Il est recensé jusqu'en 1861 dans le ménage de ses parents, à Prauthoy. Ensuite, il n'apparaît plus. On le retrouve lors du recensement militaire des jeunes gens de la classe 1872 comme employé de commerce, à Reims. Il est fort probable qu'il ait rejoint un frère de sa belle-mère, Gabriel Prodhon, qui est alors négociant en tissus à Reims. À l'issue du conseil de révision, il est ajourné pour une année à cause de sa « faiblesse de constitution », puis il est finalement appelé au service le 5 novembre 1874, au 114e régiment d'infanterie. Il est libéré le 5 novembre 1875, après avoir obtenu le grade de caporal. Il retourne alors vivre à Reims, où il habite au n° 12, rue des Telliers, en 1876. Il est alors voyageur de commerce, ce qui sera sa profession durant toute sa vie jusqu'à la dernière mention connue en 1922.
Jusqu'en 1892, il est régulièrement domicilié à Reims, comme, par exemple, le 17 mai 1892 lorsqu'il vient jusqu'à Prauthoy pour l'inventaire des biens de son père, décédé quelques semaines plus tôt. Dès les actes suivants, en particulier lors de la liquidation de la succession de son père, le 26 janvier 1893, il donne procuration et n'apparaît plus à Prauthoy. Il est vrai qu'il habite désormais à Mons, en Belgique.
Le 30 janvier 1882, Jules Magron présente un compte de tutelle à son fils Ernest, comme il l'avait fait dix ans plus tôt pour sa fille Marie. En revanche, à la différence de cette dernière, Ernest Magron ne valide jamais ce compte, empêchant de ce fait le règlement de la succession de sa mère. Négligence du fils ? Mauvaise entente entre le père et le fils ? On ne le sait pas. Dix ans plus tard, après le décès du père, lors de l'inventaire, Ernest réclame les 3 312 francs évalués dans le compte de tutelle augmentés de dix ans d'intérêts, soit 1 656 francs, auxquels il ajoute également une somme de 1 663 francs représentant l'estimation des revenus de sa part des immeubles indivis entre son père et lui après le décès de sa mère. Sa sœur Marie lui emboîte le pas. En définitive, lors de l'inventaire, le montant total des sommes dues à Ernest s'élève à 6 630 francs, sur lequel il a reçu 1 000 francs de son père. Comme nous l'avons expliqué dans la notice consacrée à Jules Magron, lors de la liquidation de sa succession, les héritiers acceptent les réclamations d'Ernest et de Marie Magron. Le montant total attribué à Ernest est alors de 7 445 francs, dont 4 000 francs lui sont payés immédiatement par sa belle-mère Céline Prodhon et, pour le reste, celle-ci s'engage vis-à-vis de son beau-fils Ernest et de sa belle-fille Marie sur un échéancier et, comme garantie, elle hypothèque les biens qu'elle possède à leur profit. Et, pour renforcer le tout, Gabriel Magron et Jeanne Magron, le demi-frère et la demi-sœur d'Ernest se portent cautions solidaires de leur mère. Pour prendre la mesure des écarts d'attribution, il suffit de rappeler que Gabriel, comme Jeanne et Camille, n'obtient que 1 814 francs. On imagine bien que tous ces paiements et ces garanties prises au profit des enfants du premier lit ont dû laisser des traces dans les relations entre les frères et sœurs des deux mariages. Lorsque les immeubles de Prauthoy sont vendus en 1898, Ernest, comme sa sœur Marie, touche 10/36e (28 %) du prix de vente tandis que les enfants du second lit ne récupèrent que 4/36e (11 %) chacun.
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| Mons, rue de la Chaussée |
Comme nous le disions, à partir de 1892, Ernest Magron habite à Mons. Sa présence y est pourtant plus ancienne. Le 29 septembre 1886, naît dans cette ville Marthe Zélia Amélie Magron, fille d'Ernest Magron, marchand, « de résidence en cette ville », rue de la Biche et domicilié à Reims qui se reconnaît être le père, et d'Amélie Plon, tailleuse. Deux ans plus tard, quasiment jour pour jour, le 22 septembre 1888, le couple, toujours non marié, donne naissance à une autre fille, Denise Marie Lucienne Magron. Comme pour la première, l'acte de naissance précise qu'Ernest Magron est marchand, domicilié à Reims et « de résidence en cette ville », rue de la Chaussée et qu'il se reconnaît être le père de l'enfant. On comprend que depuis le milieu des années 1880, Ernest Magron se partage entre son domicile légal de Reims et son domicile de fait à Mons, auprès de sa « femme » et de ses filles. Il est vrai que son métier de voyageur de commerce lui permet d'entretenir l'illusion auprès de sa famille, ou tout du moins de son père, qu'il vit toujours à Reims. Ce n'est probablement pas un hasard si, quelques mois après le décès de son père, en avril 1892, il régularise la situation en se mariant le 28 décembre 1892 avec Amélie Plon, à Mons. Son père étant décédé, il n'a plus à obtenir son autorisation pour se marier. Ne voulait-il pas l'affronter en lui dévoilant sa liaison avec une jeune fille belge ? Si, au contraire, il l'a fait, s'est-il vu opposer une fin de non-recevoir ? On ne le saura sans doute jamais. Ce qui est sûr est qu'à partir de cette date, la vie d'Ernest Magron se déroule à Mons auprès de sa belle-famille. D'ailleurs, le jour de son mariage, les quatre témoins sont tous des parents de sa femme. Ce même jour, Ernest Magron et Amélie Plon légitiment un autre enfant, Lucien Alfred Plon, né à Bruxelles le 18 octobre 1880. Est-ce un fils d'Ernest qui ne l'a pas reconnu au moment de sa naissance ? Est-ce un enfant qu'il a accepté de reconnaître tout en sachant qu'il n'était pas de lui ? Notons au passage qu'Amélie Plon a eu un autre fils illégitime, Alfred Lucien Plon, né le 15 octobre 1881 et décédé le 14 janvier 1882 à Ghlin, aujourd'hui une section de la ville de Mons. On ne sait évidemment pas s'il s'agit d'un enfant d'Ernest Magron.
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| Signatures au bas de l'acte de mariage d'Amélie Plon et Ernest Magron, à Mons, le 28 décembre 1892 |
Les sources généalogiques belges sont moins riches qu'en France, en particulier à cause du manque de recensements qui permettent souvent de suivre finement les domiciles et les activités des familles et surtout de s'assurer de leur composition. De ce fait, si nous avons identifié trois enfants de ce couple, rien ne nous assure qu'ils n'ont pas eu d'autres enfants après leur mariage. Nous avons seulement trouvé quelques actes qui permettent de tracer à gros traits la vie d'Ernest Magron et de sa femme entre 1892 et 1922, date à laquelle on perd sa trace.
De façon un peu surprenante, le 18 juillet 1909, Ernest Magron est à Pont-l'Évêque, dans le Calvados pour le décès de sa belle-mère Céline Prodhon. Il accompagne son beau-frère Lucien Depardieu pour déclarer le décès à la mairie. À la suite du règlement de la succession de Jules Magron et des difficultés apparues entre les enfants du premier lit et ceux du second, on aurait pu penser que les relations s'étaient distendues, d'autant plus que la distance géographique entre Ernest, à Mons, et le reste de la famille, n'aidait pas à une plus grande proximité. Visiblement, il n'en est rien en 1909 car il n'hésite pas à parcourir les plus de quatre cents kilomètres entre les deux villes, en passant par Paris, pour aller au chevet de sa belle-mère. Devant l'officier d'état civil de Pont-l'Évêque, il se déclare représentant de commerce, à Mons.
Lors du mariage de leur fille aînée, Marthe, à Liège, le 10 juillet 1915, avec Camille Long Pretz, comptable à Liège, Ernest Magron et son épouse Amélie Plon habitent toujours à Mons où il exerce encore le métier de représentant de commerce.
En revanche, lorsque leur fils Lucien Magron se remarie à Liège le 6 janvier 1923, Amélie Plon est désormais décédée et Ernest Magron est revenu vivre en France. L'acte de publication de mariage de son fils en 1922 le qualifie de voyageur de commerce, domicilié à Paris (Xe arr.), au 45, rue de l’Échiquier. C'est la dernière trace que l'on ait de lui. Pour le moment, les recherches pour trouver son acte de décès sont restées infructueuses.
La connaissance de la vie et de la descendance de leurs trois enfants connus reste là aussi lacunaire.
Le fils aîné, Lucien Magron, se marie une première fois à Mons le 12 août 1911 avec Julia Joséphine Petit, puis, après avoir divorcé, une seconde fois à Liège le 6 janvier 1923, avec Guillelmine Netta Bourseaux. À cette date, il est qualifié de sculpteur, à Esneux, étant précisé qu'auparavant, il habitait à Liège. On n'en sait pas plus, ni même s'il a eu une descendance.
La fille aînée, Marthe Magron, épouse à Liège le 10 juillet 1915, Camille Long Pretz, comptable à Liège. On leur connaît deux enfants :
- Camille, né à Liège le 10 mars 1916.
- Christiane, née à Liège le 6 mai 1920.
Le père est décédé à Liège le 21 décembre 1927. Il est toujours comptable, au 9, rue de la Légia.
Nous avons réussi à glaner quelques informations sur Camille Long Pretz, le fils aîné de Camille Long Pretz et Marthe Magron :
- Licencié en 1940 de l'Université de Liège, avec une thèse sur : Les prêtres et les devins chez Eschyle et Sophocle.
- Professeur de langues anciennes, à Bruxelles, en 1958.
- Préfet à l'Athénée royal de Chimay, avec prise de rang le 15 novembre 1967.
- Décès de son épouse dans l'état civil de Tournai du 6 au 20 septembre 2012 : Madeleine Dupéroux, 77 ans, Fleurus, veuve de Camille Long Pretz.
- Auteur probable d'une dictée à difficultés pour un concours d'orthographe : Kaléidoscope (Caléidoscope).
Quant à la fille Christiane, nous avons la chance d'avoir trouvé son avis de décès :
La fille d'Alfred Roland et de Christiane Long Pretz vient de décéder en février de cette année, ce qui permet de compléter l'ébauche d'arbre généalogique.
La fille cadette d'Ernest Magron et Amélie Plon, Denise Magron, ne semble pas s'être mariée. Grâce à un contentieux porté devant la commission de recours en matière d'assurance maladie-invalidité, on sait qu'elle est employée au service du Fonds national d'assurance maladie-invalidité de la province de Liège jusqu'au 27 septembre 1948, date à laquelle elle doit cesser son activité pour raison de santé et qu'elle est congédiée avec un préavis de six mois le 24 novembre 1948. Comme son recours est déposé en janvier 1951, elle est encore vivante à cette date. On perd ensuite sa trace.
Parmi les frères et sœurs de nos huit arrière-grands-parents, Ernest Magron est celui dont la vie est la plus mal connue et surtout dont la descendance est la moins assurée. Il partage avec Louis Donnet, le fait d'être l'un des deux seuls dont la date de décès n'est pas connue. En revanche, il est le seul des arrière-grands-oncles ou grands-tantes pour lesquels il reste une incertitude sur le nombre d'enfants et des zones d'ombre sur les petits-enfants. Cela s'explique bien sûr par les sources généalogiques disponibles en Belgique. Une autre raison est surtout que la mémoire familiale ne permet pas de combler les manques ou de répondre aux questions que pose sa biographie « à trous ».
Lien vers la généalogie d'Ernest Magron : cliquez ici.
Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.




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