vendredi 20 mars 2026

Louis Magron (1812-1869), cordonnier-bottier, à Prauthoy, Longeau et Paris

Louis Magron (1812-1869)

Louis Valentin Magron est né à Prauthoy le 13 juillet 1812, fis aîné de Barthélémy Magron (1787-1855) [96], cordonnier à Prauthoy, et de Marie Mathieu (1786-1847) [97]. Il porte les prénoms de ses deux grands-pères. Comme ses deux frères, il suit les traces de son père en devenant cordonnier. On aurait pu imaginer qu'il lui succède à Prauthoy, mais, pour une raison que l'on ignore, il part s'installer à Longeau, un village à une dizaine de kilomètres au nord de Paruthoy, en direction de Langres. C'est là qu'il vit et travaille comme cordonnier lorsqu'il se marie le 8 février 1841 avec Antoinette Thirion, la fille d'un vigneron de Prauthoy. On retrouve le couple à Paris dès 1844. Ils habitent alors au n° 23, rue Joubert, dans ce qui est actuellement le IXe arrondissement, dans le quartier de la Chaussée-d'Antin. Il exerce toujours son métier de cordonnier, plus précisément de bottier. Comme souvent, les généalogies parisiennes sont difficiles a établir, à cause de la destruction de l'état civil parisien en 1870.  À notre connaissance, ils ont eu trois enfants :

  • Annette Marie, née le 22 juillet 1844 et décédée à Montmartre, alors commune indépendante, le 28 décembre 1845, à dix-sept mois.
  • Louis Valentin, né le 13 mai 1846.
  • Élisabeth Ernestine, née le 8 juillet 1848 et décédée quelques jours plus tard, le 13 juillet.

Au moment de la reconstitution de l'état civil parisien, en 1876seul Louis fait la demande de rétablir son acte de naissance. S'il y a eu d'autres enfants, en plus de ceux-là, ils n'ont pas laissé de traces.

Les différentes adresses connues de Louis Magron sont :

  • Paris (IXe), 23, rue Joubert : 1844, 1848.
  • Paris (IXe), 89, rue Saint-Lazare : 1855, au moment du règlement de la succession de son père Barthélemy Magron.
  • Paris (XIVe), 13, rue du Maine : 1869, au moment de son décès.

Il est toujours qualifié de cordonnier, bottier ou ouvrier cordonnier, sauf en 1848 où il apparaît pour la seule fois comme concierge, ce qui n'est pas exclusif du métier d'ouvrier cordonnier.

Au moment du règlement de la succession de son père, en mai 1855, il ne se rend pas à Prauthoy. Il passe une procuration devant un notaire de la Chapelle-Saint-Denis (aujourd'hui à Paris, XVIIIe arr.), le 26 avril 1855.

Signatures de Louis Magron et Antoinette Thirion
 au bas de la procuration du 26 avril 1855

Ensuite, on ne retrouve la trace de Louis Magron que quinze ans plus tard. Le 30 juin 1869, malade, il est refusé à l'hôpital Necker. Le 3 juillet, il est admis à l'Hôtel-Dieu de Paris pour fièvre et décède le même jour d'une « apoplexie pulmonaire », ce qui semble être une hémorragie pulmonaire selon la terminologie de l'époque. Il a alors cinquante-six ans. Dans le registre des entrées de l'hôpital, puis dans son acte de décès, il est dit veuf d'Antoinette Thirion. En 1890, lorsque son fils se marie, elle est dite « absente », ce qui peut laisser penser qu'en 1869, elle n'est pas décédée, mais que son mari ne sait pas où elle est. Il est donc probable que Louis Magron et Antoinette Thirion se sont séparés et que leur fils ne sait pas non plus ce qu'elle est devenue en 1890. En définitive, les recherches menées dans l'état civil parisien nous a mis sur la piste d'un acte de décès qui pourrait être le sien. En effet, le 5 décembre 1882, à la mairie du XVIIe arr., deux personnes déclarent le décès d'une certaine Antoinette Vve Magrond [sic], avec cette formulation : « acte de décès de (nom inconnu) Antoinette, âgée de soixante-sept ans, sans profession, née à (sans renseignement), décédée en son domicile rue de Tocqueville, 87, le quatre décembre courant à dix heures du soir, fille de père et de mère dont les noms et prénoms ne sont pas connus, veuve de (prénoms inconnus) Magrond ». L'âge inscrit dans l'acte ne diffère que de deux ans de l'âge réel d'Antoinette Thirion à cette date. Malgré ces nombreuses imprécisions, nous faisons l'hypothèse qu'il s'agit d'elle, mais il reste une incertitude qui ne sera pas levée, sauf à trouver un autre acte ou document. Le 87, rue de Tocqueville abritait une institution charitable tenue, à un moment donné, par les sœurs de Saint-François de Sales.

Louis Magron (1846-1916)

Leur seul fils connu, Louis, a d'abord été militaire au 4e régiment de ligne, dont il semble avoir été congédié en janvier 1874, probablement au terme de ses six ans de service militaire. En février 1876, lors de la reconstitution de l'état civil parisien, il habite dans le VIIIe arr., au 38, rue du Rocher. Il est ornemaniste, le métier qu'il exercera toute sa vie.

Le 20 septembre 1890, il épouse à la mairie du XVIe arr. Zoé Baudoin, une domestique qui habite alors 12, avenue Victor-Hugo. Il a déjà quarante-quatre ans et elle trente-quatre. Ils légitiment une fille, Marie, née neuf ans plus tôt, alors que sa mère était domestique 5, rue Pigalle. Il est fort probable que Louis Magron ait accepté, en se mariant, de reconnaître une fille qui n'est pas de lui. C'était un usage courant. Parmi les témoins du mariage, on note Edmond Vouriot, quarante-et-un ans, qui habite le XIVe arr., au 77bis, rue de la Voie Verte. On retrouvera plusieurs fois son nom, d'abord en 1891, lors de la naissance du seul fils de Louis Magron et Zoé Baudoin, Edmond Magron, né le 25 mars 1891, six mois après leur mariage. Edmond Vouriot sera aussi témoin lors du mariage de la fille Marie, en 1904. En définitive, une recherche dans les annuaires commerciaux parisiens permet de l'identifier :

Annuaire du bâtiment, des travaux publics et des arts industriels, 1903

Edmond Vouriot (1849-1926) est le fils d'un sculpteur ornemaniste installé au 45, quai des Grands-Augustins, à Paris. Après avoir succédé à son père, il se marie en mai 1890, puis s'installe au 77bis, rue de la Voie-Verte, aujourd'hui rue du Père-Corentin, presque à la limite sud de Paris, près du boulevard Jourdan. Il y est référencé dans des annuaires commerciaux jusqu'en 1914. Il est donc fort probable qu'Edmond Vouriot est l'employeur de Louis Magron. Celui-ci n'a pas hésité à lui demander d'être témoin à son mariage, à la naissance de son fils qui porte le même prénom (est-ce son parrain ?) et au mariage de sa fille. C'est le signe d'une relation de confiance entre les deux hommes, voire de reconnaissance de Louis Magron à l'égard d'Edmond Vouriot qui l'a peut-être aidé dans des situations difficiles.

Comme leur nom l'indique, les ornemanistes fournissaient tous les ornements des bâtiments, que ce soit à l'extérieur que dans les parties communes et les appartements. Les immeubles et plus généralement les bâtiments de ces années-là étaient très richement ornés. Il suffit de se promener dans Paris pour voir de très nombreuses façades avec des sculptures, des encadrements ornés de portes et de fenêtres, des corniches, des colonnes, des consoles, des balcons, etc. et plus généralement ce que l'on appelle la modénature.

Cet immeuble de 1901, typiquement parisien,
à l'angle des rues Damrémont et Tourlaque (XVIIIe arr.)
illustre la richesse des ornements de cette époque

De même, les parties communes et les appartements comportaient des moulures, des corniches, des rosaces de plafonds, etc. comme l'illustre cette image :


Au vu de la courte description commerciale de l'Annuaire du bâtiment, Edmond Vouriot pouvait intervenir sur tous les types et tous les matériaux possibles, avec ses employés. Peut-être que certains avaient des spécialités, mais cela n'est pas précisé.

Au moment de son mariage et lors de la naissance de son seul fils, Louis Magron habite au 138, avenue d'Orléans, aujourd'hui avenue du Général-Leclerc, dans le XIVe, très près des ateliers de son patron Edmond Vouriot. Dans le courant de l'année 1892 ou au début de l'année suivante, son épouse, qui jusqu'alors est généralement qualifiée de domestique, devient concierge d'un bel immeuble du XVIe arr., au 27, rue Galilée. Son employeur est le propriétaire de l'immeuble, « La Foncière lyonnaise ». Elle y restera au moins jusqu'en 1926. En août 1925, elle obtient une médaille d'argent du travail, pour trente-deux ans de bons et loyaux services.

La fille aînée de Louis Magron et Zoé Baudoin, Marie, se marie le 9 août 1904, avec Eugène Vallée, un garçon marchand de vin, habitant à Paris (Ve), 299, rue Saint-Jacques, originaire de Bretagne. Le mariage ne dure guère car il est dissous par un jugement de divorce rendu par le tribunal de la Seine le 2 décembre 1909, au profit de l'épouse. Elle retourne vivre chez ses parents, rue Galilée, où elle meurt peu après le 14 août 1910, à vingt-huit ans.

Louis Magron décède chez lui, toujours rue Galilée, le 12 juin 1926, à soixante-dix ans. Il est toujours qualifié d'ornemaniste. Comme on l'a vu, sa veuve reste concierge de cet immeuble. Elle y est encore recensée seule, en 1926. Elle va ensuite habiter à Boran-sur-Oise, une commune à la limite entre l'Oise et le Val-d'Oise, à une trentaine de kilomètres au nord de Paris. Son fils Edmond y possède un pavillon de villégiature rue du Four [aujourd'hui, rue de la Comté]. Elle y est recensée seule en 1931 et 1936 et y décède le 16 août 1936 à quatre-vingt ans.

Boran-sur-Oise, rue du Four (photo prise au niveau de l'actuel 26, rue de la Comté)

Edmond Magron (1891-1963)

Le seul fils, Edmond, suit les traces de son père comme ornemaniste. C'est le métier qu'il déclare lors du recensement des jeunes gens de la classe 1911. C'est aussi celui qui figure dans son acte de mariage le 16 mars 1912 à la mairie du 16e, avec Marcelle Invernizzi, une jeune couturière qui est la fille d'un coiffeur de l'avenue des Ternes. Le marié n'est qu'à quelques jours de son vingt-et-unième anniversaire. La mariée, plus jeune de quelques mois, n'a encore que vingt ans. Mariage précipité comme on le comprend vite lorsque la jeune épouse accouche d'un garçon deux mois après le mariage, André, qui naît à l'hôpital Beaujon le 22 mai 1912. Il ne vit que deux jours. Ce sera le seul enfant du couple. Après le mariage, Edmond Magron et Marcelle Invernizzi emménagent au 41bis, rue de Chaillot, à quelques centaines de mètres du domicile des parents d'Edmond. 

Très peu de temps après son mariage et cette naissance, Edmond Magron est obligé de faire son service militaire. Il est incorporé le 9 octobre 1912, au 24e régiment d’infanterie. Il devient caporal le 9 novembre 1913. Avant que son service ne se termine, se déclenche la Première Guerre mondiale. Il l'a fait d'abord dans ce même régiment où il est promu sergent le 4 août 1914. Il est ensuite versé au 1er groupe d'aviation le 30 octobre 1915, au dépôt de Bernay, dans l'Eure, et est breveté pilote le 13 mars 1916, sur des avions Farman. Il passe ensuite au 2e groupe d'aviation, le 24 juin 1916 et termine la guerre comme adjudant (nomination du 25 août 1917). Il est démobilisé le 19 août 1919 et se retire chez sa mère, rue Galilée, avec son épouse. Lorsqu'il est témoin au mariage de sa belle-sœur Irma Invernizzi, il est encore qualifié d'aviateur.

Un article très complet et très illustré sur l'escadrille 1 à laquelle Edmond Magron a appartenu est disponible à cette adresse : albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille001.htm. Son nom apparaît dans le cadre contenant la liste du personnel.

En se mariant avec Marcelle Inverzinni, Edmond Magron entre dans une famille entièrement consacrée à la coiffure. Son beau-père est coiffeur à Paris et cette même année 1912, le 27 mai, il crée l'Académie des Coiffeurs de France, une école permanente pour l'enseignement de la coiffure et de toutes les branches qui s'y rattachent, installée à Paris (XVIIe), 34, avenue des Ternes, où se trouve aussi son domicile. Il se fait appeler Émile Nazaire, qui est un nom commercial qui s'inspire beaucoup du nom de son épouse, Nazari. Ses trois filles qui se consacrent aussi à la coiffure se font respectivement appeler Irma Nazaire, Marcelle Nazaire et Marthe Nazaire. 

Emilio Invernizzi, dit Émile Nazaire (1855-1935)

Revenu dans la vie civile, Edmond Magron aurait pu poursuivre son activité d'ornemaniste. Peut-être n'a-t-il fait ce métier que pour satisfaire son père et, celui-ci décédé, il ne se sent plus obligé. De plus, l'architecture des immeubles parisiens évolue vers une plus grande sobriété d'ornements qui culminera quelques années plus tard dans le style Art déco. Le besoin en ornemanistes a dû alors baissé drastiquement. Pour toutes ces raisons, et peut-être pour d'autres que l'on ne connaîtra jamais, Edmond Magron se reconvertit dans la coiffure. Il a sûrement été l'élève de son beau-père.

Dès sa démobilisation, en août 1919, il achète un fonds de commerce de coiffeur, à Paris (XVIIe), 65, rue Laugier, dans un immeuble qui fait l'angle avec la rue Galvani, où il porte le n° 1. Il revend ce fonds en février 1929. Ensuite, il semble être l'éphémère propriétaire d'un autre salon, à Paris (XIe), 263, boulevard Voltaire, acquis en juin 1930 et cédé dès le mois de novembre suivant. Il doit être trop excentré par rapport à ses quartiers de prédilection et à la clientèle qu'il recherche. Edmond Magron est un coiffeur de l'Ouest parisien. En 1931, il est recensé comme coiffeur avec son épouse, au 10, rue Leriche, dans le XVe arr. Puis, il s'installe ensuite au 82, rue de Breteuil, toujours dans le XVe arr. où il est présent dès 1932 et encore en 1935. C'est ainsi que l'on apprend qu'il a gagné un concours de pêche organisé en juin 1935, au profit de l'œuvre de la Maison de Retraite des Vieux Coiffeurs, en pêchant vingt-et-un poissons ! Il existe toujours un salon de coiffure à cette adresse. Edmond Magron ne doit pas habiter là ou se trouve son salon, comme c'était le cas rue Laugier. En 1936-1937, avec son épouse, ils habitent 9, rue Lecourbe, toujours dans le XVe, à seulement deux-cents mètres du salon de l'avenue de Breteuil.

La Seconde Guerre mondiale est probablement la cause ou l'accélérateur d'une séparation dans le couple. Au retour de la guerre, en 1946, Marcelle Magron est recensée seule à Paris (XVe), 18, rue Valentin-Haüy, toujours dans le même quartier de l'avenue de Breteuil et de la rue Lecourbe. Elle décède le 28 juillet 1949 au 7, rue Pergolèse, dans le XVIe arr., chez sa sœur Irma Nazaire et son beau-frère Julien Fayollet, tous les deux coiffeurs pour dames et, pour ce dernier, président de l'Institut des Coiffeurs de dames en 1931. Les articles nécrologiques parus dans le Capilartiste, du 1er juillet 1949 (elle est appelée Macron !), et La Coiffure de Paris, du 1er septembre 1949, ne citent pas son mari :

Le Capilartiste, du 1er juillet 1949
 
La Coiffure de Paris, du 1er septembre 1949

Au moins jusqu'à la guerre, Edmond Magron est proche de la famille Nazaire. Il est témoin du mariage de Julien Fayollet et Irma Nazaire, en 1919, puis du mariage d'Henri Boursat et Marthe Nazaire, en 1923. C'est d'ailleurs son beau-frère Henri Boursat qui nous a mis sur la piste de Boran-sur-Oise où est décédée Zoé Baudoin, veuve Magron, sa mère. Un article, relayé par plusieurs quotidiens, relate la tentative de suicide d'Henri Boursat, avec, comme c'était alors l'usage, des informations très précises sur les protagonistes :

Paris-soir, du 10 mai 1927

Edmond Magron doit aimer cette région. Lors du IIIe Salon de l'Union des Associations Artistiques corporatives, en mai 1937, il expose trois toiles peintes à Boran et dans les alentours : « Cour de Ferme », « Environs de Boran » et « Place du Marché à Pontoise ».

La fin de la vie d'Edmond Magron est bordelaises. Le 18 octobre 1949, moins de trois mois après le décès de sa première épouse, il se marie à Bordeaux avec Marie Airault, veuve Vallet. Il est fort probable qu'ils cohabitent déjà depuis un certain temps et qu'Edmond Magron, qui ne souhaitait ou ne pouvait pas divorcer, régularise la situation dès le décès connu.

À Bordeaux, Edmond Magron tient un café avec sa seconde épouse, situé au n° 3, quai de la Monnaie et appelé La Route. Après son décès, il sera exploité par sa veuve puis, par son neveu, Roger Airault, que le couple, sans enfants, a adopté. Edmond Magron est mort à Yvrac, une commune au nord-est de Bordeaux, le 17 novembre 1963, à soixante-douze ans. Il a conservé toute sa vie l'amour des avions. En 1962, il est président d'honneur de l'aéro-club béglais. Cette même année, il passe une annonce dans Les Ailes pour vendre deux avions de tourisme :

Les Ailes, du 2 février 1962

Avec le décès d'Edmond Magron, s'éteint cette branche Magron issue de Louis, fils aîné de Barthélemy Magron et Louise Mathieu. Le nom survit un peu grâce à Roger Airault (1926-1984) qui a porté le nom d'Airault-Magron après son adoption. Il existe encore dans la région bordelaise des descendants de Roger Airault-Magron qui, à la suite d'une série de migrations depuis les Vosges, en passant par la Haute-Marne, Paris et Bordeaux, puis d'une adoption, portent le nom de Magron.

Lien vers l'article consacré aux parents de Louis Magron : (article à finaliser)

Lien vers la généalogie de Louis Magron : cliquez-ici.

Aucun commentaire: