lundi 26 octobre 2026

Nicolas Magron (1798-1876) et sa descendance

Notre ancêtre Valentin Magron [96] (1748-1801), de Vexaincourt, a eu, de son premier mariage avec Odile Vigneron, trois enfants qui ont atteint l'âge adulte :

  • Joseph, né à Vexaincourt le 6 décembre 1771.
  • Marie, née vers 1776.
  • Barthélémy, né à Vexaincourt le 15 mai 1787.

et un fils de son second mariage avec Barbe Ducarme :

  • Nicolas Valentin, né à Vexaincourt le 1er floréal an VI [20 avril 1798].

Cet article est consacré au fils cadet Nicolas, dont nous avons tenté d'établir la descendance la plus complète possible jusqu'à nos jours.

L’histoire de cette branche de la famille est très différente de celles des trois branches issues du premier mariage de Valentin Magron. Aux première et deuxième générations, représentées par Nicolas Magron et son fils Jean Baptiste, c’est une famille qui reste enracinée dans son pays natal, c’est-à-dire Raon-sur-Plaine, et qui accède à une certaine position économique, comme marchands de bois et adjudicateurs de coupes, et sociale, comme maire de Raon-sur-Plaine. Comme cela arrive souvent, ce sont les générations suivantes qui poursuivent cette évolution qui nécessite de quitter le village. C’est ainsi que, quelques générations plus tard, on trouve un député-maire d’Aix-les-Bains, Dominique Dord et des alliances avec des familles nobles comme les Montalembert de Cers, une des plus anciennes familles de la noblesse française, ou les Silvestre de Sacy, de la noblesse d’Empire. Rappelons que l’un de leurs cousins, de la branche de Marie Magron, ép. Pierville, comme nous l’avons déjà raconté, était domestique et garçon de course dans une maison close de Lunéville, en 1911.

Bien que Nicolas Magron ait eu quatre garçons, il n’existe aujourd’hui que trois descendants vivants qui portent le nom de Magron. Ce sont trois des quatre filles de Pierre Magron (1907-1979). À terme, le nom de Magron ne va donc plus être représenté dans cette branche, comme dans celle de Joseph, le fils aîné de Valentin Magron. Seule la descendance de Barthélemy Magron comporte que porteurs jeunes du nom de Magron.

Nicolas Magron (1798-1876)

Le destin de Nicolas Magron, fils unique du second mariage de Valentin Magron, est très différent de celui des trois enfants du premier mariage. Ce n’est pas tant par ses différents métiers, tous en lien avec l’exploitation forestière, ni par ses lieux de vie, car il se partagera entre Raon-sur-Plaine, où il passera la plus grande partie de sa vie, et Vexaincourt, comme ses ancêtres. Il pourrait donc illustrer cette permanence sociale et géographique, comme nous l’avons dit pour les descendances de Joseph Magron et Marie Magron, ép. Pierville. Pourtant, on sent chez Nicolas Magron une évolution sociale qui marque une rupture avec son milieu, en particulier celui de ses frères et sœurs, à défaut d’avoir une vision claire du milieu sociale de son père. Seule une étude patrimoniale des différents enfants Magron pourrait mettre des données chiffrées et quantitatives sur les situations sociales des différents enfants, ce que nous n’avons fait que pour notre ancêtre Barthélemy. Il est probable que l’influence du milieu de sa mère, Barbe Ducarme, a joué dans la situation sociale de son fils.

Raon-sur-Plaine

Si nous nous basons sur les indications fournies par l’état civil et les recensements, les quarante premières années de la vie de Nicolas Magron ne se distinguent guère de la vie de son père Valentin. Jusqu’en 1841, il est uniquement qualifié de bûcheron. Il vit avec sa famille à Raon-sur-Plaine, le village de sa mère. À partir de 1842, jusqu’en 1848, il devient commis de coupe, toujours à Raon-sur-Plaine. Sous réserve que ce terme ait toujours la même signification, le commis de coupe fait le lien direct entre les propriétaires forestiers et les scieries ou les entreprises de transformation du bois. À la différence du bûcheron, qui est un métier d’exécution, le commis de coupe est un métier commercial. Cela explique que, quelques années plus tard, dès 1851 et jusqu’en 1874, il devient marchand de bois. La différence entre ses deux activités est que le commis, comme son nom l’indique, ne s’engage pas financièrement, puisqu’il travaille soit pour un marchand, soit pour un propriétaire. Il est rétribué à la commission. En revanche, le marchand achète et vend du bois et donc mobilise des ressources financières personnelles. On perçoit l’évolution économique de Nicolas Magron en trois étapes de bûcheron, puis commis, et enfin marchand. D’ailleurs, en 1853, lorsqu'il fait saisir les biens de Joseph Silet, l’annonce judiciaire le présente comme ancien commis de coupes de bois, actuellement marchand de bois en gros, à Raon-sur-Plaine. En 1864, il est aussi qualifié d’adjudicataire, ce qui est une activité annexe du métier de marchand puisque c’est celui qui se rend adjudicataire de parcelles de bois, qui en assure la coupe et la commercialisation. La conclusion de tout cela est qu’à la fin de sa vie, lorsqu’il décède à Vexaincourt, le 11 février 1876, il est devenu rentier. Né à Vexaincourt, il a passé toute sa vie à Raon-sur-Plaine, le village d’origine de sa mère, où est mort son père alors qu’il n’avait que trois ans. Ce n’est qu’à la toute fin de sa vie, après 1874, qu’il est revenu vivre à Vexaincourt, probablement lorsqu’il a décidé de ne vivre que de ses rentes.

Nicolas Magron épouse en premières noces Marie Prone, fille d’un voiturier de Raon-sur-Plaine, le 17 décembre 1821. Ils ont tous les deux vingt-trois ans. La jeune épouse décède quatorze mois plus tard en 1823, après avoir donné naissance à un fils, Jean Baptiste. Nicolas Magron reste longtemps veuf jusqu’à son remariage avec Julie Arnoux (ou Arnoul, selon les actes), le 5 avril 1833. Elle est la fille d’un cordonnier et garde champêtre. Si l’on se fonde sur les témoins qui l’accompagnent lors de ces deux mariages, on comprend qu’il n’a guère gardé de liens avec sa famille paternelle. Lors de son premier mariage, son témoin est Nicolas Ducarme, un bûcheron comme lui, son parrain et un cousin du côté de sa mère. Lors du second mariage, c’est son ex-beau-père, Alexis Prone, voiturier, et un oncle du côté de sa mère. De même, il n’apparaît jamais comme témoin dans des actes des enfants de ses demi-frères ou de sa demi-sœur.

Nicolas Magron a un seul fils de son premier mariage avec Marie Prone (1798-1823) :

• Jean Baptiste, né le 30 avril 1822, à Raon-sur-Plaine.

et trois fils avec sa seconde épouse Julie Arnoux (1809-1881) :

• Charles Eugène, né le 24 janvier 1834, à Raon-sur-Plaine.
• Augustin Adolphe, né le 13 mars 1836, à Raon-sur-Plaine.
• Nicolas Prosper, né le 17 septembre 1842, à Raon-sur-Plaine.

Jean Baptiste Magron (1822-1888)

Descendance de Jean Baptiste Magron 

Le fils aîné issu du premier mariage se met dans les traces de son père. Dans la première mention que l’on ait de lui, lors de son premier mariage à Raon-sur-Plaine, le 29 février 1848, avec Marie Joseph Valentin, il est commis de coupe, comme son père. Il travaille probablement avec lui. Il n’a que vingt-six ans et, à la différence de son père, il n’a dû être bûcheron que dans sa jeunesse. Ensuite, alors que son père devient marchand de bois, vers 1850, il reste commis de coupe. Là aussi, on peut imaginer qu’il travaille pour lui. Cela ne l’empêche pas de diversifier ses activités car, en 1851 et 1854, il est cabaretier, puis, en 1857, marchand épicier, même si l’on trouve mention du métier de commis de coupe jusqu’en 1864. Cette pluriactivité n’est pas étonnante puisque le commis de coupe est un métier saisonnier et rien ne s’oppose à y associer des métiers comme cabaretier ou épicier, d’autant que son épouse peut très bien l’épauler voire le remplacer, dans ces deux activités.

Vers 1870, jusqu’à son décès, son unique métier est désormais marchand de bois, comme son père à qui il a dû succéder. Enfin, Jean Baptiste Magron est maire de Raon-sur-Plaine de mars 1863 à août 1869. Pour une raison que l'on ignore, il n'est remplacé qu'en septembre 1870. Entre temps, les actes d'état civil sont assurés par l'adjoint Jean Baptiste Clément. Peut-être que nominativement, Jean Baptiste Magron reste maire jusqu'à cette date mais qu'il est empêché (maladie ? démission ?) d'exercer sa fonction.

Après le décès de sa première épouse, il se remarie avec une jeune fille de Raon-sur-Plaine, âgée de tout juste vingt ans, Marie Marguerite Biétry, alors qu’il est âgé de quarante-deux ans. Elle est la fille d’un voiturier, et la nièce de sa première épouse !

De ses deux mariages, Jean Baptiste Magron a eu cinq enfants vivants, tous nés à Raon-sur-Plaine. De Marie Joseph Valentin :

  • Marie Coralie, née le 18 décembre 1848.
  • Marie Virginie, née le 9 juillet 1852.
  • Marie Joséphine, née le 24 juin 1856.

et de Marie Marguerite Biétry :

  • Marie Mathilde, née le 23 janvier 1870.
  • Georges Jean Baptiste, né le 22 avril 1875.

La fille aînée, Marie Coralie (1848-1919), épouse un charpentier de Raon-sur-Plaine, Pierre Amand Valentin (1846-1931). Leur seul fils, Ernest (1874-1914), boulanger à Raon-sur-Plaine est décédé sans postérité.

La seconde fille, Marie Virginie (1852-1920) est restée célibataire, d’abord auprès de son père, puis, après son décès, de sa sœur aînée et de son mari, à Raon-sur-Plaine Elle est dite sans profession ou qualifiée de rentière.

Marie Joséphine Magron (1856-1911), ép. Théodore Simon (1854-1914)

La fille cadette du premier mariage, Marie Joséphine (1856-1911), épouse en 1879, un compatriote, de Raon-lès-Leau, ce village qui se trouve sur la rive droite de la Plaine, en face de Raon-sur-Plaine, ce qui suffit à les faire appartenir à deux départements différents. Au moment de son mariage, Théodore Simon est déjà brasseur à Raon-sur-Plaine, activité que son père exerçait à Raon-lès-Leau au moment de sa naissance, en 1854. Il était aussi maire de cette commune. Lorsque Théodore Simon et Marie Joséphine Magron se marient, ce sont donc deux enfants d’anciens maires des deux communes limitrophes qui se marient.

Raon-lès-Leau et Raon-sur-Plaine,
de part et d'autre de la rivière de La Plaine que l'on ne distingue pas sur cette vue aérienne

Très vite après son mariage, Théodore Simon s’installe avec sa famille à Vaucouleurs, où il fonde en 1879 la « Brasserie de Vaucouleurs ». Lors d’une émission de bons décennaux, en 1926, l’annonce légale, publiée dans l’Est républicain, du 17 juillet 1926, donne un historique de la brasserie :

Créée en 1879 par M. Théodore Simon, la Brasserie de Vaucouleurs était à l'origine une affaire purement familiale qui dut son succès aux qualités de son fondateur.
Cette extension continue l'amena en 1909 à se transformer en société en commandite par actions, au capital de 380.000 francs.
En 1913, elle adoptait la forme anonyme et s'assurait en même temps la précieuse collaboration de personnalités particulièrement compétentes, notamment de MM. Charles Fisson, industriel à Xeuilley, et Louis Moreau, brasseur à Vézelise. Une impulsion nouvelle fut alors donnée au développement des affaires, à tel point que le chiffre des ventes, qui était de 8.000 hectos en 1913, est passé à 25.000 hectos dans ces dernières années.
Au lendemain de la guerre, le capital initial fut porté à 800.000 francs, tout d'abord pour permettre le fonds de roulement plus en harmonie avec les nécessités économiques du moment, ensuite pour permettre la réalisation des opérations suivantes :
  • Participation avec les Brasseries de Vézelise et de Saint-Nicolas-de-Port à l'acquisition de la Grande Malterie Lorraine, à Nancy, qui assura la totalité des besoins en malt de la fabrication ;
  • Absorption de la Brasserie de Gondrecourt, située à 19 kilomètres de Vaucouleurs, qui fut transformée en entrepôt ;
  • Acquisition de propriétés et immeubles devant permettre d'ajuster les moyens de production aux exigences de la vente.
Parallèlement à ces opérations, le Conseil d'administration poursuivait la réalisation d'un programme de transformations matérielles qui a permis de doter la société d'un outillage moderne muni de tous les derniers perfectionnements, assurant la fabrication au meilleur prix de revient d'un produit parfait et d'un écoulement facile dans un rayon relativement restreint.
Ajoutons que la Brasserie de Vaucouleurs s'est adjoint une importante fabrication de limonades et eaux gazeuses dont la progression a suivi celle de la bière.

Au moment de l’émission de l'emprunt, qui doit procurer la trésorerie nécessaire au développement de la société, le conseil d’administration est alors composé de son président, Louis Moreau, gérant de la Brasserie de Vézelise, de Maurice Jasson, brasseur à Sedan, du docteur Chaudron, à Celles-sur-Plaine, et de René Jacob, propriétaire à Vaucouleurs.

Après 1945, la fabrication des boissons bat son plein, mais la concurrence rend les affaires difficiles. Des groupements se forment. La brasserie de Vaucouleurs fusionne avec celle de Saint-Nicolas de Port et son directeur, Maurice Jean devient directeur adjoint de l'union Lorraine de brasseries. À la suite de ce regroupement, la brasserie de Vaucouleurs ferme définitivement le 31 décembre 1949 et les bâtiments sont détruits.

Bouteille de la Brasserie de Vaucouleurs

À une date inconnue, Théodore Simon se met en retrait de l’affaire et laisse les rênes à Louis Moreau. Jusqu’en 1911, il habite avec sa famille à Vaucouleurs, d’abord rue des Rondes (1881-1896), puis rue de la République (1901-1906) et enfin rue de Domrémy (1911).

Carte postale de la rue de la République, avec la brasserie Simon, à droite

Vue actuelle avec le même point de vue

Après le décès de son épouse Marie Joséphine Magron, le 30 mars 1911, il va vivre à Nancy, 41, rue Isabey, où il habite lors de son décès le 23 octobre 1914. Il est décédé à la pension Bonsecours qui était un établissement payant au sein de l'hôpital civil de Nancy. Il est resté administrateur de la brasserie jusqu’à sa mort, puis est remplacé par son gendre le docteur Chaudron.

Pension Bonsecours, à Nancy (voir cet article)

Avis de décès, dans l'Est républicain, du 26 octobre 1914

Théodore Simon et Marie Joséphine Magron ont eu deux enfants nés à Vaucouleurs :

  • Albert Théodore, né le 4 septembre 1880.
  • Marie Joséphine, née le 24 février 1884.

Albert Simon seconde son père à la brasserie de Vaucouleurs. Lors de son service militaire, il a affaire avec la justice militaire, comme le rapporte cet article du Journal du département de la Marne, du 4 juillet 1901.

C'est anecdotique, mais cela rappelle une nouvelle fois la richesse de la presse ancienne pour l'histoire familiale. Moins anecdotique, il est mobilisé lors de la Première Guerre mondiale. Lee 2 novembre 1914, il est blessé au combat de Hardaumont, près de Verdun. Il est ensuite réformé pour troubles de l’audition le 18 septembre 1915 et se retire alors à Nancy, 49, rue des Jardiniers, dans une maison appartenant à son épouse. Il décède à Vaucouleurs, àl’âge de quarante-trois ans, le 30 janvier 1924.

Le Bulletin meusien, du 9 février 1924

Avis de décès, dans l'Est républicain,  du 1er février 1924

De son mariage avec Jeanne Gandelet (1879-1929), ils n’ont eu que deux filles, Suzanne Simon (1906-1989) et Yvonne Simon (1907-1963). La première épouse un industriel de Chambéry, George Biehlmann, administrateur directeur des anciens Établissements François Bal (Tanneur), à Chambéry. Comme on le voit parfois, après des couples qui ont visiblement restreint la taille de leurs familles, comme les parents (Albert Simon et Jeanne Gandelet) et les grands-parents (Théodore Simon et Marie Joséphine Magron), Georges Biehlmann et son épouse ont eu sept enfants, nés entre 1929 et 1946, qui leur ont donné vingt-deux petits-enfants. Ils marquent le sommet de l’ascension sociale dans cette branche de la famille, depuis Nicolas Magron. C’est visiblement Théodore Simon, en transformant sa brasserie en une entreprise capitaliste qui a fait franchir une étape dans l’accession de cette famille à la bourgeoisie industrielle et financière. L’autre fille du couple, Yvonne épouse un marchand de chevaux de Nancy, Maurice Cothenet (1897-1984) dont elle semble n’avoir jamais divorcé, mais dont elle est rapidement séparée. Son seul fils s’installe ensuite à Lyon où se trouve aujourd’hui sa descendance.

Avis de décès, dans l'Est républicain, du 4 octobre 1929

À la génération précédente, la seule fille de Théodore Simon et Marie Joséphine Magron, Marie Simon (1884-1946) épouse en 1905 un docteur en médecine, Alfred Chaudron (1876-1947). Né à Neufmaisons, en Meurthe-et-Moselle, en 1876, il est docteur en médecine de la faculté de Nancy en 1902, avec une thèse sur « Des injections de vaseline et paraffine dans la prothèse oculaire ». Il s’installe ensuite à Celles-sur Plaine dès 1902, où il exerce jusque vers 1943. Comme nous l’avons dit, il est administrateur de la brasserie de Vaucouleurs après le décès de son beau-père. Leur fils cadet, Jean (1914-1943) est lui aussi docteur en médecine mais décède prématurément le 29 août 1943, à vingt-huit ans, quatre mois après son mariage avec une docteure en pharmacie. Il serait mort des suites d’une septicémie contractée à l’hôpital. Leur fils aîné Robert Chaudron (1907-2000) est professeur et la seule fille, Marguerite (1910-1999), épouse un ingénieur, Gaston Tisserand (1904-1981).

Avis de décès, dans l'Est républicain, du 9 avril 1947

Mathilde Magron (1870-1936), ép. Louis Martin (1863-1923)

La fille aînée du second mariage de Jean Baptiste Magron avec Marguerite Biétry, Mathilde Magron (1870-1936), épouse, en 1892, Louis Martin (1863-1923), de Vaucouleurs où il est employé de commerce au moment de son mariage. Il devient ensuite un important négociant en grains qui lui permet d’accéder à une aisance financière suffisante pour qu’il puisse devenir rentier, en 1921. Ils n’ont eu qu’un seul fils, Maurice Martin, né le 1er janvier 1894. Alors qu'il est négociant, comme son père, il s'engage pour trois ans le 2 octobre 1912 à la mairie de Vaucouleurs et rejoint le 155e régiment d'infanterie. Il est promu caporal, le 10 février 1913, puis sergent le 1er octobre 1913. Pendant la guerre, il est promu à titre temporaire sous-lieutenant le 17 juin 1915. Il est tué sur le champ de bataille au Bois de la Gruerie, sur la commune de Vienne-le-Château (Marne) le 19 juin 1915 ou le 30 juin, selon les sources. Sa fiche sur le site Mémoire des Hommes, portait initialement la date du 30 juin, raturée en 19. Sa fiche matricule et sa tombe au cimetière de Vaucouleurs portent le 30. Ses carnets de guerre ont été partiellement transcrits sur la période qui va de la mobilisation, le 30 juillet 1914, jusqu’au 9 décembre de la même année.

Carnet de guerre de Maurice Martin.
Cliquez sur l'image pour accéder à la transcription
(source : www.chtimiste.com).

Restée veuve après le décès de son mari Louis Martin en 1923, Mathilde Magron fait un testament au profit de la municipalité de Vaucouleurs, en mémoire de son fils unique décédé. Elle lègue au Bureau de Bienfaisance de la ville une rente annuelle de 200 francs, « destinée à secourir, chaque année, une famille nécessiteuse et digne d’intérêt de Vaucouleurs ». Cette rente doit porter la mention : « Fondation Maurice Martin ». Elle lègue aussi une rente de 150 francs pour que la commune entretienne la tombe de la famille Martin. 

Le Bulletin meusien, du 12 décembre 1936

Avis de décès dans l'Est républicain, du 24 juin 1936

Si la fondation semble avoir disparu, la tombe existe toujours au cimetière de Vaucouleurs, visiblement bien entretenue.

Tombe de la famille Martin, au cimetière de Vaucouleurs

Georges Magron (1875-1958)

Enfant cadet du second mariage de Jean Baptiste Magron avec Marguerite Biétry et seul petit-fils de Nicolas Magron, il aurait pu assurer la perpétuation du nom de Magron, mais son seul fils n’a eu que des filles.

Après son service militaire, Georges Magron ne choisit pas de succéder à son père comme marchand de bois, peut-être parce que celui-ci est décédé depuis presque dix ans. Il va rejoindre sa sœur et son beau-frère à Vaucouleurs en 1897 où il apprend le métier de brasseur. Il passe ensuite quelques mois à la brasserie « La Samaritaine », à Vittel, en 1899, avant de revenir à Vaucouleurs, puis, en 1902, de s’installer comme brasseur, à Raon L'Étape, rue de la Brasserie.

En-tête de facture de la Brasserie raonnaise, G. Magron, à Raon L'Étape

Plaque publicitaire de la Brasserie raonnaise, G. Magron, à Raon L'Étape

Deux ans plus tard, il épouse Elvire Barthélemy, la fille d’un brasseur installé au hameau de La Grange, à Manom, en Moselle, près de Thionville, en Lorraine allemande. Le jour de leur mariage, les deux témoins sont aussi brasseurs : Charles Draux, de Jarny, et Théodore Simon, de Vaucouleurs, beau-frère de Georges Magron. L’activité de brasseur de Georges Magron, à Raon L'Étape, est connue au moins jusqu’en 1911. En 1921, il habite désormais avec sa famille à Laxou, rue de Santifontaine, près de Nancy, puis à Nancy, 35, avenue Alsace-Lorraine [avenue Jean-Jaurès] en 1922 avant de s'installer à Favières, une commune rurale au sud-est de Nancy où il gère une entreprise de machines agricoles. C'est dans cette commune que décède son épouse en 1934.

Avis de décès dans Le Lorrain, du 9 septembre 1934

Leur seul fils, Pierre (1907-1979), débute comme mécanicien, dans l'établissement de machines agricoles de son père. Il s'installe ensuite à Lunéville, la ville natale de son épouse, comme commerçant rue des Capucins [rue du Général-Leclerc], où il est recensé avec sa famille en 1936. Il revient ensuite à son métier d'origine, mécanicien, et s'installe avec sa famille à Mirebeau-sur-Bèze, une commune de la Côte-d'Or, au nord-est de Dijon, peut-être grâce à une opportunité professionnelle qui s'est présentée, car rien ne lie alors cette branche Magron à cette région. Pierre Magron, son épouse Marguerite Keller (1909-1997) et leurs quatre filles y sont recensés rue de Dijon à partir de 1946. L'implantation de la famille y est durable car certains vivent encore dans cette région. Leur seconde fille, Marie-Claude, y est décédée en 2015. 

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Descendance de Nicolas Magron et de sa seconde épouse

Après la descendance du seul fils de Nicolas Magron et Marie Prone, nous nous intéressons maintenant aux trois fils de son second mariage avec Julie Arnoux. Comme nous allons le détailler, ces enfants ont souvent eu des destins plus aventureux ou heurtés que celui du fils de premier mariage, Jean Baptiste.

Eugène Magron (1834-1878)

Le premier fils du second mariage se met dans les traces de son père Nicolas. Après son mariage en 1858, avec Adèle Adam (1839-1867), il s’installe comme aubergiste, à Raon-sur-Plaine (1859-1860), puis devient négociant et marchand de bois, dans la commune voisine d’Allarmont, commune d’origine de sa femme, toujours dans la vallée de La Plaine. Visiblement, les affaires ne marchent pas car, le 8 janvier 1872, il « cessa ses paiements, abandonna furtivement son domicile et passa en Suisse, laissant un passif de 80,000 fr. » Avec la complicité de son beau-frère Louis Adam et de l’épouse de celui-ci, il leur a transféré une part des actifs, en particulier tous ses biens immobiliers, ce qui est une dissimulation d’actif, autrement dit un délit. Arrêté en Suisse, Eugène Magron est extradé en France le 19 février 1872. Des documents retrouvés sur lui prouvent qu’il s’est concerté avec son beau-frère pour préparer sa fuite. Il est condamné le 6 décembre 1872 par la cour d'assises des Vosges à quatre ans de prison pour faillite frauduleuse et son beau-frère Louis Adam est acquitté. Eugène Magron bénéficie de circonstances atténuantes. On ne sait pas lesquelles ont été avancées par son avocat. Il est probable que les perturbations apportées au commerce par l’annexion de l’Alsace et des villages du versant oriental du massif des Vosges ne sont pas étrangères aux difficultés du commerce du bois après la Guerre de 1870, même si les premières pertes datent de 1869 (voir l'article du Mémorial des Vosges, du 8 décembre 1872 : cliquez ici).

Après avoir purgé sa peine, il part s’installer à Strasbourg. Sa condamnation a sûrement été complétée d’une interdiction de gestion. L’Alsace étant désormais allemande depuis 1871, cette interdiction ne s’applique plus, ce qui lui permet d’être commerçant dans cette ville. De plus, il n’a plus d’attaches dans les Vosges car son épouse est morte en 1867 et leur seule fille, Emma, est décédée à l’âge de sept ans an 1866.  Il se marie à Strasbourg le 17 mars 1877, avec Joséphine Raugel, de Wolxheim, un village du Bas-Rhin à l’ouest de Strasbourg.

Amtliche Nachrichten für Elsass-Lothringen, du 4 avril 1877
Traduction en français :
Tribunal régional de Saverne. Par contrat de mariage reçu par le notaire Fuchs à Molsheim en date du 1er mars 1877 — acte dont un extrait a été déposé au secrétariat du présent tribunal et inscrit au registre prévu à cet effet —, les futurs époux Karl Eugen Magron, commerçant à Strasbourg, et Josephine Raugel, sans profession à Wolxheim, ont convenu, pour leur union, que le régime de la communauté d'acquêts s'appliquerait entre eux, conformément aux articles 1498 et suivants du Code civil. Saverne, le 30 mars 1877. Le secrétaire en chef : 1762 Hammann.

Après le mariage, le couple s'installe à Wolxheim où leur naît une fille, Emma, le 17 février 1878. Quelques mois plus tard, Eugène Magron y meurt, le 14 octobre 1878, à l’âge de quarante-quatre ans. À ce moment-là, le village se trouve en Allemagne et l’état civil est rédigé en allemand. Cette branche reste implantée à Wolxheim où elle est aujourd’hui représentée par une famille de viticulteurs, les Scharsch, issue du mariage d’Emma Magron (1878-1941) avec Joseph Albert Scharsch (1865-1940).

Domaine Joseph Scharsch, à Wolxheim

Augustin Adolphe Magron (1836-1873)

À l’âge de vingt ans, Augustin Adolphe Magron – il est difficile de savoir quel est son prénom d’usage – est voiturier chez ses parents, à Raon-sur-Plaine. En cela, il s’inscrit dans la tradition familiale, car, on s'en souvient, son grand-père Valentin Magron qu’il n’a pas connu était lui aussi voiturier. Il est probable qu’il travaille pour son père, marchand de bois.

Il se marie une première fois le 17 novembre 1860 avec Marie Louise Gérard, la fille d’un aubergiste de Netzenbach, hameau du village de Lutzelhouse, dans la vallée de la Bruche. Elle meurt quatorze mois plus tard chez ses parents. Au moment de son mariage, Augustin Adolphe Magron est qualifié de boulanger. C’est la seule mention de ce métier dans sa vie.

Quelques années plus tard, il se remarie à Badonviller, en Meurthe-et-Moselle, le 19 mars 1867 avec Maria Marchal, la fille d’un marchand de vins en gros de ce bourg connu pour ses faïenceries. Augustin Magron – c’est ainsi qu’il signe son acte de mariage – est alors voyageur de commerce à Badonviller comme l’est son frère Prosper, son témoin, à Bar-le-Duc. Son autre témoin est son frère Eugène, propriétaire à Allarmont.

Le couple habite Badonviller où Augustin Magron s’établit marchand (ou négociant) de vins, dans la rue Saint-Martin. Il est probable qu’il a succédé à son beau-père. C’est là que naît leur fille unique Camille, le 10 janvier 1868.

Badonviller, rue Saint-Martin

En janvier et février 1872, ils passent une annonce dans la presse pour vendre la maison qu’ils possèdent à Badonviller. Ils ont pour projet de partir en Algérie où se trouve peut-être déjà le père de Marie, Charles Laurent Marchal, que l’on retrouve instituteur à Sétif en 1874. Augustin Magron et Maria Marchal s'installent en Algérie, à Oued Athmenia, à quarante kilomètres au sud-ouest de Constantine, dans le courant de l'année 1872. Il s'établit loueur de voitures dans cette commune. Pour quelques décennies l’histoire de cette branche de la famille se déroule en Algérie, puis en Tunisie, avant le rapatriement en France.

Le Courrier du Bas-Rhin, du 31 janvier 1872 

Peu après son installation en Algérie, Augustin Magron décède à l'hôpital militaire de Constantine. Il y est admis le 3 janvier 1873 et meurt cinq jours plus tard d’une variole confluente. Sa veuve, Maria Marchal se remarie un an plus tard avec un propriétaire d’Oued Athmenia, Bonaventure Balande.

Camille Magron, la fille unique d'Augustin Magron et de Maria Marchal épouse un colon de Châteaudun-du-Rhumel, Henri Corbie, d’une famille notable de Lagny-sur-Sec (Oise). Son tuteur, son beau-père Bonaventure Balande, s’oppose à ce mariage qui est finalement autorisé par une mainlevée du 4 février et un accord du procureur de la République de Constantine le même jour. Châteaudun-du-Rhumel, aujourd’hui Chelghoum Laïd, est limitrophe d’Oued Athmania. Quelques années plus tard, la famille déménage dans la commune mixte des Maâdid (Bordj-Bou-Arréridj) où Henri Corbie possède une exploitation agricole près de la gare de Tassera.

La famille Corbie s’installe ensuite en Tunisie, à une date inconnue. Le fils aîné Léon s’installe vers 1913, à Henchir Soltane, sur la commune de Grombalia, une ville tunisienne située au nord-est du pays, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Tunis. Il meurt avec sa femme lors d’un accident avec un train à un passage à niveau à Hamman Lif, à une dizaine de kilomètres de Tunis. L’autre fils Albert, est commis de travaux publics, à Tunis en 1920. En 1949, il habite avec se femme et ses deux fils à Tunis, 9 rue Charles-de-Gaulle. L’un des fils, Léon, né en 1931 à Tunis, s’est installé à Rennes après l’indépendance où se trouvent encore ses descendants.

Le Populaire, du 2 octobre 1929

Prosper Magron (1842-1920)

À la différence de ses deux frères aînés, Prosper Magron semble avoir eu une vie plus paisible. Comme eux, il se lance dans le commerce. Lorsqu’il se marie en 1871 avec Berthe George, une jeune fille de Ligny-en-Barrois, il est voyageur de commerce. Après son mariage, le couple crée un commerce de marchand de nouveautés, dans la ville natale de Berthe George. Visiblement, ils réussissent en affaires car ils peuvent se retirer dans les années 1890. Ils accèdent au statut de rentier tant recherché par la petite bourgeoisie, à cette époque. À une date indéterminée, ils quittent Ligny-en-Barrois et s’installent à Nancy, au 18bis, rue de l'Étang [rue Gabriel-Mouilleron], où Prosper Magron décède le 25 janvier 1920 à soixante-dix-sept ans.

Il a été mêlé à la faillite frauduleuse de son frère Eugène, car il s’est porté caution pour lui auprès du banquier Mézière, de Blâmont. Au moment de ses difficultés, son frère lui donne 29 000 francs pour se libérer de cette caution, ce qui se fait au détriment des créanciers de la faillite. Malgré cela, Prosper Magron n’est pas ennuyé lors du procès de 1872.

Prosper Magron est le président de la section de la Ligue des droits de l'homme de Ligny-en-Barrois, au moment de sa création, en 1903.

Après son décès, sa veuve revient vivre à Ligny-en-Barrois où elle habite avec une domestique au 25, rue Leroux, comme locataire de M. Marc, boulanger. Le 7 février 1934, elle est admise à la maison de santé de Fains, aujourd’hui Fains-Véel, près de Bar-le-Duc. À cette date, « les fonctions cérébrales de la veuve Magron sont à peu près abolies » et elle est atteinte de « démence sénile avec gâtisme. » Elle décède quelques jours plus tard à l’âge de quatre-vingt-deux ans.

Au moment de son décès, elle dispose d’une belle fortune de 400 000 francs, fruit du travail et des gains du commerce de nouveautés qu’elle a tenu avec son mari. Comme ils n’ont pas eu d’enfants, elle fait trois testaments entre 1925 et 1928 qui instituent la ville de Ligny-en-Barrois légataire universelle de cette somme. Ensuite, par un testament du 8 juillet 1931, elle institue Mlle Schmitt, de Bar-le-Duc, sa légataire universelle, à charge pour elle de régler un legs de 50 000 francs au profit de l'hospice de Ligny-en-Barrois. Au moment de son décès, ce dernier testament est visiblement inconnu. Même s’il prend la précaution d’utiliser le conditionnel, le rédacteur de l’article nécrologique paru dans la presse se félicite déjà de ce legs à la ville de Ligny-en-Barrois qui doit permettre de créer une crèche.

Le Bulletin meusien, du 24 février 1934

Lorsque le dernier testament est connu, la municipalité entame une action en justice pour le faire invalider au motif qu’au moment de sa rédaction, Mme Magron « ne possédait plus la plénitude de ses facultés mentales ». Malgré un appel, la ville est déboutée car Mlle Schmitt arrive à démontrer, preuves à l’appui, que Berthe George, veuve Magron, jouissait de toutes ses facultés lors de la rédaction du testament de 1931 (voir les articles du Bulletin meusien, du 1er février 1936 et de l'Est républicain, du 23 novembre 1936).

Lien vers la généalogie de Nicolas Magron et ses deux épouses : cliquez ici.

Article sur les origines de la famille Magron et de Nicolas Magron : Les origines de la famille Magron et les trois premières générations : Dominique, Joseph et Valentin.

jeudi 8 octobre 2026

Marie Magron (1776-1828), ép. Michel Pierville et sa descendance

Notre ancêtre Valentin Magron [96] (1748-1801), de Vexaincourt, a eu, de son premier mariage avec Odile Vigneron, trois enfants qui ont atteint l'âge adulte :

  • Joseph, né à Vexaincourt le 6 décembre 1771.
  • Marie Odile, née vers 1776.
  • Barthélemy, né à Vexaincourt le 15 mai 1787.

et un fils de son second mariage avec Barbe Ducarme :

  • Nicolas Valentin, né à Vexaincourt le 1er floréal an VI [20 avril 1798].

Cet article est consacré à la seule fille, Marie, dont nous avons tenté d'établir la descendance la plus complète possible jusqu'à nos jours.

Marie Magron (1776-1828), ép. Michel Pierville (1780-1827)

Michel Pierville et Marie Magron se marient à Allarmont le 30 nivôse an VIII [20 janvier 1800]. Il a dix-neuf ans et elle vingt-trois ans. Ils habitent tous deux à Vexaincourt où Michel est meunier comme son père, lui-même meunier à Belval. Le mariage a lieu au chef-lieu de canton comme le stipulait une loi de 1798. Le mariage est régularisé religieusement le 2 mai 1826, à Saint-Jean-du-Mont, paroisse dont dépend alors Le Saulcy où ils vivent à ce moment-là. En effet, en 1800, ils n’ont été mariés que civilement « pendant l'orage révolutionnaire ».

Bien que Michel Pierville sache signer son nom, cela n'empêche pas une très grande diversité d'orthographes dans les actes d'état civil dont on dispose. Dans ses actes de baptême et de mariage, le nom est orthographié Pierreville. Lors de son mariage, il signe Piervil. Dans les actes suivants, en particulier les actes de naissance de ses filles, le nom est orthographié Pierville et il signe Pierville. Plus tard, pour ses filles, l'usage s'imposera peu à peu d'orthographier le nom Pierreville.

Signatures de Michel Pierville et Marie Odile Magron au bas de leur acte de mariage (1800)

Après son mariage, Michel Pierville est meunier à Belval, où naît leur première fille, prénommée Marie Odile comme sa mère, le 5 nivôse an IX [26 décembre 1800]. Ils semblent ensuite avoir vécu à Vexaincourt où leur sont nées de façon certaine une fille, Marie Anne, le 20 brumaire an XII [12 novembre 1803] et, de façon hypothétique, deux autres filles, Catherine, en 1805, et Marguerite, en 1806. Comme nous l'avons dit par ailleurs, les lacunes dans l'état civil de Vexaincourt ne permettent pas de garantir la filiation. Ces deux dernières filles n'ont laissé aucune trace, à la différence de Marie Anne dont le mariage nous fournit la filiation. Il est probable qu'elles sont décédées enfants.

Les villages du Saulcy, de Belval et du Mont où s'est implantée la famille Pierville et sa descendance
se trouvent dans une vallée parallèle à celle de la Plaine, berceau de la famille Magron

À une date indéterminée, mais avant 1826, la famille s'installe au Saulcy où elle va s'enraciner. Plus précisément, ils vivent à Quieux, un des hameaux de cette commune où Michel Piervielle est toujours meunier.  C'est là qu'il décède le 9 septembre 1827 à l'âge de quarante-sept ans. Son épouse lui survit moins d'un an. Elle décède le 14 août 1828 à Quieux, dans la maison de Joseph Launoy. On ne sait pas qui c’est. Peut-être est-ce le propriétaire de la maison que Michel Pierville et Marie Magron louent à ce moment-là. Toujours à cause des lacunes des registres paroissiaux de Vexaincourt, l'année de naissance de Marie Magron est incertaine. Dans son acte de mariage, elle est dite âgée de vingt-trois ans, en janvier 1800, soit une naissance vers 1776. Dans son acte de décès de l'état civil, elle est dite âgée de quarante-huit ans. Elle serait alors née vers 1780. Si cette date est correcte, son acte de baptême devrait se trouver dans les registres paroissiaux de Vexaincourt disponibles pour cette année-là, ce qui n’est pas le cas. Dans son acte de sépulture des registres paroissiaux de Saint-Jean-du-Mont (paroisse dont dépend alors Le Saulcy), elle est dite âgée de cinquante-sept ans. De façon conventionnelle, nous avons pris l'âge au mariage comme base pour déterminer son année de naissance, soit 1776.

Le Saulcy, église de Saint-Jean-du-Mont

C'est au Saulcy que les deux filles se marient la même année, en 1826, Marie Odile avec Dominique Brumbt et Marie Anne avec Louis Stéquert. La descendance connue de Marie Magron et de son époux Michel Pierville représente 262 personnes en ligne directe. Si on ajoute les conjoints, elle représente 411 personnes. Il est particulièrement remarquable qu’elle soit restée très localisée dans la région d’origine, c’est-à-dire dans une zone centrée sur le village du Saulcy, à cheval sur le nord du département des Vosges et le sud de la Meurthe-et-Moselle. Si l’on prend comme référence la cinquième génération pour laquelle les naissances vont de 1867 à 1914 (la date de naissance moyenne est 1889), dans la période où l’état civil est disponible, et dont nous pouvons garantir l’exhaustivité, les 71 descendants directs connus, se répartissent entre seulement quatre départements :

  • Vosges : 47, dont 33 au Saulcy et à Belval (66 % et 46%).
  • Meurthe-et-Moselle : 16 (23 %).
  • Aube : 7 (10 %).
  • Haute-Marne : 1.

soit 89 % dans la zone dont nous parlons. Le pourcentage est le même pour la quatrième génération.

À la sixième génération (date de naissance moyenne 1915), Le Saulcy et Belval représentent encore 29 % des naissances, les Vosges et la Meurthe-et-Moselle 63 %. On voit apparaître une implantation dans le Calvados dont nous reparlerons.

Marie Odile Pierville (1800-1877), ép. Dominique Brumbt (1792-1856)

La fille aînée Marie Odile Pierville épouse le 17 janvier 1826 Dominique Brumbt, un boulanger d'origine alsacienne. Pour lui aussi, l'orthographe de son nom de famille varie tant pour lui-même que pour ses enfants. On trouve la forme Brumbt, celle qui l'utilise pour sa signature, mais aussi Brumpt et même Brumpth. 

Signatures de Dominique Brumbt et Marie Odile Pierville au bas de leur acte de mariage (1826)

Après son mariage, il s'installe à Quieux, le hameau du Saulcy où vivent son épouse et ses parents. Dans tous les actes le concernant, il est qualifié de manœuvre. Ils ont eu cinq filles dont quatre ont vécu, trois se sont mariées et seulement deux ont une descendance. L’enracinement local est encore plus marqué dans cette branche de la famille. À la cinquième génération (la même que ci-dessus), 13 des 15 descendants sont nés dans les Vosges, dans les trois communes du Saulcy, du Mont et, retour aux sources, de Vexaincourt. Cette stabilité géographique se double d’une stabilité sociale. On retrouve des cultivateurs, des sagards, des tisserands ou tisserandes qui travaillent pour la très active et prospère industrie textile vosgienne, ainsi que des ouvriers et ouvrières. 

Usine textile Nansé, à Quieux (Le Saulcy)
Source : Vosges-Matin

Plus tard, au XXe siècle, apparaissent les premiers mécaniciens, toujours dans les Vosges. Aucun des descendants dont nous avons pu identifier la profession n'accède à une profession intellectuelle. Le seul métier qui déroge à cette liste très traditionnelle est sans surprise celui d’employé à la Compagnie des Chemins de fer de l'Est, à Romilly-sur-Seine (Aube). C’est d’ailleurs l’une des rares branches qui a quitté les Vosges.

Le Harcholet (Le Saulcy)

Pour illustrer cette famille, on en est réduit à se contenter de faits divers comme celui qui concerne justement les époux Léopold Poirel (1886-1937) et Thérèse Jolly (1890-1937), à Romilly-sur-Seine. Comme le rapporte cet article du journal Le Petit Troyen, du 13 mars 1937, ils sont trouvés tous les deux morts à leur domicile.

Le Petit Troyen, du 13 mars 1937

Plus anecdotique, Nicolas Georges (1836-1910), cultivateur, au Haut du Harcholet, hameau du Saulcy, puis manœuvre, à Senones, est mort dans la forêt de Senones comme nous l’apprend cet entrefilet du Nouvelliste des Vosges.

Le Nouvelliste des Vosges, du 10 avril 1910

On notera la savoureuse remarque sur son épouse qui « lui avait remis 0,20 centimes pour boire la goutte. » Celle-ci est la seconde épouse de Nicolas Georges. La première est Marie Anne Brumbt (1831-1899), une des cinq filles Brumbt,

Enfin, on pense souvent qu'en l'absence de personnalités ou de notabilités dans sa famille, il n'y a aucun espoir d'en trouver des mentions dans la presse locale. Les deux articles précédents prouvent le contraire, comme celui-ci, qui rapporte les circonstances du décès de Julie Brumbt (orthographiée Brumpt) en 1896.

Le Mémorial des Vosges, du 1er février 1896

Certes, le décès est soudain, mais les circonstances n'en sont pas si extraordinaires, et, pourtant, il a justifié un article.

Enfin, cet article nécrologique concernant François Batelot (cliquez ici), un descendant d'Adèle Brumbt, ép. Avit Poirel, décédé à Vexaincourt en 2020, illustre presque à la perfection notre propos sur la permanence géographique et sociale des descendants de cette famille. En effet, au moment de son décès, il est bûcheron à Vexaincourt, comme ses ancêtres Magron. Son fils, garde forestier, maintient la tradition familiale.

Marie Anne Pierville (1803-1871), ép. Louis Stéquert (1804-1884)

La seconde fille Pierville, Marie Anne, épouse la même année que sa sœur, en 1826, Louis Stéquert, un meunier originaire de Saint-Blaise-la-Roche. Cette commune, anciennement dans le département des Vosges et actuellement dans le département du Bas-Rhin, appartient à la vallée de la Bruche dont nous avons déjà parlé dans l’introduction de l’histoire de la famille Magron. Ce mariage est de nouveau la preuve des contacts fréquents entre les habitants des deux versants des cols du Donon et du Hantz.

Comme d’autres patronymes, il existe de nombreuses variantes orthographiques de ce nom. Si la forme Stéquert est la plus courante, certains des descendants s’appelleront Stéquer (ou Stequer) et même Stéquaire comme la fille cadette du couple. Ponctuellement, on trouve des actes avec les orthographes Stecquer, Stecquert, Stecquaire ou Stecker, mais, à la différentes des autres, elles ne sont pas imposées dans cette famille.

Signatures de Louis Stéquert et Marie Anne Pierville au bas de leur acte de mariage (1826)

Au moment de son mariage Louis Stéquert est meunier à Colroy-la-Roche avec son père. Ensuite, il s'installe dans sa belle-famille, à Quieux, où il succède probablement à son beau-père. Puis, au gré des opportunités, on le trouve avec sa famille à La Parrière, autre hameau du Saulcy, à Belval, commune voisine du Saulcy, puis à Poutay, un hameau de la commune de Plaine, toujours dans la vallée de la Bruche. C'est dans ce hameau que Marie Anne Pierville décède à l'âge de soixante-sept ans, en 1871. Veuf et remarié, Louis Stéquert retourne vivre à Colroy-la-Roche où il décède à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Dans tous les villages où il habite, il exerce toujours le métier de meunier.

Louis Stéquert et Marie Anne Pierville ont eu cinq enfants qui ont tous vécu et se sont mariés.

  • Marie Louise, née le 3 juillet 1827, à Quieux (Le Saulcy), et décédée le 16 novembre 1904, à Belval, qui épouse le 14 septembre 1848, à Belval, Jean Baptiste Violant (1822-1905), cultivateur et bûcheron, à Belval.
  • Marie Anne, née le 20 septembre 1828, à Quieux (Le Saulcy), et décédée le 16 mai 1892, au Harcholet (Le Saulcy), qui épouse le 18 janvier 1848, à Belval, Louis Justin Perchotte (1820-1888), cultivateur et carrier, à Belval.
  • Jean Louis, né le 27 juin 1830, à Quieux (Le Saulcy) et décédé le 4 mars 1891, à Badonviller, qui épouse le 27 octobre 1859, à Fenneviller, Joséphine Biet (1837-1918).
  • Jean Baptiste, né le 26 février 1832, à Quieux (Le Saulcy), et décédé le 21 mars 1874, à Belval, qui épouse le 13 août 1860, à Belval, Adelphine Bel (1837-1892).
  • Julie, née le 12 avril 1834, à La Parrière (Le Saulcy), et décédée le 9 avril 1890, à Paris (IIe), qui épouse le 26 février 1861, à Paris (VIe), François Chambelland (1834-1890).

Nous n’allons pas détailler la descendance complète de ces cinq enfants qui s’élève au total de 220 personnes connues à ce jour. Pour chacun, nous relevons les faits notables et parfois anecdotiques de leur histoire familiale. 

Belval

Marie Louise Stéquert (1827- 1904), ép. Jean Baptiste Violant (1822-1905)

À l’image de ce que nous avons dit en introduction, Marie Louise Stéquert, avec son mari, Jean Baptiste Violant, cultivateur et bûcheron, à Belval, ainsi que leur fille aînée Marie-Louise (1851-1924), épouse de Jean Joseph Odille (1849-1931) et leur descendance sont tous restés dans le périmètre restreint de Belval, Le Saulcy et Senones, parfois jusqu’à nos jours, comme Thérèse Odille, arrière-petite-fille de Marie Louise Stéquert, décédée à Senones en 2012. Au risque de se répéter, cette fixité géographique s’accompagne d’une fixité sociale dans les métiers exercés.

En revanche, le seul fils de Marie Louise Stéquert et Jean Baptiste Violant, aussi appelé Jean Baptiste Violant (1856-1908) connaît une évolution géographique et sociale qui le mène jusqu’à Troyes. Comme souvent, il débute dans la vie comme cultivateur, à Belval, puis au Vermont, dans le village de sa femme, jusqu’à ce qu’il intègre la Compagnie des chemins de fer de l’Est vers 1885, quelques années après son mariage. Ce nouveau métier l’amène à s’installer avec sa famille dans l'Aube, d’abord à Romilly-sur-Seine, puis à Villiers-le-Sec, où il est sous-chef de gare, à Sainte-Savine et enfin à Troyes. Il est difficile d’évaluer l’évolution sociale de Jean Baptiste Violant, sans disposer de son dossier de carrière. Le terme très générique d’employé peut désigner une grande variété de situations professionnelles au sein de l’entreprise. En revanche, les parcours de ses enfants indiquent que Jean Baptiste Violant a franchi la première marche d’une évolution qui éloigne cette branche de l’ancrage ou de l’enracinement des autres branches de la descendance de cette famille issue de Marie Anne Magron, ép. Pierreville.

Premier fait notable, il y a trois religieuses parmi les huit enfants vivants du couple, dont l’une est morte à Liverpool, en 1963, et une autre, portant en religion le nom de Sœur Marie du Saint-Rédempteur, est morte au couvent des sœurs de l'Adoration réparatrice, à Lyon, en 1970. Dans toutes cette famille, nous n’avons pas rencontré d’autres membres entrés en religion. Les quatre fils font tous carrière dans la bonneterie, alors très prospère à Troyes et sa région. Le second fils, Edmond (1882-1943), termine sa vie, en 1943, comme directeur des établissements Savouré, à Troyes.

Le Petit Troyen, du 15 mai 1943

Le Petit Troyen, du 17 mai 1943

Son frère cadet, Gabriel (1898-1982), est chef d’atelier dans la même entreprise. Les deux autres fils, Jean Baptiste (1877-1915), l’aîné, et Paul (1890-1917) sont morts à la Guerre de 1914-1918. Jean Baptiste s’est impliqué dans la vie locale de Romilly-sur-Seine, en particulier dans les associations sportives. Il a fondé la première section de football de la commune au sein de l’Union sportive de Romilly (U.S.R.). En 1912, il est conseiller municipal et président de sociétés sportives et de préparation militaire. À ce titre, il est promu officier d’Académie en janvier de cette année-là. Quelques mois plus tard, il démissionne de son poste, ce qui vaut cet article plein de sous-entendus sur la gestion municipale :

Le Petit Troyen, du 19 octobre 1912

Jean Baptiste Violant travaille toute sa vie dans la bonneterie, en particulier dans la « maison » Léon Lesage. 

Le Petit Troyen, du 21 novembre 1915

Sa veuve, Juliette Molllet (1876-1962), tient une laiterie à Romilly-sur-Seine, acquise avec son mari en 1913, qu’elle cède à son fils Jean Violant (1907-1992) en 1934.

Le stade de l’Union Sportive Avenir Courageuse de Romilly (U.S.A.C.R.), dans le quartier de Lion, portait le nom de Jean Baptiste Violant, après la guerre. Vers 1941, il a été transformé en jardins ouvriers et le nom a disparu.

Marie Anne Stéquert (1828-1892), ép. Louis Justin Perchotte (1820-1888)

Jean-Claude Perchotte l'ancêtre de Louis Justin Perchotte est originaire du Val d'Aoste, aujourd'hui en Italie. Il s’est installé dans la paroisse de Saint-Jean-du-Mont, dont dépendaient Le Saulcy et Belval, au début du XVIIIe siècle.

Des 67 descendants de ce couple dont nous connaissons le lieu de naissance, 50 se trouvent dans les Vosges, dont 31 à Belval et au Saulcy. C’est dire qu’il n’y a quasiment pas eu de mobilité géographique dans les premières générations de la descendance de ce couple. Il n’y a guère eu de mobilité sociale car l’on retrouve là-aussi les mêmes métiers que nous avons cités ci-dessus : tisserand, ouvrier, cultivateur, etc.  

À la fin de sa vie, Louis Justin Perchotte est carrier à Belval. Son fils Joseph lui succède. Comme le dit un entrefilet du Mémorial des Vosges, du 11 mai 1890 : « M. Joseph Perchotte possède une carrière à un kilomètre du village [de Belval] et à deux kilomètres de la frontière alsacienne. Il y emploie quatre ouvriers en moyenne. »

La vie de l’une des filles, Marie Perchotte, éclaire la violence du monde dans lequel ils vivaient, violence que l’on tend à oublier aujourd’hui. Elle se marie en 1884 avec Jules François Binne, tisserand au Harcholet, au Saulcy qui s’avère être un homme violent. Il est condamné le 4 décembre 1890 par un arrêt de la cour d'assises des Vosges à huit ans de réclusion et vingt ans d'interdiction de séjour pour meurtre. En effet, le 25 juin 1890, il veut se venger de la veuve Perret, propriétaire de l’usine où il travaille comme tisserand, car elle lui a « retenu son salaire lorsqu’il avait, sans avertissement préalable, quitté brusquement la fabrique » et, ensuite, elle a congédié « la femme Binne, dont le travail devenait de plus en plus irrégulier. » En définitive, il tire sur la sœur de la veuve Perret, Mme Huteau, et tue par accident une femme dans l’atelier. Au moment du procès, on rappelle que « sa réputation est détestable. D’une force physique peu commune et d’une violence justement redoutée, il a fait preuve à plusieurs reprises d’une brutalité véritablement inouïe. » 

Le Mémorial des Vosges, du 5 décembre 1890
Pour lire l'article, cliquez sur l'image

À la suite de cette condamnation, les époux divorcent en 1893. Marie Perchotte se remarie, puis, après le décès de son second mari, tisserand à Épinal, elle s’installe avec sa fille à Mantes-la-Jolie, pour une raison inconnue.

C’est dans cette branche que se trouve l'un des rares cas d’émigration dans cette descendance Magron. Eugène Perchotte, né à Belval le 19 septembre 1910, fils d’Émile, tisserand, est parti vivre au Canada vers 1931 au moment de la levée de la classe 1930 à laquelle il appartient. Il s’y est marié en 1936, à Saint-Claude, dans l‘État du Manitoba, avec une descendante des premiers colons de la région, Henriette Trémorin. 

Eugène Perchotte (1910-1948)

Malgré la mésaventure relatée dans cet article :

Cherbourg éclair, du 14 janvier 1938

le couple a toujours vécu à Saint-Claude où ils ont eu trois garçons et trois filles. Marcel Perchotte, leur fils, et son épouse Geneviève ont restauré une ancienne maison comme le décrit ce site internet : ouroldhouse.weebly.com

Tombes d'Eugène Perchotte et d'Henriette Trémorin, au Saint Claude Roman Catholic Cemetery

Jean Louis Stéquert (1830-1891), ép. Joséphine Biet (1837-1918)

Meunier comme son père, il change souvent de domicile, probablement en fonction des opportunités qui se présentent, toujours dans cette même région à cheval entre le nord des Vosges,  le sud de la Meurthe-et-Moselle et l’ouest du Bas-Rhin sur la face orientale du massif des Vosges : Thiaville (1859) et Vacqueville (1860-1861), en Meurthe-et-Moselle, Poutay (Plaine) (1861) et Steige (1862), dans le Bas-Rhin, La Bonne Fontaine (La Grande Fosse) (1863), dans les Vosges. Vers 1854, il se fixe comme journalier, à Fenneviller (1865-1876), puis cultivateur, à Badonviller (1879-1891), deux communes proches dans le département de Meurthe-et-Moselle. Avec sa femme Joséphine Biet, ils ont quatorze enfants, dont onze atteignent l’âge adulte, neuf se marient mais seulement quatre ont une descendance connue. 

Une des filles, Julie (1865-1951), épouse Edmond Schwartz (1865-1924), cultivateur, à Badonviller, qui s’installe avec sa famille comme cultivateur aux Hauts Vents, un hameau de Maisoncelles-Pelvey, dans le Calvados, vers 1919. Cette migration atypique d’une région agricole à une autre est probablement à mettre en lien avec les migrations forcées au moment de la Première Guerre mondiale. Ils sont rejoints par une autre fille Stéquert, Célestine (1867-1960) et son mari d’origine allemande Émile Böhle (1862-1944), commis dans l'administration des Postes et Télégraphes, à Madagascar (1905-1922), qui s’installe Villers-Bocage, vers 1921. Ce dernier couple n'a pas eu d'enfants. En revanche, le premier a une descendance qui est restée jusqu'à nos jours dans le Calvados, alors que d'autres enfants se sont installés en région parisienne.

La vie de l'un des fils, Jean Baptiste Stéquert (1875-1914), est représentative de ces vies chahutées comme on en voit tant dans ces familles qui semblent toujours prêtes à basculer dans la misère et le déclassement. Ces vies qui sont parfois oubliées aujourd’hui où l’on imagine les existences passées se déroulant dans un monde stable et paisible, au pied du clocher du village, insensibles aux épreuves du temps, réglées par des mœurs et des usages immémoriaux. La généalogie nous apprend, et la vie de de Jean Baptiste Stéquert nous le confirme, que cette vision idyllique d’un âge d’or est fausse. 

Âgé de seize ans, on le trouve d’abord sabotier chez son beau-frère Jean Baptiste Humbert, à Parux (Meurthe-et-Moselle), puis domestique, à Rambervillers (Vosges), au moment du recrutement militaire, en 1895, et enfin journalier, à Badonviller, où vit sa mère veuve, au moment de son mariage, en 1901. Après son mariage, il semble entamer une existence plus stable à Dampvitoux, où il est d'abord garde forestier, en 1903, puis épicier et mercier. En 1907, il se fait tirer dessus par son voisin comme le relate cet article. 

L'Est républicain, du 26 mai 1907

Est-ce à la suite de cela que le couple se sépare, sans jamais divorcer ? Sa femme et son fils partent en région parisienne alors que lui est « garçon de course », chez le cafetier Joseph Bouv, à Lunéville, rue de Jolivet [quai des Cadets]. La lecture attentive du recensement de 1911 nous montre que ce n’est pas seulement un café, mais une maison close, avec cinq « filles soumises » :

Recensement de Lunéville, 1911

Un peu à l’écart de la ville de Lunéville, près de la Vezouze, cette maison close se trouve proche des casernes et des usines au nord de la commune.

Le terme de « fille soumise », utilisé par le recenseur, désigne les prostituées qui étaient déclarées et donc « encartées » auprès de la police dans le cadre d’une organisation de la prostitution féminine en vigueur à l’époque. Cette surveillance administrative mise en place en 1800 et abolie en 1946 lors de la fermeture des maisons closes par Marthe Richard répondait au besoin de contrôle social et sanitaire de la prostitution, en particulier pour combattre la propagation des maladies vénériennes. Qu’un de nos cousins ait été homme à tout faire dans une maison close de Lunéville illustre un nouvelle fois l’extraordinaire variété des destins individuels à partir d’une souche commune, en l’occurrence le couple formé par Valentin Magron et Odile Vigneron. Rattrapé par la mobilisation d’août 1914, il est sergent au 44e régiment territorial d'infanterie, lorsqu’il décède le 3 octobre 1914, à Nice, à l'hôpital temporaire de l'Hermitage, d’une « bacillose aigüe » qui désigne une forme clinique aigüe, grave et foudroyante de la tuberculose.

Notons que cet autre article de journal ne donne guère une meilleure image de sa veuve !

Le Petit Parisien, du 24 septembre 1915

Enfin, de façon plus anecdotique, la vie du fils cadet Léon Stéquert (1883-1935) a croisé celle d’Émile Coué (1857-1926), bien connu pour sa méthode : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ». Veuf d’une première épouse, Louise Henry, depuis 1916, il rencontre Marie Bumb, veuve depuis 1924, qui est cuisinière de la famille Coué à Nancy. Elle avait d’ailleurs été victime d’un cousin un peu entreprenant qui a voulu mettre le feu à la maison Coué en 1922 (voir l'article). Lorsque Léon Stéquert et Marie Bumb se marient à Nancy, le 27 avril 1926, Émile Coué en personne est témoin de leur mariage :

Camionneur au moment de son mariage, Léon Stéquert entre au service de la famille Coué, comme jardinier. 

Maison d'Émile Coué, rue Jeanne-d'Arc, à Nancy
La maison des domestiques, où habitaient Léon Stéquert et Marie Bumb,
devait avoir sa propre entrée sur la rue
Émile-Coué, parallèle à la rue Jeanne-d'Arc

Lorsqu’il meurt le 21 janvier 1935, dans la maison des domestiques qu'il habite avec son épouse, c’est Lucie Lemoine, veuve Coué, qui déclare le décès en mairie. C’est probablement elle qui insère un avis de décès dans la presse, un des très rares avis de décès, avec ceux de la famille Violant, dans cette modeste branche de la descendance Magron :

L'Est républicain, du 22 janvier 1935

Jean Baptiste Stéquert (1832-1874), ép. Adelphine Bel (1837-1892).

D’abord meunier, à Belval, comme son père, Jean Baptiste Stéquert devient aubergiste, toujours à Belval, avant 1874. Sa descendance perpétue la tradition familiale jusque vers 1933, d’abord avec sa seule fille Amélie Stéquert (1860-1923) et son mari Eugène Crovisier (1846-1911), puis avec sa petite-fille Jeanne Crovisier (1881-1933) et ses deux maris Jules Peck (1874-1918) et Henri Rapebach (1896-1978). À ce moment-là, il ne s’agit plus d’une auberge, mais d’un hôtel-restaurant appelé « Au Coucou des Bois ». Après le décès de Jeanne, sans enfants, personne dans la famille ne reprend le flambeau.



Deux cartes postales anciennes représentant l'hôtel-restaurant « Au Coucou des Bois », à Belval

Le seul fils de Jean Baptiste Stéquert et d'Adelphine Bel, Jean Baptiste Stéquer (1864-1906), dont le nom est désormais orthographié sans « t », est menuisier à Belval.  Lorsque son épouse, Marie Louise Guidat, décède le 12 décembre 1897, à trente-deux ans, elle laisse quatre enfants vivants, dont le plus âgé n’a que neuf ans et la cadette sept mois. Le père n’est visiblement pas en capacité de s’en occuper car ils se retrouvent pris en charge par l’Assistance publique des Vosges. On arrive néanmoins à suivre leur destin dans leurs familles d’accueil, souvent comme domestiques. Quant au père, on perd sa trace jusqu’à son décès à l'asile départemental des Petits-Prés, à Plaisir (Yvelines), le 12 avril 1906, à quarante-et-un ans. Cet asile, créé en 1862, servait de dépôt de mendicité pour recueillir les indigents, mendiants et personnes âgées sans ressources de cette partie de l’ancienne Seine-et-Oise.

L'asile départemental des Petits-Prés, à Plaisir

Julie Stéquaire (1834-1890), ép. François Chambelland (1834-1890)

Julie Stéquaire est la dernière fille de Louis Stéquert et Marie Anne Pierville. Au moment de sa naissance, elle est enregistrée avec l’orthographe Stéquaire qu’elle conserve dans tous les actes la concernant. Des cinq enfants, elle est la seule qui quitte la région natale. Elle est cuisinière à Paris lorsqu’elle se marie en 1861 avec un garçon de magasin originaire du Doubs. Ils meurent tous les deux en 1890, à moins de trois semaines d’intervalle. Elle est alors concierge à Paris (IIe), 1, rue Saint-Joseph, métier qu’elle exerce au moins depuis 1867, alors que lui est toujours garçon de magasin. Comme tous les Parisiens des classes populaires, ils changent perpétuellement de domicile. Entre 1861 et 1873, on leur connaît quatre adresses, toujours dans le deuxième arrondissement : 9, rue de Cléry (1861), 15, rue du Sentier (1867), 122, rue Montmartre (1870) et enfin, 1, rue Saint-Joseph, à partir de 1873.

Ils ont quatre enfants. Deux garçons meurent jeunes (onze et huit ans). On perd totalement la trace de leur fille Amélie, née en 1867. Le seul fils qui leur survit, Léon Émile, meurt célibataire au Kremlin-Bicêtre, en 1918. On connaît mal sa vie. Au moment du recrutement militaire (1890), il est dessinateur. Il est considéré comme ouvrier d'art. Lorsqu’il décède, il est journalier. La liste des domiciles sur sa fiche matricule est éloquente sur une forme d’instabilité, courante à l’époque.

Domiciles de Léon Émile Chambelland, sur sa fiche matricule (Archives de Paris, classe 1890)


Pour illustrer cette histoire de la descendance de Marie Anne Pierville, ép. Louis Stéquert, nous avons largement utilisé la presse de l'époque. Ces deux derniers articles, qui concernent des membres de la famille Perchotte, illustrent chacun à leur manière la richesse de cette source. Le premier est le récit circonstancié du décès par noyade de René Perchotte (1895-1941), mécanicien, au Saulcy. Le second est encore le récit d'une agression violente dont a été victime Auguste Perchotte (1867-1916).

L'Écho de Nancy, du 10 juillet 1941

L'Ami du peuple, du 28 juin 1885

Lien vers la généalogie de Marie Odile Magron, ép. Michel Pierville : cliquez ici.

Article sur les origines de la famille Magron et de Marie Odile Magron : Les origines de la famille Magron et les trois premières générations : Dominique, Joseph et Valentin.

Belval