mardi 21 juillet 2026

Jeanne Magron (1870-1940), ép. Lucien Depardieu, receveur de l'Enregistrement

Marie Jeanne Célina Magron est née à Prauthoy le 23 février 1870. Elle est la fille de Jules Magron et de sa seconde épouse, Céline Prodhon. Comme tous les enfants du second mariage, elle est née dans la maison de commerce de Jules Magron sur la place. Comme souvent, on ne sait rien de son enfance et de sa jeunesse. Elle a vécu à Prauthoy jusqu'à son mariage. Est-ce pour elle que la famille a acheté un piano qui se trouve dans une des chambres du premier étage, comme l'indique l'inventaire après décès des biens de son père, en 1892 ?

Comme tous les enfants du second lit, la liquidation de la succession de son père ne lui est guère favorable. Elle récupère la modeste somme de 1 814 francs et doit par ailleurs se porter caution solidaire, avec son frère Gabriel, de leur mère en garantie des engagements financiers que celle-ci a dû prendre à l'égard de Louise, Ernest et Marie Magron, les enfants du premier lit.

Dans le courant de l'année 1892, un jeune receveur de l'Enregistrement vient prendre la responsabilité du bureau de Prauthoy. Lucien Depardieu est né le 15 avril 1864, à Thiaucourt (Meurthe-et-Moselle). Son père, Charles Depardieu, est un ancien greffier de la justice de paix et propriétaire dans ce bourg situé entre Metz et Nancy. Dès l'âge de vingt ans, Lucien Depardieu intègre l'administration de l'Enregistrement dans laquelle il va faire toute sa carrière. Comme il est d'usage à l'époque, il est très régulièrement muté d'un bureau à un autre, un peu partout en France. Avant Prauthoy, il est receveur à Blamont (Doubs), en 1887-1890, puis à Grand-Bourg (Creuse) en 1891-1892. À Prauthoy, c'est lui qui reçoit Céline Prodhon, veuve Magron et sa belle-fille Marie Magron, le 20 octobre 1892, pour enregistrer la déclaration de succession de Jules Magron qu'elles viennent déposer.

Au-delà de ces relations « administratives » entre lui et la famille Magron, il est clair que d'autres relations se nouent. Toujours est-il que Lucien Depardieu épouse Jeanne Magron, à Prauthoy, le 2 avril 1894. Il a presque trente ans (il lui manque moins de deux semaines). Jeanne Depardieu a vingt-quatre ans. Elle est accompagnée le jour de son mariage par son oncle Gabriel Prodhon, négociant à Reims, et par son frère Gabriel, alors pharmacien à Dijon. Le jeune couple ne va guère pouvoir rester à Prauthoy. Au début de l'année 1894, Lucien Depardieu est nommé à un poste de receveur de l'Enregistrement en Cochinchine (Vietnam). Peut-être a-t-il demandé cette destination avant ses projets matrimoniaux. Maintenant qu'il est marié et, comme on le verra, que sa femme est enceinte, il obtient que cette affectation lointaine soit reportée, mais, dès le mois de juillet 1894, trois mois après son mariage, il est nommé à Charny (Meuse). C'est dans cette bourgade que naît leur première fille, Reine Anne Marguerite, le 10 octobre 1894, six mois après leur mariage… Autant les conceptions d'enfant avant le mariage étaient déjà courantes à l'époque, autant elles étaient rares dans ce milieu de la petite bourgeoisie auquel appartenaient Lucien Depardieu et Jeanne Magron. On peut aussi noter que, contrairement aux usages de ce milieu, ils se marient sans contrat de mariage, ce qui est une nouvelle preuve que la situation financière de Céline Prodhon ne lui permet pas de doter sa fille au moment de ses noces. Celle-ci devra se contenter de ce qu'elle a reçu lors du règlement de la succession de son père et de ce qu'elle touchera lors de la vente des maisons en 1898.

Grâce au Journal de l'Enregistrement et des Domaines, nous pouvons reconstituer la carrière de Lucien Depardieu. Les affectations connues sont :

  • Châlons-sur-Marne (Marne) : 1885-1887, en tant que surnuméraire de l'Enregistrement.
  • Blamont (Doubs) : 1887-1890 (nomination en septembre 1887).
  • Grand-Bourg (Creuse) : 1891-1892.
  • Prauthoy (Haute-Marne) : 1892-1894. Une nomination en Cochinchine juste avant son mariage (avril 1894) a été reportée.
  • Charny (Meuse) :  1894-1895 (nomination en juillet 1894).
  • Plouescat (Finistère) : 1895-1898 (nomination en mai 1895).
  • Le Thillot (Vosges) : 1898-1905 (nomination en juin 1898).
  • Pont-l'Évêque (Calvados) : 1905-1909 (nomination en avril 1905).
  • Pézenas (Hérault) : 1910-1911.
  • Auxerre (Yonne) : 1911-1913 (nomination en décembre 1911).
  • Briey (Meurthe-et-Moselle) : 1913 (nomination en avril 1913).
  • Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) : 1920-1923.
  • Orléans (Loiret) : 1923-1926 (nomination en juin 1923).
  • Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : 1926-1929 (nomination en septembre 1926).

Comme on le constate, il ne reste guère que deux ou trois ans, voire quatre, au même endroit. Les distances entre les différentes affectations sont souvent de plusieurs centaines de kilomètres. Entre Plouescat et l'affectation suivante au Thillot, il y a même mille kilomètres. Autrement dit, la famille ne peut se fixer nulle part et les déménagements sont incessants. Les lieux de naissance de leurs cinq enfants reflètent cette mobilité géographique subie :
  • Reine Anne Marguerite, née à Charny-sur-Meuse (Meuse), le 10 octobre 1894.
  • Jean, né à Plouescat (Finistère), le 2 mai 1896.
  • Geneviève Marie Élisabeth, née au Thillot (Vosges), le 14 avril 1900.
  • Madeleine, née au Thillot (Vosges), le 10 mars 1902 et décédée à Pont-l'Évêque (Calvados), le 8 juillet 1906.
  • Pierre Lucien André, né à Pont-l'Évêque (Calvados), le 30 novembre 1906.

Une condamnation à quinze jours de prison par le tribunal correctionnel de Morlaix en août 1898 jette un jour étrange sur la personnalité de Lucien Depardieu. L'article de La Dépêche de Brest rappelle les faits à l'origine de la condamnation :

Le 27 mai dernier [1898], M. L'Herrou, capitaine de gendarmerie à Morlaix, se rendait chez M. Depardieu (Lucien), âgé de 34 ans, à cette époque receveur de l'enregistrement à Plouescat, actuellement appelé à remplir les mêmes fonctions dans l'Est, et l'interrogeait, en vertu d'ordres de ses chefs, à l'occasion d'une plainte portée par la mère de sa bonne contre la femme d'un gendarme de la brigade de Plouescat.
M. L'Herrou écrivait sous la dictée de M. Depardieu, quand ce dernier, prenant sur son bureau une copie d'un rapport que le capitaine avait adressé à son chef immédiat, lui demanda s'il maintenait les termes de ce rapport. Sur la réponse affirmative du capitaine, M. Depardieu s'écria : « Je ne comprends pas qu'on ait donné des galons à des gens comme vous. »
Le capitaine, après s'être assuré que ces paroles étaient bien à son adresse, riposta : « Vous êtes un insolent ! »
Il prit son képi et sa cravache et sortit immédiatement en ajoutant : « Vous aurez de mes nouvelles. »
Au moment où le capitaine L'Herrou atteignait la porte, M. Depardieu l'apostropha en ces termes : « Vous êtes un drôle et un polisson ! » 

On ne sait pas quelles sont les raisons qui motivent les propos de Lucien Depardieu. Il est pour le moins inhabituel qu'un fonctionnaire public, receveur de l'Enregistrement, injurie un commandant de gendarmerie au point de finir devant un tribunal. Entre représentants de l'autorité de l'État, les conflits se gèrent habituellement de façon plus discrète. Lucien Depardieu ne peut arguer d'une réaction impulsive et irraisonnée motivée par la teneur de l'interrogatoire ou des circonstances. En effet, le journaliste ajoute que, lors du procès, « par le ton de ses réponses, [Lucien Depardieu] a aggravé sa situation ». Cette affaire n'a visiblement pas nui à sa carrière. Elle démontre peut-être une forme de rigidité psychologique chez lui.

En septembre 1908, alors qu'ils habitent Pont-l'Évêque où Lucien est receveur, Céline Prodhon, veuve Magron, la mère de Jeanne, vient les rejoindre. Âgée de soixante-dix-sept ans, elle doit quitter Bourbonne-les-Bains où elle habitait depuis une dizaine d'années auprès de son beau-frère Prosper Benoit. Après le décès de celui-ci, en juin 1906, elle se retrouve seule et sans ressources. Elle vient vivre auprès de son unique fille. Si tant est que la question se soit posée, il n'y a guère de possibilité du côté de ses fils. L'aîné, Gabriel, vient de s'installer à Roubaix et le cadet, Camille, habite alors à Venise. Elle décède chez son gendre et sa fille le 18 juillet 1909, à l'âge de soixante-dix-sept ans, dans la maison de la place Vauquelin qu'ils habitent alors. C'est Lucien Depardieu qui va déclarer le décès avec son beau-frère Ernest Magron. C'est aussi lui qui se charge de la déclaration de succession au bureau de l'enregistrement de Bourbonne-les-Bains, le 17 janvier 1910.

Maison de la place Vauquelin, à Pont-L'Évêque, domicile de la famille Lucien Depardieu
 où est décédée Céline Prodhon, veuve Magron
En haut : carte postale vers 1910 (la maison est à droite) ; en bas : vue actuelle (2024)

Lorsqu’elle prend en charge sa mère en septembre 1908, celle-ci n’a plus de revenus et quasiment plus de biens. Dans son testament du 20 septembre 1908, qu’elle passe devant un notaire de Bourbonne-les-Bains, Céline Prodhon lègue à sa fille la moitié de la propriété qu’elle possède à Verseilles-le-Bas, qui lui vient de son père. C’est une maison de campagne, avec un jardin et un terrain clos de murs d’un peu plus de deux hectares. L’autre moitié de cette propriété est léguée à Camille Magron. Après le décès de sa mère, Jeanne Magron, ép. Depardieu se retrouve en possession d’une maison très éloignée de là où elle vit avec son mari et qui ne lui rapporte quasiment rien. En 1908, la propriété est louée pour 84 francs par an, soit la moitié (42 francs) pour Jeanne. Avec son frère, ils décident de la vendre. L’éloignement de celui-ci, qui vit à Venise en 1909, puis à Turin en 1911, explique probablement le délai entre le décès de leur mère et la vente effective de cette propriété qui n’a lieu que le 17 août 1911. Elle est adjugée pour 8 000 francs, à Paul Petitot, cultivateur, à Verseilles-le-Bas, et son épouse, soit 4 000 francs pour Jeanne. Avec cette vente, le dernier lien des enfants Magron du second lit avec la Haute-Marne, le pays de leurs ancêtres, est définitivement rompu.

Après plus de quarante-cinq ans de carrière, Lucien Depardieu peut faire valoir ses droits à la retraite le 14 août 1929. Le décret lui attribuant une pension de 21 894 francs, avec une majoration pour enfants de 3 284 francs, décompte exactement quarante-cinq ans trois mois et vingt-neuf jours de services, ce qui place son entrée dans la carrière à la mi-avril 1884, soit le jour de ses vingt ans. Au moment de sa mise à la retraite, il est receveur de classe exceptionnelle qui était probablement le plus haut grade auquel il pouvait accéder et est affecté au bureau de Saint-Denis, où il habite au 45, rue de la Légion d'honneur.

Après sa mise à la retraite, Lucien Depardieu et Jeanne Magron s'installent au hameau de Kerpuns, qui se trouvait alors sur le territoire de la commune de Kérity qui a été absorbée par Paimpol en 1960. Ils y sont recensés en 1931, mais ils sont marqués comme absents. Il est vrai qu'à cette même date, ils habitent aussi à Saint-Denis, au 45, rue de la Légion d’honneur. Lucien Depardieu y est inscrit sur les listes électorales de 1928 à 1933, en même temps que son fils Jean. En revanche, ils habitent bien à Kerpuns lors du recensement de 1936. Peut-être parce qu'ils veulent se rapprocher de Paris et de leurs enfants, ils s'installent vers 1937 à Châteauneuf-en-Thymerais (Eure-et-Loir), au 2, place de la Friche [aujourd'hui, place de la Libération], dans un chef-lieu de canton rural situé entre Dreux et Chartres. Rien ne nous a permis de comprendre la raison du choix d'une telle commune avec laquelle aucun membre de la famille ne semble avoir de liens. Lucien Depardieu y est inscrit comme électeur à partir de 1937.

Vue aérienne de la place de la Friche [aujourd'hui place de la Libération], à Châteauneuf-en-Thymerais
Parmi l'alignement de bâtiments au fond de la place, le n° 2 est la maison complètement à droite

Vue actuelle du n° 2, place de la Friche [aujourd'hui place de la Libération], à Châteauneuf-en-Thymerais

C'est là que Jeanne Magron décède la première, le 28 juin 1940, à l'âge de soixante-dix ans. Son mari lui survit deux ans et demi et décède le 2 décembre 1942, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Nous ne savons pas où ils sont enterrés. Peut-être le sont-ils à Prauthoy où il existe une tombe Depardieu-Magron. Les déclarations de succession de l'un et l'autre sont déposées au bureau de Paimpol, ce qui signifie que leur patrimoine principal s'y trouve et que Châteauneuf-en-Thymerais est plutôt une installation temporaire, même s'ils y ont passé entre cinq et sept ans.

La vie de leurs quatre enfants n'est encore connue que de façon lacunaire. Nous avons tout de même pu reconstituer leurs parcours dans les grandes lignes.

Anne Depardieu (1894-1966), institutrice

La première mention que l'on trouve d'elle est le recensement de Paris en 1926. Elle est alors institutrice, à Paris (XVIIIe) et habite au 21, rue Sainte-Isaure. Il est fort probable qu'elle travaille dans l'école qui se trouve en face de son domicile, au 18, rue Sainte-Isaure. Elle y est encore, vingt ans plus tard, en 1946. Après son passage à la retraite, elle habite le même quartier, au 49 bis, rue des Cloÿs. C'est son domicile au moment de son décès, le 11 février 1966. Elle est décédée à Paris (XIVe), 7, rue du Texel [hôpital Léopold Bellan]. Elle ne s'est pas mariée et a toujours vécu seule aux adresses où on la trouve. En 1926, son frère cadet Pierre habite quelque temps avec elle.

École élémentaire, à Paris (XVIIIe), 18, rue Sainte-Isaure
(Source : Wikipédia)


Jean Depardieu (1896-1941), comptable

Au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il vient d'avoir dix-huit ans. Il n'est pas appelé, mais, comme la loi l'autorisait, il peut s'engager. Il habite alors avec ses parents à Toulon et le 21 août 1914, il s'engage pour la durée de la guerre, à la mairie de la ville. Il servira pendant tout le conflit, d'abord au 24e régiment d’infanterie coloniale, puis, à partir du 15 juillet 1916, au 21e régiment d’infanterie coloniale et enfin, à la toute fin de la guerre, à partir du 21 septembre 1918, au 27e bataillon sénégalais. Il est démobilisé le 12 septembre 1919. Il est blessé deux fois. Pour cela, il est évacué d'abord le 20 mai 1915, puis le 7 mai 1917. Il est cité deux fois à l'ordre de son régiment et est décoré de la Croix de guerre, puis, en 1932, il reçoit la Médaille militaire.

À la démobilisation, en 1919, il rejoint ses parents à Saint-Germain-en-Laye, même si, en 1921, il n'est pas recensé avec eux. En septembre 1924, il déclare une adresse au 3, rue Champollion, à Paris (Ve). Il y est recensé en 1926 et travaille alors dans les assurances fluviales. Le recenseur décrit le ménage avec deux personnes, lui et une « amie », Bérénice Lung La, née en Amérique en 1902. On le retrouve deux ans plus tard, toujours à Paris, au 25, rue Lalande, dans le XIVe arr. Puis, entre 1930 et 1933, il est inscrit sur les listes électorales de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, au domicile de ses parents, situé au 45, rue de la Légion d'honneur. Il est alors comptable. On le retrouve ensuite, à partir de 1935, au 12, rue Perdonnet, dans le Xe arr. où, lors du recensement de 1936, il partage de nouveau sa vie avec une « amie », Jeanne Cardon, couturière, née dans les Alpes-Maritimes en 1891. Nouveau changement de domicile en 1937, où il revient dans le centre de Paris, dans le Ve arr., au 19, rue Saint-Jacques. C'est à cette adresse qu'il habite lorsqu'il meurt à l'Hôtel-Dieu de Paris, le 25 octobre 1941, à quarante-cinq ans. Son acte de décès le déclare comptable. On retient de ces quelques informations glanées dans sa fiche matricule et dans les recensements parisiens qu'il a eu une vie instable, entre changements fréquents de domicile et liaisons visiblement éphémères qui ne se transforment pas en mariage. Il est mort célibataire.

Élisabeth Depardieu (1900-1989), pharmacienne

Des quatre enfants Depardieu, elle est probablement la plus brillante. À titre d'exemple, à la fin de l'année scolaire 1913, elle est citée au tableau d'honneur du lycée de jeunes filles d'Auxerre où elle reçoit un premier prix. Elle suit des études de pharmacie, peut-être inspirée par l'exemple de ses oncles Charles Sommelet et Gabriel Magron et de ses cousins germains Henri et Charles Sommelet. Elle a d'ailleurs probablement eu ce dernier comme professeur à la Faculté de pharmacie de Paris (vingt-trois ans séparent les deux cousins). Comme les relations dans cette famille semblent avoir été assez distendues, peut-être n'est-ce qu'une coïncidence qu'elle se soit engagée dans cette activité professionnelle déjà bien représentée dans la famille.

En 1925, lorsqu'elle est admise comme membre de la Société de Chimie biologique, devenue aujourd’hui la Société française de biochimie et de biologie moléculaire (SFBBM), elle est désormais pharmacienne et ancienne interne des Hôpitaux de Paris. Elle habite alors au 29, avenue du Bel-Air, à Bois-Colombes. En janvier 1927, elle acquiert le fonds de commerce de pharmacie de la veuve Moinet, à Cires-lès-Mello, rue de la Ville. Dans cette bourgade de l'Oise de moins de mille cinq cents habitants, elle tient cette officine au moins jusqu'en 1931, lorsqu'elle y est recensée seule. Ensuite, sans que l'on connaisse la date exacte, elle acquiert une pharmacie, à Arnouville-lès-Gonesse, au 10, avenue de Villiers-le-Bel. On l'y retrouve de 1934 jusqu'en 1948. Non seulement, cela la rapproche de Paris, mais aussi lui permet de disposer d'une plus grande zone de chalandise. Cette commune de la banlieue parisienne, aujourd'hui dans le Val-d'Oise, compte alors six mille habitants et est en pleine expansion.

Elle vient ensuite habiter à Paris, dans le XVIe arr., au 5, rue Daumier. La première mention que l'on trouve est en 1964. Elle est toujours qualifiée de pharmacienne, mais nous ne savons pas où elle travaille. Cette adresse sera la sienne jusqu'à son décès, le 12 février 1989, à  l'hôpital Ambroise-Paré, à Boulogne-Billancourt. Comme son frère aîné et sa sœur, elle est restée célibataire.

Pierre Depardieu (1906-1962)

En 1921, il est le seul enfant encore présent dans le ménage de ses parents, à Saint-Germain-en-Laye, au 7, rue de la Surintendance. Il est vrai qu'il n'a que quinze ans, mais travaille déjà comme employé de banque. Quelques années plus tard, il habite avec sa sœur aînée Anne, à Paris (XVIIIe), au 21, rue Sainte-Isaure, comme étudiant. Dix ans plus tard, on le retrouve comme chauffeur, à Paris (Xe), au 67, rue Louis-Blanc où il est voisin de son frère Jean qui habite alors rue Perdonnet, une rue perpendiculaire à la rue Louis-Blanc. Autre point commun avec son frère, il cohabite avec Aline Dupuy, couturière, née dans la Haute-Vienne en 1906, qui est qualifiée d'« amie ». Encore dix ans plus tard, il s'est déplacé dans la banlieue sud, à Clamart, dans un pavillon situé au 5, rue Parmentier. L'agent recenseur note « ingénieur », comme profession, ce qui paraît surprenant pour quelqu'un qui était chauffeur une décennie auparavant. Il est toujours en cohabitation, cette fois-ci avec Marie Morissard, avec qui il finit par se marier quelques mois plus tard, le 3 août, à la mairie de Clamart. Ce jour-là, il se qualifie aussi d'ingénieur. Quant à son épouse, elle est déclarée sans profession. Il a alors trente-neuf ans alors que son épouse en a trente cinq. Ils n'auront pas d'enfants. Il décède jeune, à l'âge de cinquante-cinq ans, dans la maison familiale de Kerpuns, sur la commune de Paimpol. En l'absence d'enfants, il fait un testament au profit de son épouse qui hérite ainsi du pavillon de Clamart, une petite maison d'un seul niveau, avec une cuisine et trois pièces, surmontées d'un grenier, sur un terrain de 200 m². Son épouse est décédée à l'hôpital de Lorient le 27 janvier 1995, à quatre-vingt-trois ans. Son acte de décès l'a dit employée de maison retraitée, à Lorient, 8, rue des Droits de l'Homme.

Pavillon de Pierre Depardieu et Marie Morissard, à Clamart, 5, rue Parmentier.
Un premier étage a été ajouté postérieurement au décès de Pierre Depardieu

En définitive, aucun des quatre enfants de Lucien Depardieu et Jeanne Magron n'a eu de descendance. Les deux filles sont restées célibataires. Les deux garçons ont cohabité avec plusieurs femmes, ce qui ne manque pas de surprendre. Seul Pierre a régularisé, peut-être tardivement, sa situation. Si, dans ces années-là, aucune famille n'échappe à certaines irrégularités dans la vie de leurs enfants, il est tout de même troublant que sur quatre enfants, aucun n'ait eu le parcours habituel des rejetons de la petite ou moyenne bourgeoisie (le métier de receveur de l'Enregistrement ressort plutôt de cette seconde catégorie), c'est-à-dire un mariage vers vingt-cinq ou trente ans, peut-être un peu plus tôt pour les femmes, et un, deux, voire trois enfants. Comme nous l'avons dit au début de ce message, l'histoire des parents a aussi commencé de façon un peu irrégulière.

Tombe de la famille Depardieu-Magron au cimetière de Prauthoy

Au cimetière de Prauthoy, à côté de la tombe de Jules Magron, se trouve une autre tombe, de facture beaucoup plus récente (années quatre-vingt ?), portant la simple mention « Famille Depardieu-Magron », sans aucune information sur les personnes qui y seraient inhumées. L'histoire de la famille Depardieu ne laisse pourtant pas imaginer un attachement particulier à Prauthoy. Certes, c'est le village natal de Jeanne Magron et le lieu où Lucien Depardieu et Jeanne Magron se sont rencontrés et mariés, ce qui peut justifier une forme d'attachement sentimental. En revanche, quand ils décèdent dans les années quarante, cela fait presque cinquante ans qu'ils n'ont plus de lien avec Prauthoy. Là aussi, cette tombe et ce qu'elle peut signifier comme retour aux sources pour les Depardieu nous interrogent sur cette famille. On aurait pu penser qu'ils chercheraient à se faire enterrer à Kérity où ils ont une maison familiale. 

Lien vers la généalogie de Jeanne Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.

mercredi 15 juillet 2026

Marie Magron (1857-1931)

La vie de Marie Magron, la troisième fille de Jules Magron et de Zélia Dargentolle, est une vie discrète, à l'ombre de son père, puis de sa sœur aînée Louise. Peut-être que si nous l'avions rencontrée, elle nous en aurait imposé par son caractère ou sa présence. En revanche, nos sources étant essentiellement les actes d'état civil et les actes notariés, il en ressort immédiatement une forme d'effacement. Les vies riches en actes et en actions de toutes sortes de ses autres frères et sœurs ne nous donnent pas le même sentiment.

Marie Thérèze Delphine Magron naît à Prauthoy le 12 octobre 1857. Comme sa sœur aînée Louise et son frère Ernest, elle voit le jour dans l'ancienne maison Magron, celle qui provient de ses grands-parents Barthélemy Magron et Marie Mathieu. Lorsque sa mère meurt le 27 septembre 1861, il ne lui manque que quelques semaines pour fêter ses quatre ans. Lorsque son père se remarie, elle a huit ans.

Jusqu'au décès de son père, en 1892, elle vit auprès de lui et de sa belle-mère Céline Prodhon. Lors de l'inventaire après décès, le notaire précise qu'elle « n’a jamais quitté la maison et a constamment travaillé au magasin de son père ». Ce métier de demoiselle de magasin n'est pas déclaré dans les différents actes où elle apparaît. Aucun recensement ne lui donne cette qualification, ni aucun acte notarié. Elle est toujours dite sans profession comme si le fait de contribuer au commerce de son père n'était pas reconnu comme une activité professionnelle. De même, comme elle ne quitte pas la maison familiale, son père ne lui propose pas de lui rendre son compte de tutelle, comme il le fait pour sa sœur aînée en 1872, lorsqu'elle se marie, ou pour son frère Ernest, en 1882. Au moment de l'inventaire des biens du père, en 1892, comme nous l'avons relaté dans l'article consacré à Ernest, elle lui emboîte le pas pour demander non seulement les intérêts sur la part due dans la succession de sa mère, mais aussi les revenus des immeubles indivis entre son père et elle. Au final, lors de la liquidation de la succession, c'est elle qui obtient la plus grande part car, à la différence de son frère, elle n'a même jamais reçu d'argent de son père. Il lui est attribué 9 234 francs. Sur cette somme, sa belle-mère lui paye comptant 2 000 francs et, comme pour son frère, le solde reste dû selon un échéancier précis, avec une affectation hypothécaire en sa faveur comme garantie et une caution solidaire de Gabriel et de Jeanne Magron.

En revanche, Marie Magron ne souhaite visiblement pas rester vivre avec sa belle-mère pour l'aider à tenir le commerce familial. Faut-il y voir le signe d'une mésentente entre les deux femmes ? Toujours est-il qu'en 1896, elle habite désormais chez sa sœur Louise et son mari Charles Sommelet, dans la maison qui abrite leur pharmacie, à Langres, au 5, place Ziegler. Au même moment, sa belle-mère est seule à Prauthoy, avec une domestique pour gérer le magasin. Que fait Marie auprès de sa sœur et de son beau-frère ? Elle est toujours dite sans profession, ce qui peut laisser penser qu'elle les aide, comme elle l'avait fait pour son père, sans que cette activité soit plus reconnue par les agents recenseurs.

Le dimanche 30 octobre 1898, après que les frères et sœurs et leur mère ou belle-mère se sont décidés à se séparer des maisons de Prauthoy, elle les représente tous lors de la vente sur adjudication qui a lieu ce jour-là, à la mairie du village. Elle se porte acquéreur de l'ancienne maison Magron, pour 3 500 francs. Ce n'est probablement pas pour l'habiter, car elle est louée depuis longtemps à des boulangers qui y tiennent leur four et ont une boutique. En 1887, elle est occupée par Villemot, boulanger à Prauthoy, pour 300 francs par an. Les héritiers Magron la louent ensuite à un autre boulanger, Henri Boisselier, par un bail du 15 juillet 1896, pour le même montant. Le four se trouve dans une des chambres du premier étage. Peut-être que Marie Magron se réserve une pièce comme pied-à-terre lorsqu'elle revient à Prauthoy ? Pourtant, depuis 1896, il n'y a plus aucun membre de la famille Magron au bourg, ni même de cousins. Autrement dit, rien ne la rattache plus à son village natal, hormis peut-être des relations amicales. En l'absence de plus d'informations, il est difficile de savoir ce qui attache Marie Magron à Prauthoy au point de racheter la maison familiale. Ce n'est pas la nostalgie de sa maison d'enfance car elle n'y a que peu vécu. Dès l'âge de trois ans, elle a habité avec sa famille dans la grande maison de Jules Magron.


Maison Barthélemy Magron, à Prauthoy,
rachetée en 1898 par Marie Magron à ses frères et sœurs et revendue en 1905

De plus, il lui incombe l'entretien de cette maison. Il est probable que c'est plus une charge pour elle qu'une source de revenus. D'ailleurs, elle est obligée d'en rabattre un peu sur le loyer qui passe à 250 francs annuels. Tout cela l'a conduite à la revendre moins de sept ans plus tard, le 11 août 1905, à Émile Gabriel, boulanger à Prauthoy, pour 3 000 francs. L’acte de vente constate qu’elle est en état de vétusté. Au moment de la revente, elle perd donc de l'argent. 

En 1906, Marie Magron est encore recensée à Langres chez sa sœur et son beau-frère. Ensuite, elle n'apparaît plus jusqu'en 1931. Le 6 mai 1920, elle est témoin au mariage de son neveu Charles Sommelet avec Lucile Chancrin, à Paris. Elle se déclare sans profession, domiciliée à l'hôpital Saint-Louis, donc à la même adresse que son neveu. Il est fort probable que Charles Sommelet, vieux célibataire lorsqu'il se marie – il a quarante-trois ans – ait eu auprès de lui depuis plusieurs années sa tante pour s'occuper de son ménage. Ce n'est qu'une supposition, mais, avec cette information, après tout ce que l'on sait déjà, il est tentant de penser que le rôle de Marie Magron est celui, choisi ou pas, d'abord d'aider son père, puis sa sœur, et maintenant son neveu. Il n'est pas rare à cette époque, dans les familles, de voir une fille se consacrer à une mission d'aide familiale, au service des autres, probablement au détriment ou au sacrifice de sa propre vie. Au moment de son décès, la table des successions de Langres note qu'elle ne possède rien. Les quelques économies qu'elle avait obtenues lors de la succession de son père ont depuis disparu. Cette place dans la famille s'accompagne aussi d'une forme de dépendance économique, d'abord vis-à-vis de son père, puis ensuite de sa sœur et son beau-frère.

Elle est de retour à Langres, chez sa sœur, avant 1931, peut-être à la suite du décès de son beau-frère Charles Sommelet en novembre 1926. Elle décède le 30 octobre 1931, à soixante-quatorze ans, dans la maison Sommelet de la place Ziegler.

Le Petit Haut-Marnais, du 1er novembre 1931

Notons que seuls sa sœur et ses enfants avisent du décès. Il n'est fait aucune mention de ses autres frères et sœur. Elle est inhumée à Prauthoy, auprès de ses parents. Elle est le seul enfant Magron à reposer à Prauthoy. 

Tombe Magron, au cimetière de Prauthoy

Plaque de la tombe Magron, au cimetière de Prauthoy

Lien vers la généalogie de Marie Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.

lundi 6 juillet 2026

Ernest Magron (1852-ap. 1922), voyageur de commerce à Reims et Mons

Auguste Ernest Lucien Magron est né le 17 novembre 1852, à Prauthoy. Habituellement appelé Ernest, il est le fils aîné de Jules Magron (1818-1892) [24] et de Zélia Dargentolle (1820-1861). Lors de sa naissance, ses parents habitent encore l’ancienne maison Magron, qui avait été achetée en 1812 par ses grands-parents Barthélemy Magron et Marie Mathieu puis vendue à ses parents en 1846. Sa mère décède alors qu’il n’a que huit ans, si bien qu’il est ensuite élevé par sa grand-mère, Marie Joblot, veuve Dargentolle, qui habite alors à Prauthoy. Il a treize ans lorsque son père se remarie avec Céline Prodhon.

Il est recensé jusqu'en 1861 dans le ménage de ses parents, à Prauthoy. Ensuite, il n'apparaît plus. On le retrouve lors du recensement militaire des jeunes gens de la classe 1872 comme employé de commerce, à Reims. Il est fort probable qu'il ait rejoint un frère de sa belle-mère, Gabriel Prodhon, qui est alors négociant en tissus à Reims. À l'issue du conseil de révision, il est ajourné pour une année à cause de sa « faiblesse de constitution », puis il est finalement appelé au service le 5 novembre 1874, au 114e régiment d'infanterie. Il est libéré le 5 novembre 1875, après avoir obtenu le grade de caporal. Il retourne alors vivre à Reims, où il habite au n° 12, rue des Telliers, en 1876. Il est alors voyageur de commerce, ce qui sera sa profession durant toute sa vie jusqu'à la dernière mention connue en 1922.

Jusqu'en 1892, il est régulièrement domicilié à Reims, comme, par exemple, le 17 mai 1892 lorsqu'il vient jusqu'à Prauthoy pour l'inventaire des biens de son père, décédé quelques semaines plus tôt. Dès les actes suivants, en particulier lors de la liquidation de la succession de son père, le 26 janvier 1893, il donne procuration et n'apparaît plus à Prauthoy. Il est vrai qu'il habite désormais à Mons, en Belgique.

Le 30 janvier 1882, Jules Magron présente un compte de tutelle à son fils Ernest, comme il l'avait fait dix ans plus tôt pour sa fille Marie. En revanche, à la différence de cette dernière, Ernest Magron ne valide jamais ce compte, empêchant de ce fait le règlement de la succession de sa mère. Négligence du fils ? Mauvaise entente entre le père et le fils ? On ne le sait pas. Dix ans plus tard, après le décès du père, lors de l'inventaire, Ernest réclame les 3 312 francs évalués dans le compte de tutelle augmentés de dix ans d'intérêts, soit 1 656 francs, auxquels il ajoute également une somme de 1 663 francs représentant l'estimation des revenus de sa part des immeubles indivis entre son père et lui après le décès de sa mère. Sa sœur Marie lui emboîte le pas. En définitive, lors de l'inventaire, le montant total des sommes dues à Ernest s'élève à 6 630 francs, sur lequel il a reçu 1 000 francs de son père. Comme nous l'avons expliqué dans la notice consacrée à Jules Magron, lors de la liquidation de sa succession, les héritiers acceptent les réclamations d'Ernest et de Marie Magron. Le montant total attribué à Ernest est alors de 7 445 francs, dont 4 000 francs lui sont payés immédiatement par sa belle-mère Céline Prodhon et, pour le reste, celle-ci s'engage vis-à-vis de son beau-fils Ernest et de sa belle-fille Marie sur un échéancier et, comme garantie, elle hypothèque les biens qu'elle possède à leur profit. Et, pour renforcer le tout, Gabriel Magron et Jeanne Magron, le demi-frère et la demi-sœur d'Ernest se portent cautions solidaires de leur mère. Pour prendre la mesure des écarts d'attribution, il suffit de rappeler que Gabriel, comme Jeanne et Camille, n'obtient que 1 814 francs. On imagine bien que tous ces paiements et ces garanties prises au profit des enfants du premier lit ont dû laisser des traces dans les relations entre les frères et sœurs des deux mariages. Lorsque les immeubles de Prauthoy sont vendus en 1898, Ernest, comme sa sœur Marie, touche 10/36e (28 %) du prix de vente tandis que les enfants du second lit ne récupèrent que 4/36e (11 %) chacun.

Mons, rue de la Chaussée

Comme nous le disions, à partir de 1892, Ernest Magron habite à Mons. Sa présence y est pourtant plus ancienne. Le 29 septembre 1886, naît dans cette ville Marthe Zélia Amélie Magron, fille d'Ernest Magron, marchand, « de résidence en cette ville », rue de la Biche et domicilié à Reims qui se reconnaît être le père, et d'Amélie Plon, tailleuse. Deux ans plus tard, quasiment jour pour jour, le 22 septembre 1888, le couple, toujours non marié, donne naissance à une autre fille, Denise Marie Lucienne Magron. Comme pour la première, l'acte de naissance précise qu'Ernest Magron est marchand, domicilié à Reims et « de résidence en cette ville », rue de la Chaussée et qu'il se reconnaît être le père de l'enfant. On comprend que depuis le milieu des années 1880, Ernest Magron se partage entre son domicile légal de Reims et son domicile de fait à Mons, auprès de sa « femme » et de ses filles. Il est vrai que son métier de voyageur de commerce lui permet d'entretenir l'illusion auprès de sa famille, ou tout du moins de son père, qu'il vit toujours à Reims. Ce n'est probablement pas un hasard si, quelques mois après le décès de son père, en avril 1892, il régularise la situation en se mariant le 28 décembre 1892 avec Amélie Plon, à Mons. Son père étant décédé, il n'a plus à obtenir son autorisation pour se marier. Ne voulait-il pas l'affronter en lui dévoilant sa liaison avec une jeune fille belge ? Si, au contraire, il l'a fait, s'est-il vu opposer une fin de non-recevoir ? On ne le saura sans doute jamais. Ce qui est sûr est qu'à partir de cette date, la vie d'Ernest Magron se déroule à Mons auprès de sa belle-famille. D'ailleurs, le jour de son mariage, les quatre témoins sont tous des parents de sa femme. Ce même jour, Ernest Magron et Amélie Plon légitiment un autre enfant, Lucien Alfred Plon, né à Bruxelles le 18 octobre 1880. Est-ce un fils d'Ernest qui ne l'a pas reconnu au moment de sa naissance ? Est-ce un enfant qu'il a accepté de reconnaître tout en sachant qu'il n'était pas de lui ? Notons au passage qu'Amélie Plon a eu un autre fils illégitime, Alfred Lucien Plon, né le 15 octobre 1881 et décédé le 14 janvier 1882 à Ghlin, aujourd'hui une section de la ville de Mons. On ne sait évidemment pas s'il s'agit d'un enfant d'Ernest Magron.

Signatures au bas de l'acte de mariage d'Amélie Plon et Ernest Magron, à Mons, le 28 décembre 1892

Les sources généalogiques belges sont moins riches qu'en France, en particulier à cause du manque de recensements qui permettent souvent de suivre finement les domiciles et les activités des familles et surtout de s'assurer de leur composition. De ce fait, si nous avons identifié trois enfants de ce couple, rien ne nous assure qu'ils n'ont pas eu d'autres enfants après leur mariage. Nous avons seulement trouvé quelques actes qui permettent de tracer à gros traits la vie d'Ernest Magron et de sa femme entre 1892 et 1922, date à laquelle on perd sa trace.

De façon un peu surprenante, le 18 juillet 1909, Ernest Magron est à Pont-l'Évêque, dans le Calvados pour le décès de sa belle-mère Céline Prodhon. Il accompagne son beau-frère Lucien Depardieu pour déclarer le décès à la mairie. À la suite du règlement de la succession de Jules Magron et des difficultés apparues entre les enfants du premier lit et ceux du second, on aurait pu penser que les relations s'étaient distendues, d'autant plus que la distance géographique entre Ernest, à Mons, et le reste de la famille, n'aidait pas à une plus grande proximité. Visiblement, il n'en est rien en 1909 car il n'hésite pas à parcourir les plus de quatre cents kilomètres entre les deux villes, en passant par Paris, pour aller au chevet de sa belle-mère. Devant l'officier d'état civil de Pont-l'Évêque, il se déclare représentant de commerce, à Mons.

Lors du mariage de leur fille aînée, Marthe, à Liège, le 10 juillet 1915, avec Camille Long Pretz, comptable à Liège, Ernest Magron et son épouse Amélie Plon habitent toujours à Mons où il exerce encore le métier de représentant de commerce.

En revanche, lorsque leur fils Lucien Magron se remarie à Liège le 6 janvier 1923, Amélie Plon est désormais décédée et Ernest Magron est revenu vivre en France. L'acte de publication de mariage de son fils en 1922 le qualifie de voyageur de commerce, domicilié à Paris (Xe arr.), au 45, rue de l’Échiquier. C'est la dernière trace que l'on ait de lui. Pour le moment, les recherches pour trouver son acte de décès sont restées infructueuses.

La connaissance de la vie et de la descendance de leurs trois enfants connus reste là aussi lacunaire.

Le fils aîné, Lucien Magron, se marie une première fois à Mons le 12 août 1911 avec Julia Joséphine Petit, puis, après avoir divorcé, une seconde fois à Liège le 6 janvier 1923, avec Guillelmine Netta Bourseaux. À cette date, il est qualifié de sculpteur, à Esneux, étant précisé qu'auparavant, il habitait à Liège. On n'en sait pas plus, ni même s'il a eu une descendance.

La fille aînée, Marthe Magron, épouse à Liège le 10 juillet 1915, Camille Long Pretz, comptable à Liège. On leur connaît deux enfants :

  • Camille, né à Liège le 10 mars 1916.
  • Christiane, née à Liège le 6 mai 1920.

Le père est décédé à Liège le 21 décembre 1927. Il est toujours comptable, au 9, rue de la Légia.

Nous avons réussi à glaner quelques informations sur Camille Long Pretz, le fils aîné de Camille Long Pretz et Marthe Magron :

  • Licencié en 1940 de l'Université de Liège, avec une thèse sur : Les prêtres et les devins chez Eschyle et Sophocle.
  • Professeur de langues anciennes, à Bruxelles, en 1958.
  • Préfet à l'Athénée royal de Chimay, avec prise de rang le 15 novembre 1967.
  • Décès de son épouse dans l'état civil de Tournai du 6 au 20 septembre 2012 : Madeleine Dupéroux, 77 ans, Fleurus, veuve de Camille Long Pretz.
  • Auteur probable d'une dictée à difficultés pour un concours d'orthographe : Kaléidoscope (Caléidoscope).

Quant à la fille Christiane, nous avons la chance d'avoir trouvé son avis de décès :


Cet avis nous donne les principales informations que l'on possède sur elle : licenciée en sciences politiques et sociales de l'Université de Liège, directrice honoraire de l'Institut national d'assurance maladie-invalidité, au moment de son décès (2014) et officier de l'Ordre de Léopold. On apprend aussi qu'une petite Clémentine représente la descendance à la sixième génération d'Ernest Magron et Amélie Plon. Au moment de son mariage, en 1947, Christiane Long Pretz vit avec sa mère à Liège, au 9, rue de la Légia. Son mari, Alfred Roland, est alors docteur en droit et vit non loin de sa fiancée, à Liège, au 44, rue de la Légia.

La fille d'Alfred Roland et de Christiane Long Pretz vient de décéder en février de cette année, ce qui permet de compléter l'ébauche d'arbre généalogique.


La fille cadette d'Ernest Magron et Amélie Plon, Denise Magron, ne semble pas s'être mariée. Grâce à un contentieux porté devant la commission de recours en matière d'assurance maladie-invalidité, on sait qu'elle est employée au service du Fonds national d'assurance maladie-invalidité de la province de Liège jusqu'au 27 septembre 1948, date à laquelle elle doit cesser son activité pour raison de santé et qu'elle est congédiée avec un préavis de six mois le 24 novembre 1948. Comme son recours est déposé en janvier 1951, elle est encore vivante à cette date. On perd ensuite sa trace.

Parmi les frères et sœurs de nos huit arrière-grands-parents, Ernest Magron est celui dont la vie est la plus mal connue et surtout dont la descendance est la moins assurée. Il partage avec Louis Donnet, le fait d'être l'un des deux seuls dont la date de décès n'est pas connue. En revanche, il est le seul des arrière-grands-oncles ou grands-tantes pour lesquels il reste une incertitude sur le nombre d'enfants et des zones d'ombre sur les petits-enfants. Cela s'explique bien sûr par les sources généalogiques disponibles en Belgique. Une autre raison est surtout que la mémoire familiale ne permet pas de combler les manques ou de répondre aux questions que pose sa biographie « à trous ».

Lien vers la généalogie d'Ernest Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.

vendredi 3 juillet 2026

Louise Magron (1851-1942), ép. Charles Sommelet (1843-1926), pharmacien à Langres, et sa famille

Louise Magron (1851-1942) et Charles Sommelet (1843-1926)

Marie Louise Augustine Magron est née le 9 juin 1851, à Prauthoy. Habituellement appelée Louise, elle est la fille aînée de Jules Magron (1818-1892) [24] et de Zélia Dargentolle (1820-1861). Lors de sa naissance, ses parents habitent encore l’ancienne maison Magron, qui avait été achetée en 1812 par ses grands-parents Barthélemy Magron et Marie Mathieu puis vendue à ses parents en 1846. Sa mère décède alors qu’elle n’a que dix ans, si bien qu’elle est ensuite élevée par sa grand-mère, Marie Joblot, veuve Dargentolle, qui habite alors à Prauthoy. Elle a quatorze ans lorsque son père se remarie avec Céline Prodhon.

Jusqu’à son mariage en 1872, elle aide au magasin de son père, ce qui lui est compté lors du règlement de sa tutelle. Elle se marie en effet le 10 juin 1872 avec Charles Sommelet, un pharmacien de Langres. Elle vient d’avoir vingt et un ans. Son mari est né le 14 novembre 1843 à Serqueux, une commune de la Haute-Marne située à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Langres. Il est le fils naturel de Marie Anne Sommelet, âgée de quarante-deux ans lors de sa naissance et veuve depuis quatre ans de Jean Tripotin, huissier à Serqueux. À son décès, son mari lui a laissé suffisamment de biens pour qu’elle soit qualifiée de propriétaire et rentière dans les recensements de Serqueux. Ainsi, malgré son statut d’enfant naturel, Charles Sommelet bénéficie d’une situation sociale qui lui permet d’envisager le métier de pharmacien. Jusqu’en 1856, il est recensé avec sa mère et son demi-frère à Serqueux.

Comme on l’a vu dans l’article consacré à son beau-frère Gabriel Magron, le cursus de formation pour être pharmacien se décomposait en trois ans de stage dans une officine, puis trois ans d'école. Pour s'engager dans ces études, il fallait avoir plus de seize ans et justifier soit du baccalauréat, soit d'un certificat d'études de l'enseignement secondaire spécial. C’est ainsi qu’on retrouve Charles Sommelet en 1861, alors âgé de dix-sept ans, comme élève pharmacien chez François Jacquelin, pharmacien à Wassy, une autre commune de la Haute-Marne, à une petite centaine de kilomètres au nord de Langres. Il y est toujours en 1866, mais il est désormais employé chez le même pharmacien. Entre-temps, il a obtenu son diplôme. En juin 1872, au moment de son mariage, dans son contrat devant Me Desvigne, il est précisé qu'il est pourvu de son diplôme, mais non encore en exercice. Son apport est modeste, car il n'est constitué que de son trousseau, de meubles évalués 200 francs et d'une somme de 600 francs en espèces. L'épouse apporte en mariage son trousseau, des meubles que lui donnent son père évalués à 600 francs et les droits dans la succession de sa mère, dont nous parlerons plus bas. Il est fort probable que l'apport de Louise Magron lors de son mariage permet à Charles Sommelet d'acquérir une officine à Langres, place de la Loge [aujourd’hui, place Ziegler].

Place Ziegler, à Langres.
La pharmacie Sommelet se trouve au centre de l'image, à l'angle de la rue Jean Roussat.
 Elle jouxte, à gauche, la librairie Sommier, tenue de 1853 à 1919, par Édouard Sommier,
puis par sa fille Isabelle, des cousins de Céline Prodhon et de ses enfants.

Quelques semaines après le mariage, le 3 août 1872, Jules Magron présente un projet de compte de tutelle à sa fille Louise dans lequel il apparaît qu’il lui doit 3 274 francs dans la succession de sa mère. C’est dans ce document qu’il est rappelé que « Mlle Magron a rendu dans le magasin exploité par son père des services dont celui-ci entend lui tenir compte. » Elle approuve ce projet le 15 août et, le même jour, elle vend à son père sa part dans les immeubles indivis entre lui et ses enfants pour un montant de 3 325 francs. En définitive, Louise Magron reçoit un peu moins de 6 600 francs, ce qui forme son apport lors de son mariage.

Charles Sommelet et Louise Magron ont quatre enfants, tous nés à Langres :

  • Marie Charles Jules, né le 27 juillet 1873.
  • Louise Marie Amélie, née le 24 mai 1875.
  • Marcel Marie Gabriel, né le 16 janvier 1877.
  • Henry Louis René, né le 15 juillet 1883 (le prénom est orthographié Henry dans son acte de naissance, mais l'usage sera d'utiliser Henri).

Charles Sommelet est continûment pharmacien, à Langres, au 5, place Ziegler au moins depuis 1872 jusque vers 1920, date à laquelle il passe la main à son fils cadet Henri Sommelet. En effet, les trois garçons du couple suivent la voie de leur père. L’aîné, Jules, après avoir effectué sa scolarité au lycée de Langres, est élève en pharmacie lorsqu’il décède chez ses parents le 22 août 1893, à l’âge de vingt ans. Le deuxième fils, dont nous parlerons plus longuement, est pharmacien hospitalier. Enfin, le cadet, Henri, succède à son père. Lors du recrutement militaire de la classe 1903, il est étudiant à l'École supérieure de Pharmacie de Paris. Il habite alors à Paris, 6, rue des Ursulines. Il est exempté en raison d’une blessure à la main gauche, à laquelle il manque quatre phalangettes. Diplômé en 1908, il revient vivre auprès de ses parents, où il seconde son père, puis prend sa succession vers 1920. En revanche, nous ne savons pas quelle influence Charles Sommelet aurait pu avoir sur le choix de son beau-frère, Gabriel Magron, de s'orienter aussi vers la pharmacie. Celui-ci aurait-il fait son stage de pharmacie dans les années 1885-1890 chez son beau-frère, dans son officine de la place Ziegler ?

Charles Sommelet et Louise Magron habitent au-dessus de la pharmacie de la place Ziegler. C’est dans cette maison qu’ils sont recensés avec leurs enfants. Charles Sommelet y décède le 13 novembre 1926, à l’âge de quatre-vingt-deux ans. Louise Magron reste veuve avec ses deux enfants : sa fille unique Amélie qui ne s’est jamais mariée et son fils Henri, pharmacien, lui aussi célibataire.

Après le décès de leur père, Jules Magron, en 1892, la sœur de Louise, Marie Magron, vient habiter chez eux, à Langres. Elle y est recensée jusqu’en 1906. Puis, après une absence de quelques années, elle revient vivre chez sa sœur où elle décède le 30 octobre 1931. 

Ensuite, c’est la fille unique, Amélie, qui meurt le 31 mars 1941, à soixante-cinq ans. Elle a toujours été dite sans profession. Sa mère, qui lui survit, décède le 21 août 1942, à quatre-vingt-onze ans.

Avis de décès de Louise Magron, Vve Sommelet
dans Le Petit Haut-Marnais, du 24 août 1942

Henri Sommelet reste seul dans la maison de la place Ziegler, jusqu’à son décès, le 26 août 1956, à soixante-treize ans. Avec sa disparition, se clôt une période de plus de quatre-vingts ans qui a vu la famille Sommelet tenir la même pharmacie à Langres.

Marcel Sommelet (1877-1952)

Marcel Sommelet (1877-1952)

Marcel Sommelet effectue une brillante carrière de pharmacien. Il abandonne l'officine pour mener en parallèle une carrière de pharmacien des hôpitaux de Paris et de professeur agrégé à la Faculté de pharmacie de Paris. Il est encore connu comme un spécialiste de la chimie organique et a laissé son nom à une réaction chimique, découverte en 1913 : 

Sommelet reaction (voir notice Wikipédia)

On a aussi donné son nom à un réarrangement, conjointement avec Charles R. Hauser : Sommelet–Hauser rearrangement, à la suite d'un article publié en 1937.

Après un cursus scolaire au collège de Langres, il est reçu à Dijon, à la première partie du baccalauréat classique, avec la mention bien, en novembre 1893. Il devient ensuite étudiant en pharmacie à l'École supérieure de Pharmacie de Paris. Après son internat en pharmacie aux hôpitaux de Paris (1898-1902), il devient pharmacien en 1902. En parallèle, en 1901, il est licencié ès-sciences physiques, puis, en 1906, il devient docteur ès-sciences, avec une thèse sur les Recherches sur les éthers-oxydes à fonction complexe. En 1907, il est préparateur de la chaire de toxicologie à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Cette même année, il devient pharmacien des hôpitaux de Paris d'abord dans une maison municipale de santé, à l'hôpital Bretonneau (1907-1911), puis à l'hôpital Bichat, en 1911.

À cause de sa myopie, il n'a pas fait de service militaire et est versé dans les services auxiliaires. Lors de la Première Guerre mondiale, il est appelé à rejoindre un corps d'infirmiers. Très vite, il en est retiré et sert pendant toute la durée de la guerre dans le service de santé du Gouvernement militaire de Paris comme pharmacien. Il est nommé pharmacien aide major de 2e classe en 1916. Le 25 août 1918, il est cité à l'ordre du service de santé de la 6e armée, en particulier pour « les enquêtes et les expériences qu’il a faites de février à mars 1918 sur les effets des gaz, sans souci du danger et des accidents auxquels il pouvait s’exposer. » et pour sa « belle attitude pendant les bombardements de Soissons les 21 et 22 mars 1918. » Cela lui vaut aussi la Croix de guerre. C'est aussi à titre militaire qu'il est promu chevalier de la Légion d'honneur le 3 janvier 1925, pour ses services comme pharmacien-major de 1ère classe au Gouvernement militaire de Paris.

Il est démobilisé le 23 février 1919 et il  devient pharmacien-chef à l'hôpital Saint-Louis, du 1er août 1919 jusqu'au 30 juin 1928, puis il occupe le même poste à l'hôpital Cochin, jusqu'à sa retraite en 1942.

En parallèle de cette carrière de pharmacien hospitalier, il obtient l'agrégation de pharmacie en 1914. Il est chargé d'enseignement de sa spécialité, la chimie organique, à la Faculté de Pharmacie de Paris. Il assure ensuite le cours de minéralogie de cette Faculté, puis en 1930, il occupe la chaire d'hydrologie. Lors de son cours inaugural, le 9 mars 1930, « dans une leçon d'une haute tenue, il a tracé un beau portrait de son maître, M. le Professeur Béhal auprès duquel il a travaillé pendant plus de 30 ans. » Le professeur Auguste Béhal (1859-1941) est un des pères de la chimie organique en France (voir la notice Wikipédia).  Marcel Sommelet est un de ses élèves à partir de son internat, vers 1899-1900. Lorsqu'Auguste Béhal devient titulaire de la chaire de chimie organique e la Faculté de pharmacie de Paris, en 1907, il appelle Marcel Sommelet auprès de lui pour diriger le laboratoire de chimie organique. Lorsqu'Auguste Béhal fait valoir ses droits à la retraite en 1934, Marcel Sommelet lui succède à la chaire de chimie organique.

Il se marie le 6 mai 1920 avec Lucile Chancrin, fille d'un inspecteur général de l'agriculture, née à La Grand-Combe (Gard) le 6 octobre 1891. Au moment de son mariage, il est logé au sein de l'hôpital Saint-Louis, à Paris (Xe arr.), au 40, rue Bichat. Il y habite avec sa famille jusqu'à sa nomination à l'hôpital Cochin où toute la famille vit au 27, rue du Faubourg Saint-Jacques. Après la guerre, Marcel Sommelet, sa femme et sa fille vivent désormais dans le XVe arr., au 84, boulevard Garibaldi. C'est son domicile au moment de son décès. Cependant, il décède le 17 octobre 1952, à l'âge de soixante-quinze ans, dans la maison familiale de la place Ziegler, à Langres. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de sa ville natale. Son avis de décès le qualifie de professeur honoraire à la Faculté de pharmacie et pharmacien honoraire des hôpitaux de Paris.

Avis de décès de Marcel Sommelet
dans Le Figaro, du 28 octobre 1952

Au cours de sa longue carrière, il obtient de nombreux prix, récompenses et décorations. Il est plusieurs fois lauréat du prix Jecker, décerné par l'Académie des sciences, un des prix les plus importants récompensant les chimistes en France. En 1952, il obtient le prix Émile Jungfleisch, décerné par l'Académie des sciences, pour l’ensemble de ses travaux de chimie organique.

Déjà chevalier de la Légion d'honneur depuis 1925, il est promu officier le 29 décembre 1948, comme professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris. Il est membre de l'Académie nationale de pharmacie depuis 1908. Il est aussi admis en 1929 à la Société historique et archéologique de Langres, montrant ainsi son attachement à sa ville natale.

Une notice lui a été consacrée par un de ses élèves, Jean Albert Gautier, professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris, dans le Bulletin de la Société chimique de France : « Notice  sur  la   vie  et   les travaux de Marcel  Sommelet (1877-1952). »

Les différentes notices qui lui sont consacrées permettent de tracer le portrait de l'homme et du savant.

Sommelet avait conservé un caractère de parfaite honnêteté mais un peu solitaire. […] Ce fut, je le pense, l'un des derniers représentants du type de pharmacien des hôpitaux du siècle dernier. Doté d'un laboratoire assez exigu, il y travaillait seul et la chimie organique fut sa passion dominante. Il ressentait une grande joie en obtenant des corps nouveaux confirmant son hypothèse d'un mécanisme réactionnel ; il limitait là sa satisfaction et était très hésitant pour rédiger ses découvertes. (« Éloge de Jean-Albert Gautier (1903-1987) », par Jean-Émile Courtois, Bulletin de l'Académie nationale de Médecine, 1988.)

Plusieurs notices relèvent sa faible production d'articles, une quarantaine en tout, ce qui est considéré comme modeste. Cela semble expliquer pour certains le relatif oubli dans lequel il est tombé. Cet autre portrait nous montre un homme profondément attaché à la pharmacie « à l'ancienne » telle qu'elle se pratiquait alors dans les officines.

Sommelet, cet homme discret, effacé, un peu bourru, qui a découvert, on semble l'oublier chez nous, des réactions qui sont désignées dans les manuels étrangers sous son propre nom et qui ont donné naissance à des travaux effectués dans le monde entier. Ce savant avait gardé un profond attachement à la pharmacie d'officine. Il aimait y revenir périodiquement pendant ses grandes vacances pour y exercer notre profession dans la pharmacie de son frère, alors que celui- ci l'abandonnait pour prendre quelques semaines de repos à la campagne. Sommelet était bien un pharmacien à part entière ! (« Une visite à la Faculté de Pharmacie de Paris : souvenirs de quelques-uns de ses maîtres », par Marcel Chaigneau, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1985.)

On imagine cet homme, reconnu et honoré à Paris, trouver du plaisir à préparer une composition pharmaceutique, comme on le faisait alors dans les officines, dans la modeste pharmacie de son frère de la place Ziegler, à Langres, où avait auparavant officié son père.

Descendance de Marcel Sommelet

Marcel Sommelet et Lucile Chancrin n'ont qu'une seule fille, Françoise Sommelet, née le 21 avril 1929, à Neuilly-sur-Seine. Elle se marie à Paris (XVe arr.), le 10 juillet 1954, avec André Guioth, fils d'un pharmacien de Langres, où il est né le 9 décembre 1930. C'est donc un mariage entre enfants de pharmaciens. André Guioth n'a pas suivi la voie paternelle. Il obtient un diplôme d'enseignement commercial supérieur, en juin 1954, après trois ans de scolarité à l'Institut d'enseignement commercial supérieur de Strasbourg. Il fait toute sa carrière à EDF, où il est ingénieur du service commercial, en 1967.

André Guioth et Françoise Sommelet ont quatre enfants et sept petits-enfants. Une de leurs deux filles est pédicure-podologue, un de leurs deux fils est docteur en médecine et l'autre docteur en pharmacie, renouant avec la tradition familiale.

Lien vers la généalogie de Louise Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.

Notice sur Marcel Sommelet, sur le site de la Société d’Histoire de la Pharmacie : cliquez ici.