent de domicile, probablement en fonction des opportunités qui se présentent, toujours dans cette même région à cheval entre le nord des Vosges,  le sud de la Meurthe-et-Moselle et l’ouest du Bas-Rhin sur la face orientale du massif des Vosges : Thiaville (1859) et Vacqueville (1860-1861), en Meurthe-et-Moselle, Poutay (Plaine) (1861) et Steige (1862), dans le Bas-Rhin, La Bonne Fontaine (La Grande Fosse) (1863), dans les Vosges. Vers 1854, il se fixe comme journalier, à Fenneviller (1865-1876), puis cultivateur, à Badonviller (1879-1891), deux communes proches dans le département de Meurthe-et-Moselle. Avec sa femme Joséphine Biet, ils ont quatorze enfants, dont onze atteignent l’âge adulte, neuf se marient mais seulement quatre ont une descendance connue. 

Une des filles, Julie (1865-1951), épouse Edmond Schwartz (1865-1924), cultivateur, à Badonviller, qui s’installe avec sa famille comme cultivateur aux Hauts Vents, un hameau de Maisoncelles-Pelvey, dans le Calvados, vers 1919. Cette migration atypique d’une région agricole à une autre est probablement à mettre en lien avec les migrations forcées au moment de la Première Guerre mondiale. Ils sont rejoints par une autre fille Stéquert, Célestine (1867-1960) et son mari d’origine allemande Émile Böhle (1862-1944), commis dans l'administration des Postes et Télégraphes, à Madagascar (1905-1922), qui s’installe Villers-Bocage, vers 1921. Ce dernier couple n'a pas eu d'enfants. En revanche, le premier a une descendance qui est restée jusqu'à nos jours dans le Calvados, alors que d'autres enfants se sont installés en région parisienne.

La vie de l'un des fils, Jean Baptiste Stéquert (1875-1914), est représentative de ces vies chahutées comme on en voit tant dans ces familles qui semblent toujours prêtes à basculer dans la misère et le déclassement. Ces vies qui sont parfois oubliées aujourd’hui où l’on imagine les existences passées se déroulant dans un monde stable et paisible, au pied du clocher du village, insensibles aux épreuves du temps, réglées par des mœurs et des usages immémoriaux. La généalogie nous apprend, et la vie de de Jean Baptiste Stéquert nous le confirme, que cette vision idyllique d’un âge d’or est fausse. 

Âgé de seize ans, on le trouve d’abord sabotier chez son beau-frère Jean Baptiste Humbert, à Parux (Meurthe-et-Moselle), puis domestique, à Rambervillers (Vosges), au moment du recrutement militaire, en 1895, et enfin journalier, à Badonviller, où vit sa mère veuve, au moment de son mariage, en 1901. Après son mariage, il semble entamer une existence plus stable à Dampvitoux, où il est d'abord garde forestier, en 1903, puis épicier et mercier. En 1907, il se fait tirer dessus par son voisin comme le relate cet article. 

L'Est républicain, du 26 mai 1907

Est-ce à la suite de cela que le couple se sépare, sans jamais divorcer ? Sa femme et son fils partent en région parisienne alors que lui est « garçon de course », chez le cafetier Joseph Bouv, à Lunéville, rue de Jolivet [quai des Cadets]. La lecture attentive du recensement de 1911 nous montre que ce n’est pas seulement un café, mais une maison close, avec cinq « filles soumises » :

Recensement de Lunéville, 1911

Un peu à l’écart de la ville de Lunéville, près de la Vezouze, cette maison close se trouve proche des casernes et des usines au nord de la commune.

Le terme de « fille soumise », utilisé par le recenseur, désigne les prostituées qui étaient déclarées et donc « encartées » auprès de la police dans le cadre d’une organisation de la prostitution féminine en vigueur à l’époque. Cette surveillance administrative mise en place en 1800 et abolie en 1946 lors de la fermeture des maisons closes par Marthe Richard répondait au besoin de contrôle social et sanitaire de la prostitution, en particulier pour combattre la propagation des maladies vénériennes. Qu’un de nos cousins ait été homme à tout faire dans une maison close de Lunéville illustre un nouvelle fois l’extraordinaire variété des destins individuels à partir d’une souche commune, en l’occurrence le couple formé par Valentin Magron et Odile Vigneron. Rattrapé par la mobilisation d’août 1914, il est sergent au 44e régiment territorial d'infanterie, lorsqu’il décède le 3 octobre 1914, à Nice, à l'hôpital temporaire de l'Hermitage, d’une « bacillose aigüe » qui désigne une forme clinique aigüe, grave et foudroyante de la tuberculose.

Notons que cet autre article de journal ne donne guère une meilleure image de sa veuve !

Le Petit Parisien, du 24 septembre 1915

Enfin, de façon plus anecdotique, la vie du fils cadet Léon Stéquert (1883-1935) a croisé celle d’Émile Coué (1857-1926), bien connu pour sa méthode : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ». Veuf d’une première épouse, Louise Henry, depuis 1916, il rencontre Marie Bumb, veuve depuis 1924, qui est cuisinière de la famille Coué à Nancy. Elle avait d’ailleurs été victime d’un cousin un peu entreprenant qui a voulu mettre le feu à la maison Coué en 1922 (voir l'article). Lorsque Léon Stéquert et Marie Bumb se marient à Nancy, le 27 avril 1926, Émile Coué en personne est témoin de leur mariage :

Camionneur au moment de son mariage, Léon Stéquert entre au service de la famille Coué, comme jardinier. 

Maison d'Émile Coué, rue Jeanne-d'Arc, à Nancy
La maison des domestiques, où habitaient Léon Stéquert et Marie Bumb,
devait avoir sa propre entrée sur la rue
Émile-Coué, parallèle à la rue Jeanne-d'Arc

Lorsqu’il meurt le 21 janvier 1935, dans la maison des domestiques qu'il habite avec son épouse, c’est Lucie Lemoine, veuve Coué, qui déclare le décès en mairie. C’est probablement elle qui insère un avis de décès dans la presse, un des très rares avis de décès, avec ceux de la famille Violant, dans cette modeste branche de la descendance Magron :

L'Est républicain, du 22 janvier 1935

Jean Baptiste Stéquert (1832-1874), ép. Adelphine Bel (1837-1892).

D’abord meunier, à Belval, comme son père, Jean Baptiste Stéquert devient aubergiste, toujours à Belval, avant 1874. Sa descendance perpétue la tradition familiale jusque vers 1933, d’abord avec sa seule fille Amélie Stéquert (1860-1923) et son mari Eugène Crovisier (1846-1911), puis avec sa petite-fille Jeanne Crovisier (1881-1933) et ses deux maris Jules Peck (1874-1918) et Henri Rapebach (1896-1978). À ce moment-là, il ne s’agit plus d’une auberge, mais d’un hôtel-restaurant appelé « Au Coucou des Bois ». Après le décès de Jeanne, sans enfants, personne dans la famille ne reprend le flambeau.



Deux cartes postales anciennes représentant l'hôtel-restaurant « Au Coucou des Bois », à Belval

Le seul fils de Jean Baptiste Stéquert et d'Adelphine Bel, Jean Baptiste Stéquer (1864-1906), dont le nom est désormais orthographié sans « t », est menuisier à Belval.  Lorsque son épouse, Marie Louise Guidat, décède le 12 décembre 1897, à trente-deux ans, elle laisse quatre enfants vivants, dont le plus âgé n’a que neuf ans et la cadette sept mois. Le père n’est visiblement pas en capacité de s’en occuper car ils se retrouvent pris en charge par l’Assistance publique des Vosges. On arrive néanmoins à suivre leur destin dans leurs familles d’accueil, souvent comme domestiques. Quant au père, on perd sa trace jusqu’à son décès à l'asile départemental des Petits-Prés, à Plaisir (Yvelines), le 12 avril 1906, à quarante-et-un ans. Cet asile, créé en 1862, servait de dépôt de mendicité pour recueillir les indigents, mendiants et personnes âgées sans ressources de cette partie de l’ancienne Seine-et-Oise.

L'asile départemental des Petits-Prés, à Plaisir

Julie Stéquaire (1834-1890), ép. François Chambelland (1834-1890)

Julie Stéquaire est la dernière fille de Louis Stéquert et Marie Anne Pierville. Au moment de sa naissance, elle est enregistrée avec l’orthographe Stéquaire qu’elle conserve dans tous les actes la concernant. Des cinq enfants, elle est la seule qui quitte la région natale. Elle est cuisinière à Paris lorsqu’elle se marie en 1861 avec un garçon de magasin originaire du Doubs. Ils meurent tous les deux en 1890, à moins de trois semaines d’intervalle. Elle est alors concierge à Paris (IIe), 1, rue Saint-Joseph, métier qu’elle exerce au moins depuis 1867, alors que lui est toujours garçon de magasin. Comme tous les Parisiens des classes populaires, ils changent perpétuellement de domicile. Entre 1861 et 1873, on leur connaît quatre adresses, toujours dans le deuxième arrondissement : 9, rue de Cléry (1861), 15, rue du Sentier (1867), 122, rue Montmartre (1870) et enfin, 1, rue Saint-Joseph, à partir de 1873.

Ils ont quatre enfants. Deux garçons meurent jeunes (onze et huit ans). On perd totalement la trace de leur fille Amélie, née en 1867. Le seul fils qui leur survit, Léon Émile, meurt célibataire au Kremlin-Bicêtre, en 1918. On connaît mal sa vie. Au moment du recrutement militaire (1890), il est dessinateur. Il est considéré comme ouvrier d'art. Lorsqu’il décède, il est journalier. La liste des domiciles sur sa fiche matricule est éloquente sur une forme d’instabilité, courante à l’époque.

Domiciles de Léon Émile Chambelland, sur sa fiche matricule (Archives de Paris, classe 1890)


Pour illustrer cette histoire de la descendance de Marie Anne Pierville, ép. Louis Stéquert, nous avons largement utilisé la presse de l'époque. Ces deux derniers articles, qui concernent des membres de la famille Perchotte, illustrent chacun à leur manière la richesse de cette source. Le premier est le récit circonstancié du décès par noyade de René Perchotte (1895-1941), mécanicien, au Saulcy. Le second est encore le récit d'une agression violente dont a été victime Auguste Perchotte (1867-1916).

L'Écho de Nancy, du 10 juillet 1941

L'Ami du peuple, du 28 juin 1885

Lien vers la généalogie de Marie Odile Magron, ép. Michel Pierville : cliquez ici.

Article sur les origines de la famille Magron et de Marie Odile Magron : Les origines de la famille Magron et les trois premières générations : Dominique, Joseph et Valentin.

Belval

lundi 21 septembre 2026

Joseph Magron (1771-1817) et sa descendance

Notre ancêtre Valentin Magron [96] (1748-1801), de Vexaincourt, a eu, de son premier mariage avec Odile Vigneron, trois enfants qui ont atteint l'âge adulte :

  • Joseph, né à Vexaincourt le 6 décembre 1771.
  • Marie, née vers 1776.
  • Barthélémy, né à Vexaincourt le 15 mai 1787.

et un fils de son second mariage avec Barbe Ducarme :

  • Nicolas Valentin, né à Vexaincourt le 1er floréal an VI [20 avril 1798].

Cet article est consacré au fils aîné Joseph, dont nous avons tenté d'établir la descendance la plus complète possible jusqu'à nos jours.

Joseph Magron (1771-1817)

Joseph Magron s'est marié le 13 floréal an VI [2 mai 1798]. Ce jour-là, il est qualifié de manœuvre, à Vexaincourt. Son épouse est une jeune fille du même village, Marie Anne Durand qui n'a que dix-sept ans. La lacune importante dans l'état civil de Vexaincourt entre l'an VIII (1800) et 1843, due aux destructions de la dernière guerre, nous empêche d'avoir la liste complète de leurs enfants, en particulier de ceux qui sont morts jeunes ou en naissant. En définitive, nous ne connaissons que les trois qui ont survécu, tous les trois nés à Vexaincourt  :

  • Valentin, né le 10 décembre 1808.
  • Jean Baptiste, né en 1812.
  • Marie, née le 3 janvier 1815.

Au total, la descendance de ces trois enfants représente 77 personnes jusqu'à nos jours, avec des situations contrastées, selon les enfants :

Comme on le constate sur cet arbre généalogique simplifié, il n'existe aucun descendant portant le nom de Magron, dans cette branche. Nous allons décrire brièvement les familles du fils aîné Valentin et de la fille cadette Marie, puis nous consacrerons une notice plus importante au second fils Jean Baptiste.

Valentin Magron (1808-1882)

Des trois enfants, c'est lui qui laisse la descendance la plus nombreuse. D'abord cordonnier dans son village natal de Vexaincourt, il part s'installer vers 1850 à la Neuveville-lès-Raon, une commune située sur la rive gauche de la Meurthe, proche de Raon-l'Étape qui se situe sur l'autre rive. Les deux communes ont fusionné en 1947. Avec sa famille, il se rapproche d'un centre industriel qui offre des opportunités plus nombreuses de travail. Son seul fils, Jean Joseph Magron (1850-ap. 1911), est ouvrier d'usine, à La Neuveville-lès-Raon, au moment de son mariage (1881) et dans tous les actes le concernant jusqu'en 1911 (dernière mention). Dans le recensement de 1901, il est précisé qu'il est bonnetier, chez Amos frères et Cie et dans celui de 1911, chaussonnier, dans le même établissement. C'est une entreprise importante implantée dans cette commune. Il n'a pas eu d'enfants. Sa sœur, Suzanne Magron (1843-1918) épouse un tonnelier et flotteur de La Neuveville-lès-Raon, Auguste Perrin (1843-1883). Avec lui, on retrouve deux métiers liés directement au bois. Le second est plus spécifique à la région. En effet, les troncs débités dans les forêts de la vallée de la Plaine descendaient par flottage par la rivière jusqu'à Raon-l'Étape, puis étaient acheminés, toujours par flottage, vers Nancy, par la Meurthe. Le métier de flotteur consistait à conduire ces assemblages de troncs sur les rivières, comme on le voit sur ces deux images :


Raon-l'Étape est considérée comme la capitale régionale du flottage. Mort jeune, Auguste Perrin laisse cinq enfants vivants. Dans cette descendance, on trouve de nombreux ouvriers ou ouvrières d'usine, plus particulièrement des chaussonnier ou chaussonnières, car c'était la spécialité de l'entreprise Amos dont l'usine de Raon-l'Étape n'a disparu qu'en 1978. On trouve aussi de nombreux mécaniciens qui trouvent à s'embaucher dans les usines de la ville. En définitive, cette branche est restée très implantée dans cette région. Les seules migrations que l'on y trouve sont, assez logiquement, vers la région de Nancy et en région parisienne, qui étaient les destinations les plus habituelles des migrants vosgiens. Il n'y a guère de faits ou de personnalités notables dans cette branche de la famille.

Marie Magron (1815-1886), ép. Valentin

La fille cadette s'est mariée en 1831, à l'âge de seize ans, avec un manœuvre de Vexaincourt, Joseph Valentin. Il est mort accidentellement en 1867, au lieu-dit de La Charaille, à Raon-lès-Leau, « écrasé sous une roche en travaillant à la nouvelle route que l'administration forestière fait construire, passant en cet endroit. […] la mort a été instantanée. » Leur fils aîné, Jean Baptiste Valentin, est mort lors de la guerre de Crimée. Le 10 novembre 1855, il est admis à l'ambulance militaire de Kamiesch (Crimée) où il  décède le 22, par suite de diarrhée chronique. Il n'a alors que vingt-et-un ans. Leur fils cadet, Joseph (1838-1891), bûcheron à Vexaincourt, est décédé  à l'asile d'aliénés de Meurthe-et-Moselle, à Laxou, à côté de Nancy. On perd ensuite la trace de sa seule fille, Marie Valentine Valentin, née en 1874. C'est ainsi que, provisoirement, se termine l'histoire de cette branche. Peut-être, un jour, il sera possible de retrouver la trace de cette fille et de son éventuelle descendance.

Jean Batiste Magron (1812-1899)

Autant la famille du fils aîné, Valentin, et celle de la cadette, Marie, sont restées enracinées dans les Vosges et les régions voisines, autant le destin de Jean Baptiste, le second fils, et l'histoire de sa descendance offrent plus de variété géographique, sociale et professionnelle.

Jean Baptiste, né vers 1812, épouse le 14 novembre 1842 une jeune fille de Vexaincourt, Antoinette Décieux (parfois orthographié Descieux), habituellement prénommée Toinette. Les métiers de Jean Baptiste à Vexaincourt sont ceux de ses ancêtres et de ses cousins restés au pays et plus généralement des hommes de Vexaincourt et de la vallée de la Plaine : manœuvre (1842), bûcheron (1845-1849) et cultivateur (1866-1886).

Jean Baptiste Magron et Toinette Décieux n’ont eu que deux enfants dont les vies sont, à la différence de celles de leurs parents, en totale rupture avec l’histoire familiale dans les Vosges :

  • Marie, née à Vexaincourt le 30 mai 1843.
  • Jean Baptiste, né à Vexaincourt le 5 octobre 1845.

Marie Magron (1843-ap. 1902), ép. Jean Adolphe Jobert

Comme nous l’avons souvent rencontré dans nos généalogies, beaucoup de jeunes gens au XIXe siècle choisissaient l’armée comme carrière. Souvent, il s’agissait d’échapper à une vie médiocre et sans avenir s’ils restaient au village. Pour certains, il y avait sûrement le goût de l’aventure ou l’envie d’échapper à l’univers borné de leur environnement quotidien. Même si l’on ne connait quasiment rien de ses premières années, c’est le cas de Jean Adolphe Jobert, né en 1839, dans le ménage d’un modeste artisan de Charmes-sur-Rhône. Son père est bénatier, c’est-à-dire qu’il fabrique des bénates, des grands paniers ou des hottes en osier utilisés pour transporter le sel ou les vendanges.

En mai 1860, à l’âge de vingt ans, Jean Adolphe Jobert est appelé sous les drapeaux comme tous les jeunes gens de son âge. Habitant désormais la Drôme, il intègre le 20e régiment d’artillerie à cheval qui vient d’être formé à Valence. Il suit ensuite son régiment dans ses différentes garnisons. En 1865, rattaché à la 3e batterie, il se trouve à Lunéville où, malgré les cinquante kilomètres qui le séparent de Vexaincourt, il rencontre la jeune Marie Magron. À la fin de son temps de service, au lieu de revenir à la vie civile, il poursuit sa carrière militaire dans la gendarmerie à cheval. Il est alors affecté à la brigade de Buis-les-Baronnies, dans la Drôme, plus proche de sa région d’origine et d’Allex où vit son père, alors tonnelier. Désormais engagé dans une nouvelle carrière, Jean Adolphe Jobert peut se marier avec la jeune fille qu’il a rencontrée pendant sa vie de garnison.

Le 7 juin 1866, Jean Adolphe Jobert et Marie Magron se marient à Vexaincourt. La jeune épouse est accompagnée par son frère Jean Baptiste et son oncle Joseph Descieux, adjoint au maire de Vexaincourt. Le jeune marié a pour témoins deux sous-officiers du 20e régiment d’artillerie, en garnison à Lunéville.

Le jeune couple part s’installer à Buis-les-Baronnies (Drôme), place du Marché. Quel contraste pour Marie Magron entre sa vallée natale, à la forêt sombre et au climat rude, et son nouveau lieu de vie, avec son ciel provençal et sa végétation méditerranéenne.

Nous avons pu reconstituer la carrière de Jean Adolphe Jobert jusqu’à sa mise à la retraite en août 1885 après vingt-cinq ans, trois mois et quatre jours de services.

  • Gendarme, à Buis-les-Baronnies (Drôme), place du Marché, au moment de son mariage (1866) et en 1867.
  • Gendarme à cheval, à Suze-la-Rousse (Drôme), à la caserne de gendarmerie : 1870.
  • Brigadier de gendarmerie, à Condrieu (Rhône), à la caserne de gendarmerie, Route Nationale 86 : 1872.
  • Brigadier de gendarmerie à cheval, à Grignan (Drôme), place du Jeu du Ballon, à la caserne de gendarmerie : 1874.
  • Brigadier de gendarmerie à cheval, à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) : 1874-1879, où il est recensé en 1876 à la gendarmerie, avec sa famille.
  • Il est muté en 1879 à la 5e brigade de Lyon.
  • Il est mis à la retraite en août 1885 comme maréchal des logis, brigadier à la compagnie de gendarmerie du Rhône.

Comme on le voit, la promotion interne lui a permis d’accéder au rang de sous-officier. Quelques mois avant sa mise à la retraite, il est décoré de la Médaille militaire, par décret du 27 décembre 1884.

Pendant ces années, quatre garçons naissent, dont les lieux de naissance reflètent les changements d’affectation.

  • Louis Adolphe, né à Buis-les-Baronnies (Drôme) le 15 août 1867.
  • Léon Adolphe, né à Suze-la-Rousse (Drôme) le 29 novembre 1870.
  • Lucien Adolphe, né à Grignan (Drôme) le 11 avril 1874.
  • Léopold Claude François, né à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) le 10 juillet 1876.

Après sa mise à la retraite, Jean Adolphe Jobert et Marie Magron ont une activité de loueurs de garnis, à Lyon. En 1896 au moment du décès de Jean Adolphe Jobert, ils louent un immeuble entier, au 17, rue Thomassin, dans la presqu'île. La famille habite au premier étage et sous-loue en garni les chambres des deuxième et troisième étages. Au rez-de-chaussée, une pièce qui donne sur la rue sert de comptoir dans lequel on trouve un billard et, pour l'anecdote, un chien de race molosse et une cage avec trois serins. Le notaire précise qu'un des serins appartient au fils Léopold. 

Lyon (IIe), 17, rue Thomassin
(au centre de l'image, immédiatement après le restaurant)

Mais ce n'est pas tout. Au même moment, ils louent deux autres appartements, au 26, rue Sainte-Hélène et au 58, rue Saint-Joseph, aujourd'hui rue Auguste-Comte qu’ils sous-louent en garni. À cela, s’ajoute une activité de voitures de louage, ce que confirme cet entrefilet :

Le Progrès, du 27 novembre 1891

Comme si tout cela ne suffisait pas, ils organisent des promenades pour les enfants sur la place Bellecour dans une petite voiture à quatre roues tirée par des chèvres. Pour cela, ils disposent d'une remise et d'une écurie dans un immeuble au n° 4, place Bellecour.

La voiture aux chèvres, place Bellecour, carte postale colorisée, vers 1900
Source : Bibliothèque municipale de Lyon

Ces différentes activités sont rendues nécessaires, à cause du faible montant de la pension de Jean Adolphe Jobert qui est de 997 francs par an, ce qui est insuffisant pour faire vivre une famille avec trois garçons.

En 1891, la famille habite au 33, rue Franklin. En 1896, lors du recensement, Jean Adolphe Jobert vit aux Échets, un hameau de la commune de Miribel dans l'Ain, où il loue une propriété. Au moment de son décès, on n’y trouvera que soixante poules et quatorze lapins. Quant à son épouse, Marie Magron, elle habite au 17, rue Thomassin avec ses deux fils Lucien et Léopold et son père Jean Baptiste Magron qui est venu la rejoindre à Lyon. Désormais âgé de quatre-vingt-quatre ans, il ne peut plus vivre seul à Vexaincourt.

Jean Adolphe Jobert décède le 24 juillet 1896 à l'infirmerie protestante à la Croix-Rousse, au 2, rue Pierre-Dupont. Il est âgé de cinquante-six ans. Il laisse une modeste succession de 1 922 francs, selon l'inventaire après décès fait par Me Hugues d’Aubarède, notaire à Lyon. On peut se demander s'il n'y a pas une part de dissimulation dans cette déclaration. En effet, deux ans plus tôt, on apprenait par un article de journal qu'il possédait 17 000 francs en titres, même s’il venait de se les faire voler. Les deux voyous, ne sachant que faire de ces titres, les avaient jetés dans un égout.

Le Progrès, du 23 mars 1894

Nous reviendrons plus loin sur le fils aîné qui est le seul à avoir laissé une postérité. Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pas trouvé le décès du second fils qui est probablement mort entre 1876 et 1890. Ce qui est certain est qu’en 1896, au moment de la succession de son père, il est déjà décédé sans postérité.

Le troisième fils, Lucien, est garçon de café et habite chez ses parents, à Lyon (IIe), 17, rue Thomassin lorsqu’il va déclarer le décès de son père. Il n’habite ensuite plus avec sa mère à Lyon et on le retrouve comme comptable, à Reims, 60, faubourg Cérès, au moment de son décès, en 1897, à l’hôpital civil de Reims.

Enfin, le fils cadet, Léopold, est recensé, en 1886, à Vexaincourt avec son grand-père Jean Baptiste Magron. En 1896, il est coiffeur, à Lyon (IIe), 17, rue Thomassin, au moment du recrutement militaire. Il est exempté pour perforation du tympan droit. Comme ses deux autres frères, il meurt jeune, à vingt-deux ans, à Lyon (IIe), 58, rue Saint-Joseph [rue Auguste Comte], chez sa mère. Il est alors qualifié d’employé.

Après le décès de son mari, on trouve encore la trace de Marie Magron en 1901. Elle est alors lingère et habite seule dans un des appartements qu'ils louaient en 1896, au 58, rue Saint-Joseph [rue Auguste Comte]. Entre-temps, son père Jean Baptiste Magron est décédé à Lyon, au 35, rue Franklin, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.

La dernière trace que l’on ait de Marie Magron, veuve Jobert, est l’acte de décès de son fils cadet Léopold, en 1902. Ensuite, il nous a été impossible de trouver son décès, malgré les multiples relevés qui sont mis à disposition. À cette date, sa seule famille est sa belle-fille et ses trois petits-enfants qui vivent alors à Lyon. On n’imagine pas qu’elle s’en soit éloignée. Pourtant, malgré cela, il n’y a pas de piste.

Le fils aîné Louis Jobert suit les traces de son père. Le 19 août 1885, il s’engage pour cinq ans à la mairie du IIe arrondissement de Lyon pour le 2e régiment de tirailleurs algériens. Il termine au grade de sergent major en 1892, puis il passe dans la gendarmerie à pied, le 18 août 1892. Il appartient à la brigade de Zalana, en Corse, au moment de son mariage le 16 janvier 1894 avec une jeune fille d'Ajaccio, Félicité Giacomo. Il est ensuite maréchal des logis, adjoint au trésor, à Alger (1896, 1898), puis vers 1900, il est muté à Saint-Jean-Brévelay, dans le Morbihan. Il y meurt le 28 avril 1901 dans l'incendie d'une ferme dans lequel périssent neuf personnes : sept artilleurs du 35e régiment qui se rendaient à Alençon, un cultivateur de la localité, nommé Le Cam, et le maréchal des logis Jobert, commandant la brigade de gendarmerie. Un monument commémoratif a été élevé dans la commune.

Monument aux victimes de l'incendie du 28 avril 1901,
à Saint-Jean-Brévelay
Carte postale ancienne

Vue actuelle
Notice sur ce monument : cliquez ici

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Article sur le site des pompiers de Saint-Jean-Brévelay : cliquez ici.

Les obsèques du maréchal des logis Jobert ont lieu le jeudi 2 mai, en présence de nombreuses autorités. La cérémonie religieuse est présidée par l'évêque de Vannes. Il est enterré à Saint-Jean-Brévelay.

La Semaine religieuse du diocèse de Vannes, du 3 mai 1902

Il laisse une jeune veuve de vingt-neuf ans avec deux enfants, Vincent, né en 1894, et Lucien, en 1898. Au moment du décès de son mari, Félicité Giacomo est enceinte. Elle donne naissance à un garçon, Louis, à Saint-Jean-Brévelay, quatre mois après le décès de son père.

Au moment de sa disparition, Louis Jobert est sur le point de partir à la retraite. Visiblement, l'administration semble ignorer son décès lorsqu'un arrêté du sous-secrétaire d'État des postes et des télégraphes, en date du 5 juin 1901, le nomme expéditionnaire à l'administration centrale des postes et des télégraphes ! Quant à sa veuve, elle doit se battre pour avoir une pension décente. Elle obtient le 5 décembre 1901 un arrêt du Conseil d'État qui annule le décret lui attribuant une retraite de 600 francs. Elle finit par se voir attribuer une pension de 914 francs correspondant aux quinze ans, huit mois et dix jours de services de son mari décédé.

Elle revient ensuite vivre à Lyon avec ses trois fils jusqu'à son décès en 1952 à Villeurbanne. Ses fils ont vécu à Lyon. L'aîné, Vincent, est gardien de la paix. Le deuxième, Lucien, est sous-officier à Sathonay-Camp et le cadet, Louis, est lui aussi militaire. Il existe peut-être des descendants de cette branche, par les enfants de Lucien, Raymond (1919-2007) et André (1927-2024), tous deux mariés, et par la fille de Louis, Denise (1926-2004).

Jean Baptiste Magron (1845-1876)

La descendance de Jean Baptiste Magron, unique fils de Jean Baptiste Magron et d’Antoinette Décieux, se trouve uniquement entre Rhône et Loire.  En 1866, âgé de vingt-et-un ans, il est cultivateur à Vexaincourt, dans le ménage de ses parents. Neuf ans plus tard, on le retrouve comme garde-train au chemin de fer à Épernay, dans la Marne. Le garde-train est chargé de la sécurité du convoi, de la surveillance des voyageurs et du fonctionnement des freins à l'arrière du train. Le 3 décembre 1875, il épouse à Pomeys, dans le Rhône, Jeanne Rivoire. Comment se sont-ils rencontrés ? Il est fort probable que c’est Jean Adolphe Jobert, le beau-frère de Jean Baptiste Magron, qui a permis la rencontre. En effet, à cette date, il est brigadier de gendarmerie à Saint-Symphorien-sur-Coise, le chef-lieu de canton dont dépend Pomeys. Il est d'ailleurs témoin de son beau-frère lors des noces.

Le mariage dure peu. Le 21 juillet 1876, Jean Baptiste Magron décède chez ses parents à Vexaincourt. Il a tout juste trente ans. Son épouse est enceinte de six mois. Elle retourne alors dans sa famille à Pomeys où elle accouche, le 15 octobre 1876, d’une fille prénommée Joséphine (1876-1956). Cette petite fille Magron qui semble n'avoir eu aucune relation avec sa famille paternelle a vécu avec sa mère d'abord à Pomeys puis à Saint-Symphorien-sur-Coise où elle se marie en 1902 avec Pierre Berger (1876-1946), un employé de commerce de Saint Étienne. D'abord boulanger, celui-ci devient employé de commerce puis, en 1906, gère un négoce de vins, toujours à Saint-Étienne, qu'il tient jusqu'à son décès en 1946. Le couple n'a qu'un seul fils prénommé Pétrus (1903-1930). Chef cuisinier, celui-ci voyage beaucoup. C'est comme cela qu'il se marie à Dieppe en 1924 et que le premier enfant du couple, Blanche, naît à Monaco en 1925. Ils reviennent ensuite à Saint-Étienne où Pétrus décède rapidement. 

Avis de décès de Pétrus Berger
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, du 9 octobre 1930

Sa veuve a longtemps géré le « Cercle du manège », à Saint-Étienne. Il est probable que leurs deux enfants, Blanche (1925-2003) et Pierre Berger (1927-2005) ont eu une descendance à Saint-Étienne. L'arbre généalogique simplifié de ces deux enfants illustre comment les mobilités géographiques et sociales de la fin du XIXe et du début du XXe siècle permettent d'avoir des origines variées. Du côté paternel, ils sont originaires de Saint-Étienne par leur grand-père, des Vosges et du Rhône, par leur grand-mère. Par leur mère, ils ont des origines en Seine-Maritime.

Lien vers la généalogie de Joseph Magron et Marie Anne Durand : cliquez ici.

Article sur les origines de la famille Magron et de Joseph Magron : Les origines de la famille Magron et les trois premières générations : Dominique, Joseph et Valentin.