Louise Magron (1851-1942) et Charles Sommelet (1843-1926)
Marie Louise Augustine Magron est née le 9 juin 1851, à Prauthoy. Habituellement appelée Louise, elle est la fille aînée de Jules Magron (1818-1892) [24] et de Zélia Dargentolle (1820-1861). Lors de sa naissance, ses parents habitent encore l’ancienne maison Magron, qui avait été achetée en 1812 par ses grands-parents Barthélemy Magron et Marie Mathieu puis vendue à ses parents en 1846. Sa mère décède alors qu’elle n’a que dix ans, si bien qu’elle est ensuite élevée par sa grand-mère, Marie Joblot, veuve Dargentolle, qui habite alors à Prauthoy. Elle a quatorze ans lorsque son père se remarie avec Céline Prodhon.
Jusqu’à son mariage en 1872, elle aide au magasin de son père, ce qui lui est compté lors du règlement de sa tutelle. Elle se marie en effet le 10 juin 1872 avec Charles Sommelet, un pharmacien de Langres. Elle vient d’avoir vingt et un ans. Son mari est né le 14 novembre 1843 à Serqueux, une commune de la Haute-Marne située à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Langres. Il est le fils naturel de Marie Anne Sommelet, âgée de quarante-deux ans lors de sa naissance et veuve depuis quatre ans de Jean Tripotin, huissier à Serqueux. À son décès, son mari lui a laissé suffisamment de biens pour qu’elle soit qualifiée de propriétaire et rentière dans les recensements de Serqueux. Ainsi, malgré son statut d’enfant naturel, Charles Sommelet bénéficie d’une situation sociale qui lui permet d’envisager le métier de pharmacien. Jusqu’en 1856, il est recensé avec sa mère et son demi-frère à Serqueux.
Comme on l’a vu dans l’article consacré à son beau-frère Gabriel Magron, le cursus de formation pour être pharmacien se décomposait en trois ans de stage dans une officine, puis trois ans d'école. Pour s'engager dans ces études, il fallait avoir plus de seize ans et justifier soit du baccalauréat, soit d'un certificat d'études de l'enseignement secondaire spécial. C’est ainsi qu’on retrouve Charles Sommelet en 1861, alors âgé de dix-sept ans, comme élève pharmacien chez François Jacquelin, pharmacien à Wassy, une autre commune de la Haute-Marne, à une petite centaine de kilomètres au nord de Langres. Il y est toujours en 1866, mais il est désormais employé chez le même pharmacien. Entre-temps, il a obtenu son diplôme. En 1872, il acquiert une officine à Langres, place de la Loge [aujourd’hui, place Ziegler]. Il peut alors songer à se marier.
Quelques semaines après le mariage, le 3 août 1872, Jules Magron présente un projet de compte de tutelle à sa fille Louise dans lequel il apparaît qu’il lui doit 3 274 francs dans la succession de sa mère. C’est dans ce document qu’il est rappelé que « Mlle Magron a rendu dans le magasin exploité par son père des services dont celui-ci entend lui tenir compte. » Elle approuve ce projet le 15 août et, le même jour, elle vend à son père sa part dans les immeubles indivis entre lui et ses enfants pour un montant de 3 325 francs. En définitive, Louise Magron reçoit un peu moins de 6 600 francs, ce qui forme son apport lors de son mariage.
Charles Sommelet et Louise Magron ont quatre enfants, tous nés à Langres :
- Marie Charles Jules, né le 27 juillet 1873.
- Louise Marie Amélie, née le 24 mai 1875.
- Marcel Marie Gabriel, né le 16 janvier 1877.
- Henry Louis René, né le 15 juillet 1883 (le prénom est orthographié Henry dans son acte de naissance, mais l'usage sera d'utiliser Henri).
Charles Sommelet est continûment pharmacien, à Langres, au 5, place Ziegler au moins depuis 1872 jusque vers 1920, date à laquelle il passe la main à son fils cadet Henri Sommelet. En effet, les trois garçons du couple suivent la voie de leur père. L’aîné, Jules, après avoir effectué sa scolarité au lycée de Langres, est élève en pharmacie lorsqu’il décède chez ses parents le 22 août 1893, à l’âge de vingt ans. Le deuxième fils, dont nous parlerons plus longuement, est pharmacien hospitalier. Enfin, le cadet, Henri, succède à son père. Lors du recrutement militaire de la classe 1903, il est étudiant à l'École supérieure de Pharmacie de Paris. Il habite alors à Paris, 6, rue des Ursulines. Il est exempté en raison d’une blessure à la main gauche, à laquelle il manque quatre phalangettes. Diplômé en 1908, il revient vivre auprès de ses parents, où il seconde son père, puis prend sa succession vers 1920. En revanche, nous ne savons pas quelle influence Charles Sommelet aurait pu avoir sur le choix de son beau-frère, Gabriel Magron, de s'orienter aussi vers la pharmacie. Celui-ci aurait-il fait son stage de pharmacie dans les années 1885-1890 chez son beau-frère, dans son officine de la place Ziegler ?
Charles Sommelet et Louise Magron habitent au-dessus de la pharmacie de la place Ziegler. C’est dans cette maison qu’ils sont recensés avec leurs enfants. Charles Sommelet y décède le 13 novembre 1926, à l’âge de quatre-vingt-deux ans. Louise Magron reste veuve avec ses deux enfants : sa fille unique Amélie qui ne s’est jamais mariée et son fils Henri, pharmacien, lui aussi célibataire.
Après le décès de leur père, Jules Magron, en 1892, la sœur de Louise, Marie Magron, vient habiter chez eux, à Langres. Elle y est recensée jusqu’en 1906. Puis, après une absence de quelques années, elle revient vivre chez sa sœur où elle décède le 30 octobre 1931.
Ensuite, c’est la fille unique, Amélie, qui meurt le 31 mars 1941, à soixante-cinq ans. Elle a toujours été dite sans profession. Sa mère, qui lui survit, décède le 21 août 1942, à quatre-vingt-onze ans.
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| Avis de décès de Louise Magron, Vve Sommelet dans Le Petit Haut-Marnais, du 24 août 1942 |
Henri Sommelet reste seul dans la maison de la place Ziegler, jusqu’à son décès, le 26 août 1956, à soixante-treize ans. Avec sa disparition, se clôt une période de plus de quatre-vingts ans qui a vu la famille Sommelet tenir la même pharmacie à Langres.
Marcel Sommelet (1877-1952)
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| Marcel Sommelet (1877-1952) |
On a aussi donné son nom à un réarrangement, conjointement avec Charles R. Hauser : Sommelet–Hauser rearrangement, à la suite d'un article publié en 1937.
Après un cursus scolaire au collège de Langres, il est reçu à Dijon, à la première partie du baccalauréat classique, avec la mention bien, en novembre 1893. Il devient ensuite étudiant en pharmacie à l'École supérieure de Pharmacie de Paris. Après son internat en pharmacie aux hôpitaux de Paris (1898-1902), il devient pharmacien en 1902. En parallèle, en 1901, il est licencié ès-sciences physiques, puis, en 1906, il devient docteur ès-sciences, avec une thèse sur les Recherches sur les éthers-oxydes à fonction complexe. En 1907, il est préparateur de la chaire de toxicologie à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Cette même année, il devient pharmacien des hôpitaux de Paris d'abord dans une maison municipale de santé, à l'hôpital Bretonneau (1907-1911), puis à l'hôpital Bichat, en 1911.
À cause de sa myopie, il n'a pas fait de service militaire et est versé dans les services auxiliaires. Lors de la Première Guerre mondiale, il est appelé à rejoindre un corps d'infirmiers. Très vite, il en est retiré et sert pendant toute la durée de la guerre dans le service de santé du Gouvernement militaire de Paris comme pharmacien. Il est nommé pharmacien aide major de 2e classe en 1916. Le 25 août 1918, il est cité à l'ordre du service de santé de la 6e armée, en particulier pour « les enquêtes et les expériences qu’il a faites de février à mars 1918 sur les effets des gaz, sans souci du danger et des accidents auxquels il pouvait s’exposer. » et pour sa « belle attitude pendant les bombardements de Soissons les 21 et 22 mars 1918. » Cela lui vaut aussi la Croix de guerre. C'est aussi à titre militaire qu'il est promu chevalier de la Légion d'honneur le 3 janvier 1925, pour ses services comme pharmacien-major de 1ère classe au Gouvernement militaire de Paris.
Il est démobilisé le 23 février 1919 et il devient pharmacien-chef à l'hôpital Saint-Louis, du 1er août 1919 jusqu'au 30 juin 1928, puis il occupe le même poste à l'hôpital Cochin, jusqu'à sa retraite en 1942.
En parallèle de cette carrière de pharmacien hospitalier, il obtient l'agrégation de pharmacie en 1914. Il est chargé d'enseignement de sa spécialité, la chimie organique, à la Faculté de Pharmacie de Paris. Il assure ensuite le cours de minéralogie de cette Faculté, puis en 1930, il occupe la chaire d'hydrologie. Lors de son cours inaugural, le 9 mars 1930, « dans une leçon d'une haute tenue, il a tracé un beau portrait de son maître, M. le Professeur Béhal auprès duquel il a travaillé pendant plus de 30 ans. » Le professeur Auguste Béhal (1859-1941) est un des pères de la chimie organique en France (voir la notice Wikipédia). Marcel Sommelet est un de ses élèves à partir de son internat, vers 1899-1900. Lorsqu'Auguste Béhal devient titulaire de la chaire de chimie organique e la Faculté de pharmacie de Paris, en 1907, il appelle Marcel Sommelet auprès de lui pour diriger le laboratoire de chimie organique. Lorsqu'Auguste Béhal fait valoir ses droits à la retraite en 1934, Marcel Sommelet lui succède à la chaire de chimie organique.
Déjà chevalier de la Légion d'honneur depuis 1925, il est promu officier le 29 décembre 1948, comme professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris. Il est membre de l'Académie nationale de pharmacie depuis 1908. Il est aussi admis en 1929 à la Société historique et archéologique de Langres, montrant ainsi son attachement à sa ville natale.
Une notice lui a été consacrée par un de ses élèves, Jean Albert Gautier, professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris, dans le Bulletin de la Société chimique de France : « Notice sur la vie et les travaux de Marcel Sommelet (1877-1952). »
Les différentes notices qui lui sont consacrées permettent de tracer le portrait de l'homme et du savant.
Sommelet avait conservé un caractère de parfaite honnêteté mais un peu solitaire. […] Ce fut, je le pense, l'un des derniers représentants du type de pharmacien des hôpitaux du siècle dernier. Doté d'un laboratoire assez exigu, il y travaillait seul et la chimie organique fut sa passion dominante. Il ressentait une grande joie en obtenant des corps nouveaux confirmant son hypothèse d'un mécanisme réactionnel ; il limitait là sa satisfaction et était très hésitant pour rédiger ses découvertes. (« Éloge de Jean-Albert Gautier (1903-1987) », par Jean-Émile Courtois, Bulletin de l'Académie nationale de Médecine, 1988.)
Plusieurs notices relèvent sa faible production d'articles, une quarantaine en tout, ce qui est considéré comme modeste. Cela semble expliquer pour certains le relatif oubli dans lequel il est tombé. Cet autre portrait nous montre un homme profondément attaché à la pharmacie « à l'ancienne » telle qu'elle se pratiquait alors dans les officines.
Sommelet, cet homme discret, effacé, un peu bourru, qui a découvert, on semble l'oublier chez nous, des réactions qui sont désignées dans les manuels étrangers sous son propre nom et qui ont donné naissance à des travaux effectués dans le monde entier. Ce savant avait gardé un profond attachement à la pharmacie d'officine. Il aimait y revenir périodiquement pendant ses grandes vacances pour y exercer notre profession dans la pharmacie de son frère, alors que celui- ci l'abandonnait pour prendre quelques semaines de repos à la campagne. Sommelet était bien un pharmacien à part entière ! (« Une visite à la Faculté de Pharmacie de Paris : souvenirs de quelques-uns de ses maîtres », par Marcel Chaigneau, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1985.)
On imagine cet homme, reconnu et honoré à Paris, trouver du plaisir à préparer une composition pharmaceutique, comme on le faisait alors dans les officines, dans la modeste pharmacie de son frère de la place Ziegler, à Langres, où avait auparavant officié son père.
Marcel Sommelet et Lucile Chancrin n'ont qu'une seule fille, Françoise Sommelet, née le 21 avril 1929, à Neuilly-sur-Seine. Elle se marie à Paris (XVe arr.), le 10 juillet 1954, avec André Guioth, fils d'un pharmacien de Langres, où il est né le 9 décembre 1930. C'est donc un mariage entre enfants de pharmaciens. André Guioth n'a pas suivi la voie paternelle. Il obtient un diplôme d'enseignement commercial supérieur, en juin 1954, après trois ans de scolarité à l'Institut d'enseignement commercial supérieur de Strasbourg. Il fait toute sa carrière à EDF, où il est ingénieur du service commercial, en 1967.
André Guioth et Françoise Sommelet ont quatre enfants et sept petits-enfants. Une de leurs deux filles est pédicure-podologue, un de leurs deux fils est docteur en médecine et l'autre docteur en pharmacie, renouant avec la tradition familiale.
Lien vers la généalogie de Louise Magron : cliquez ici.
Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.
Notice sur Marcel Sommelet, sur le site de la Société d’Histoire de la Pharmacie : cliquez ici.




