jeudi 13 mai 2010

La famille Favrot de Laval (Mayenne)



Pour ceux qui l'ignorent, nous avons quelques ancêtres à Laval dans la Mayenne.

Le 23 avril 1771, à la paroisse de Saint-Vénérand, à Laval, se marie Pierre Favrot, né vers 1739 avec Louise Letessier, née vers 1745. Ils appartiennent à des familles de tisserands. En effet, depuis le moyen age, Laval est un grand centre textile, spécialisé dans la toile de lin. En cette deuxième moitié du XVIIIe siècle, cette industrie prend une importance toute particulière, faisant vivre une importante population de tisserands.

Eglise de Saint-Vénérand.

De ce mariage, sont nés 4 enfants, tous baptisés à Saint-Vénérand :
- Louise, le 10 juillet 1776
- Marie Anne, le 13 août 1778
- Anne, le 22 juin 1781
- Pierre, le 27 avril 1784

Le destin fragile de ces familles d'artisans, qui ne pouvaient vivre décemment que lorsque le commerce et l'industrie fonctionnaient correctement, a probablement été bouleversé par la Révolution. A la crise économique qui a précédé et accompagné la Révolution, se sont ajoutés les troubles propres à cette région. En effet, on est plein pays chouans. A partir de 1792, les troubles, assimilables à une guerre civile, affecteront toute la région de Laval, avec un paroxysme entre les années 1792 et 1796. On imagine dans ces conditions que la vie des artisans, sans autre revenue que celui de leur travail, devenait très précaire. La famille va se disperser.

La mère meurt entre 1784 et 1794.
Le père Pierre Favrot meurt le 8 Juillet 1796 à l'hospice de Laval. Pour un ouvrier sans travail, ce qui était peut-être sa situation en ce temps de crise économique, et malade, l'hospice était le seul recours, sauf à avoir une famille pour le soutenir, ce qui ne semble pas avoir été son cas.


La fille aînée Louise se retrouve à Cossé-le-Vivien, un bourg à 18 kilomètres au Sud de Laval, qui sera une des bases de l'Armée de l'Ouest qui fait son travail de "pacification" de la région lors des guerres de Vendée. Tout juste âgée de 18 ans, elle épouse le 7 décembre 1794 un soldat de cette Armée, stationnée à Cossé-le-Vivien, Guillaume Voisin, originaire de Limoges, âgé de 28 ans. Elle est dite âgée de 21 ans alors qu'elle n'a que 18 ans. Son père est absent. Au moment de son mariage, le bourg est encerclé par les Vendéens. On aurait pu imaginer que le couple se serait évanoui dans la nature à la fin de la guerre de Vendée. En réalité, et contrairement à ce que l'on pouvait s'attendre, ils reviennent se fixer à Cossé-le-Vivien où Guillaume Voisin s'installe comme serrurier vers 1806. J'ai retrouvé la trace de 3 enfants. Le premier, Guillaume, est né en décembre 1803 alors que ses parents voyagent depuis Bayonne (le père y était peut-être encore militaire et venait d'être démobilisé). Il naît donc par accident à Chatelaillon, près de La Rochelle. L'officier d'état-civil note qu'ils ont l'intention de se domicilier à Laval. En fait, on les retrouve à Cossé-le-Vivien où deux filles naissent, Marie Louise en 1806 et Olive en 1809. La mère, Louise Favrot, décède le 10 mars 1812 à 35 ans, laissant ses enfants âgés de 8, 6 et 2 ans. Le père se remarie, mais l'errance de la famille continue. Il meurt dans la Creuse en 1821, alors que l'on retrouve les 3 enfants à Château-Gontier, autre commune de la Mayenne proche de Laval. Ils sont respectivement tailleur d'habits, ouvrière et femme de chambre lors de leur mariage à Château-Gontier. Je n'ai pas poursuivi plus avant la descendance de cette lointaine tante. Probablement que les pérégrinations de cette famille déracinée a continué. J'ai seulement retrouvé la trace d'un petit-fils, Ernest Voisin, qui était professeur de musique à Château-Gontier en 1856, premier signe, dans cette branche de la famille, d'une évolution sociale.


On retrouve la deuxième fille, Marie Anne, à Paris où elle donne naissance à une fille, le 10 décembre 1803, de sa liaison avec un sergent de la Garde Impériale, Antoine Poirier (il s'agit d'un fameux grognard de Napoléon).

Ils reconnaissent l'enfant sous le nom de Louise Poirier. De cette liaison, naîtra le 17 février 1807 une seconde fille, Jeanne Pauline Poirier. Enfin, le 11 mars 1808, ils régularisent la situation en se mariant à la mairie du 2e arrondissement à Paris. La mariée assure qu'elle ne sait pas où sont décédés ses parents et grands-parents, preuve, s'il en est, de la décomposition de cette famille. Autre fait notable, Antoine Poirier se qualifie de propriétaire, cachant qu'il est officier de la Garde Impériale. En effet, il aurait probablement été bien en peine d'obtenir l'autorisation de se marier, puisque une des conditions était que l'épouse justifie d'une revenu, autrement dit d'une rente (je crois de 1200 francs annuels). Il est difficile de reconstituer des sentiments plus de 200 ans après, mais il devait y avoir une forte affection entre eux pour qu'Antoine Poirier, qui appartenait à un corps d'élite, prenne le risque de ne pas respecter le règlement. Une injustice, dont il s'est dit victime, et sa démission de l'armée en 1809 ne sont peut-être pas étrangères à ce mariage dissimulé. Quelques mois après leur mariage, un troisième enfant leur naît, à Courbevoie, près de Paris, à la caserne de la Garde Impériale : Auguste Poirier, le 13 août 1808.
Marie Anne Favrot meurt à 74 ans à Dole, dans le Jura, le 20 juillet 1853. Son mari la suit peu après le 25 décembre 1853. Ils ont vécu plus de 50 ans ensemble.

La troisième fille est restée à Laval. Elle s'y marie le 19 septembre 1807 avec un tailleur d'habits, Julien Coutard. On perd leur trace immédiatement après ce mariage : pas d'enfants ni de décès à Laval, nouveau signe de ce déracinement, qui semble la marque de cette famille.

Quant au fils, Pierre, je n'ai pas retrouvé sa trace.

Pour finir, un image de la belle signature de Pierre Favrot, preuve d'un minimum d'instruction en ce milieu du XVIIIe siècle. Dans ces régions et dans ces milieux, l'instruction minimale, c'est à dire savoir signer, semblait peu répandue.


Lien vers la généalogie de Marie Anne Favrot : cliquez-ici.

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