Origine géographique, extension et signification du patronyme Magron
Si l'on se fonde sur les données de Geneanet, sur la période 1600-1800, il y a deux grandes aires d'extension du nom de famille Magron. La première et la plus importante se trouve dans une zone à cheval sur les actuels départements des Vosges et de Meurthe-et-Moselle. Les villages les plus cités sont la Croix-aux-Mines, Luvigny et Vexaincourt, dans les Vosges, et Neufmaisons, Ancerviller et Pexonne, en Meurthe-et-Moselle. Sur la carte ci-dessous, cette zone est surlignée par un ovale vert, avec Ancerviller à l'extrémité nord et la Croix-aux-Mines à l'extrémité sud, ce qui représente une cinquantaine de kilomètres dans sa plus grande longueur. Comme on le voit, ce nom est porté sur la partie ouest du massif des Vosges, le long de la vallée de la Meurthe et de son affluent, la Plaine.
La carte ci-dessous détaille la zone encadrée en noir dans la carte précédente. Les villages comportant le plus de Magron sont entourés en rouge (la Croix-aux-Mines, trop au sud, n'apparaît pas). Les cadres noirs correspondent aux villages cités dans la première partie de cette histoire de la famille Magron.
Il existe une deuxième aire d'extension, autour de Bar-le-Duc et Revigny-sur-Ornain, dans la Meuse, à plus de 150 kilomètres à l'ouest de la première. Il est probable qu'il n'y ait pas de liens entre les deux. L'origine du nom est une forme locale de « maigre », que l'on peut aussi rapprocher de la forme Magrot que l'on trouve parfois utiliser en lieu et place de la forme Magron, comme dans l'acte de naissance de notre ancêtre Valentin Magron en 1748.
L'INSEE met à disposition le nombre de naissances par patronyme sur la période 1891-1990. Pour les Magron, ce nombre est de 806. La carte de répartition des naissances par département sur la période 1891-1915 montre la forte présence de ce nom dans les départements des Vosges et de Meurthe-et-Moselle :
Même relativement atténuée à la suite des migrations vers d'autres régions de France au cours du XXe siècle, cette concentration reste encore très visible sur la période 1966-1990 :
Pour situer la fréquence de ce nom par rapport à d'autres patronymes de notre ascendance, avec 806 naissances, il se situe bien au-dessus des Barféty (133), Quiney (48), Gaignaire (91). Il appartient à cette catégorie de patronymes rares au niveau national, mais relativement fréquents dans leur zone d'extension, comme Escalle (509), dans les Hautes-Alpes, Duthu (1 105) dans la Côte-d'Or ou Folliet (726), en Savoie.
Dominique Magron [384]
Le 14 janvier 1710, à Schirmeck, Dominique Magron épouse Barbe Flach. C’est l’acte le plus ancien qui nous permet d’établir une filiation Magron de façon certaine jusqu’à nous. Dans cet acte, Dominique Magron est dit fils de Nicolas Magron et Catherine Clavelin. Malheursement, nous ne savons rien de plus sur eux. Certains, sans preuve ni source, rattachent ce Nicolas à une famille Magron de la Croix-aux-Mines, au sud de Saint-Dié, dans les Vosges. Lors de son mariage, Dominique Magron est dit originaire de Colroy. Il y a un doute sur son village d’origine puisqu’il existe deux communes proches de Schirmeck qui portent ce nom : Colroy-la-Roche, dans le Bas-Rhin et Colroy-la-Grande, dans les Vosges. Nous penchons pour la première, qui se trouve à une douzaine de kilomètres de Schirmeck et surtout appartient à la même vallée de la Bruche. Quant à Barbe Flach, dont le nom est orthographié aussi Flac, Flaque ou Flaxe, elle est originaire de Russ, une commune limitrophe de Schirmeck, où elle est née le 30 janvier 1684. Les trois communes de Schirmeck, Russ et Colroy-la-Roche appartiennent à la vallée de la Bruche ou ses affluents, une rivière qui prend sa source dans les contreforts orientaux des Vosges et, après un parcours de 76 kilomètres dans une direction nord-est, se jette dans l’Ill à Strasbourg.
Jusqu’en 1870, ces communes appartenaient au département des Vosges qui englobait alors le revers est du massif, au-delà de la ligne de crête. À la suite de l’annexion de l’Alsace à l’Allemagne en 1870, la frontière a été tracée sur la ligne de crête. Lors du retour de ces territoires à la France en 1918, ces trois communes sont restées rattachées au Bas-Rhin.
Ce qu'il faut retenir est donc que le premier Magron identifié venait de cette vallée du versant aujourd’hui alsacien des Vosges. L'état très lacunaire des registres paroissiaux vosgiens ne nous permet pas de reconstituer de façon complète et fiable la descendance de Dominique Magron et Barbe Flach. Ce que l'on sait est que le couple a franchi le col du Donon, qui domine la vallée de la Bruche, pour s'installer dans la vallée de la Plaine, une rivière qui descend des Vosges et de ce col en direction de l'ouest. On les retrouve à Allarmont, en 1713, où naît leur seul fils connu, notre ancêtre Joseph Magron (1713-1790). Plus tard, ils habitent Raon-sur-Plaine, en 1716 et 1718. Ce village, aujourd'hui commune indépendante, appartenait alors à la paroisse de Luvigny, avec le village de Luvigny lui-même et Vexaincourt. Il est probable que Dominique Magron est mort à Raon-sur-Plaine, entre 1718 et 1734. Joseph, le fils aîné, est resté dans la vallée de la Plaine où il a fait souche. Certains des descendants de sa très nombreuse postérité habitent toujours dans cette vallée. En revanche, son unique sœur connue, Marie, est retournée à Russ, probablement avec sa mère, Barbe Flach, de l'autre côté du col du Donon, où elle s'est mariée en 1740 avec un jeune homme de Lutzelhouse, Antoine Violon. Ils ont ensuite vécu à Wishes, toujours dans cette vallée de la Bruche. Ces existences qui se partagent entre les deux versants du col du Donon font songer, dans une autre région, aux liens très forts qui existaient parmi la population des deux côtés du col du Montgenèvre, entre les habitants de la vallée de la Durance et ceux de la vallée de la Doire. Jusqu’en 1713, ces deux vallées appartenaient aux Briançonnais, jusqu’à la cession des vallées au royaume de Piémont par le traité d’Utrecht. Aujourd’hui, Briançon est en France et Oulx en Italie. En revanche, jusqu’au XIXe siècle, les relations entre les deux vallées cédées ont été continues. De même, on perçoit que les habitants proches du col du Donon allaient d’un versant à l’autre, d’autant plus qu’ils parlaient des variantes de la même langue, le vosgien, qui est un dialecte du lorrain. Dans la partie haute de la vallée de la Bruche, cette variante du vosgien s’appelle le Welsh. De plus, à une époque où les déplacements se faisaient essentiellement à pied, le trajet de Raon-sur-Plaine à Schirmeck, d’une douzaine de kilomètre, représentait moins de trois heures de marche. Enfin, dernière preuve de ce lien très fort entre les deux versants du col du Donon, le village de Raon-sur-Plaine est resté attaché au canton de Schirmeck jusqu'à l'annexion de 1870.
Trois générations de nos ancêtres Magron : Dominique, Joseph et Valentin ont vécu dans ces villages des Vosges qui appartenaient à la vallée de la Plaine. Cette rivière prend sa source sur les pentes ouest du Donon et, après un parcours de 34 kilomètres vers l'ouest, se jette dans la Meurthe à Raon-l’Étape. Aujourd'hui, la rive gauche appartient aux Vosges avec cinq villages que l'on retrouvera tous dans l'histoire de la famille : Raon-sur-Plaine, Luvigny, Vexaincourt, Allarmont, Celles-sur-Plaine et Raon-l’Étape, d'amont en aval. La rive gauche appartient à la Meurthe-et-Moselle avec trois villages : Raon-lès-Leau, Bionville et Pierre-Percée, toujours d'amont en aval.
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| Cours de la Plaine (source : Wikipédia) |
Au XVIIIe siècle, Allarmont, avec Vexaincourt, Luvigny et Raon-sur-Plaine formaient une seule communauté appelée Val d'Allarmont et une paroisse située à Luvigny, avec un vicariat à Allarmont. Cette communauté dépendait des princes de Salm et donc n'était pas en France. Il semble que cette tutelle ait été assez légère car les habitants ne devaient quasiment pas de droits seigneuriaux aux princes de Salm. Seul un droit de bienvenue de cinq livres était dû par les nouveaux habitants, qu'à sûrement payé notre ancêtre Dominique Magron lorsqu'il s'est installé à Allarmont après son mariage en 1710. Le four banal, à fréquentation obligatoire au village, requiert dix gros par année et par feu (famille ou foyer fiscal).
Les habitants étaient propriétaires de leurs terres. Seules les forêts, qui étaient la seule richesse de cette région, étaient la propriété des princes de Salm. Pourtant, les villageois bénéficiaient de nombreux droits d'usage en vertu d'un règlement donné le 12 décembre 1596 par les deux princes de Salm pour l'administration des forêts dont ils étaient alors copropriétaires. Les habitants disposaient gratuitement de tous les bois nécessaires à la construction et à la réparation de leurs maisons (charpentes, cloisons, couvertures, etc.), ainsi que leur bois de chauffage et de cuisine (affouage). Ils avaient un droit de vaine pâture qui les autorisait à envoyer trois porcs par ménage à la glandée.
En définitive, à la différence d'autre régions, la pression seigneuriale était faible, voire inexistante. Il ne faut malheureusement pas y voir une particulière bienveillance de ces seigneurs lointains - aucun noble n'habitait la vallée de la Plaine -, mais plutôt le signe d'une vallée pauvre et de faible rendement agricole. Une autre raison avancée de cette faible pression seigneuriale est que cette vallée a été ravagée lors de la Guerre de Trente ans (1618-1648) et qu'en 1664, le prieur de l'abbaye de Saint Pierre de Senones n'a trouvé que six habitants à Allarmont lors d'une visite. Même s'il faut comprendre « habitant » plutôt dans le sens de foyer, cela fait peu de monde. Les princes seigneurs de ces terres ont dû se montrer conciliants pour attirer de nouvelles populations dans cette vallée déshéritée.
Dans des monographies rédigées par les instituteurs de ces quatre villages dans les années 1880, le tableau qu'il restitue de la vie au XVIIIe siècle est édifiant :
Les habitants étaient dans la misère, réduits à se nourrir pour ainsi dire comme des animaux, n’ayant pour vêtements que de la toile grossière, marchant nu-pieds la plupart du temps, mettant seulement des sabots dans les grands froids de l’hiver. (Raon-sur-Plaine)
Ils prenaient une nourriture grossière, ne mangeaient que du pain de seigle, des pommes de terre mouillées d’un peu de lait caillé et ne buvaient jamais de vin. (Luvigny).
Avant 1789, on cultivait surtout la pomme de terre qui était la principale nourriture des habitants, puis quelques champs de seigle. Comme les terres étaient mal entretenues, peu ou point fumées, faute de bétail, le rendement n’était que médiocre et jamais les récoltes ne pouvaient suffire à la nourriture des habitants qui se procuraient le déficit sur le marché de Raon-l’Étape. (Raon-sur-Plaine)
La pomme de terre a été introduite dans la principauté de Salm bien avant sa propagation en France. [première mention en 1693 lors d'un conflit avec le curé de La Broque.]
Il y a probablement du misérabilisme dans ces descriptions faites par ces instituteurs. Si les habitants pouvaient posséder des porcs qui se nourrissaient dans la forêt, on imagine qu'ils devaient les manger ! Le seul point sur lequel ils s'entendent avec les auteurs du XIXe est le peu d'importance de l'agriculture dans cette vallée et l'absence d'élevage. Il n'y avait pas non plus d'industrie ni de commerce à cause de la médiocrité des voies de communication.
En définitive, la seule richesse pour les habitants était la forêt. Presque tous les hommes y trouvaient leur travail comme bûcheron, sagard (ouvrier qui débite le bois en planches, dans les scieries des Vosges) ou voiturier de troncs, comme le dit le rédacteur de la monographie de Vexaincourt. Les seules industries étaient la transformation du bois des forêts en planches, ou en pièces de charpente. Les salaires reflétaient cet état de fait : les hommes qui travaillaient dans les forêts gagnaient quinez à vingt sols par jour, alors que ceux qui travaillaient dans les champs gagnaient la moitie, soit de huit à dix sols. En 1845, à Raon-sur-Plaine, il y avait trois scieries domaniales produisant environ 160 000 planches et deux scieries particulières fabriquant 45 000 planches qui sont flottées sur la Plaine.
Comme on l'a dit, ces quatre villages appartenaient aux princes de Salm. Le 2 mars 1793, la principauté est réunie à la France, par un décret de la Convention, rendu à la demande des habitants réunis à Senones. Ces villages étaient administrés par des maires dont on ne connait pas les modalités de nomination. À la différence du consul des communautés des Hautes-Alpes élu par l'assemblée des habitants, il ne semble pas avoir existé de telles assemblées dans ces communautés des Vosges. Au XVIIIe siècle, il existait des écoles à Allarmont et Luvigny à laquelle de rendaient les enfants du village de Vexaincourt qui ne disposait pas d'une école. Ceux de Raon-sur-Plaine traversaient la rivière pour aller à Raon-lès-Leau. Particularité locale, les registres paroissiaux notent l'élection de la sage-femme des villages par la communauté des habitants.
Enfin, en termes de populations, les nombres d'habitants en 1793 étaient les suivants, avec, entre parenthèses, les chiffres de population en 2023 : Allarmont : 488 (214), Vexaincourt : 358 (146), Luvigny : 348 (123) et Raon-sur-Plaine : 520 (135).
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| Vue actuelle de Vexaincourt (c) Région Grand Est - Inventaire général |
Le village a été partiellement détruit lors de la Première Guerre mondiale. Il subsiste peu de fermes anciennes qui permettent de se faire une idée de l'habitation de nos ancêtres. Il reste celle-ci :
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| Ferme du XVIIIe siècle, rue de la Malgrange, à Vexaincourt (c) Région Grand Est - Inventaire général |
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| Ferme à Raon-sur-Plaine (c) Région Grand Est - Inventaire général |
Les recherches généalogiques dans ces différents villages sont difficiles à cause des nombreuses lacunes dans la conservation des registres paroissiaux et de l'état civil. En effet, zone frontalière au moment de la Première Guerre mondiale, la vallée de la Plaine a été une zone de combats particulièrement meurtrie. Le village de Vexaincourt a été détruit le 23 août 1914 à la suite des représailles d'une unité badoise ayant perdu un officier par un tir près de l'église. Il a encore dû souffrir de destructions lors de la Seconde Guerre mondiale.
Joseph Magron (1713-1790) [192] et ses fils
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| Généalogie simplifiée de la famille Magron |
Les deux premières générations, Dominique Magron et son fils Joseph Magron (1713-1790), étaient illettrées. On a aucune information sur l'activité du premier. Le second est qualifié de manœuvre dans son acte de décès en 1790. Ce terme, que l’on retrouvera souvent par la suite, correspond à celui de journalier qui est utilisé dans d’autres régions. Il recouvre probablement une pluriactivité comme cultivateur et, surtout dans cette région, comme bûcheron, sagard ou ségard (ouvrier qui débite le bois en planches) ou marnageur (ouvrier qui équarrit les bois de charpente).
Joseph Magron s'est marié le 10 mai 1734 à Celles-sur-Plaine avec Françoise Caillet (1712-1791). On ne leur connaît que deux fils de façon certaine et un troisième de façon plus hypothétique. Le premier, Joseph, est né vers 1734. Le second est Valentin Magron, baptisé à Raon-lès-Leau le 30 mai 1748. Il est probablement né à Raon-sur-Plaine le même jour, là où habitaient ses parents. Les deux villages se trouvent de part et d’autre de la rivière la Plaine, donc dans la même vallée, mais, pour des raisons liées à l'histoire, le premier appartient au département de Meurthe-et-Moselle et le second aux Vosges. Enfin, le troisième fils, Nicolas, né vers 1751, a essentiellement vécu à Raon-lès-Leau où il a fait souche.
Leur père, Joseph Magron, est mort à Raon-sur-Plaine le 29 mars 1790, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Son fils aîné Joseph signe l’acte de décès :
Son épouse, François Caillet, ne lui survit qu’un an et demi. Elle est aussi morte à Raon-sur-Plaine le 18 septembre 1791, à soixante-dix-huit ans. C’est son autre fils, Valentin, qui signe l’acte de décès :
Notons au passage que Joseph Magron et Françoise Caillet sont restés mariés cinquante-six ans, ce qui, à l’époque, était particulièrement exceptionnel.
L’aîné, Joseph, entame une ascension sociale. En plus d’appartenir à la première génération qui sait écrire et signer son nom, il est qualifié de marchand, en 1789 et de négociant, en 1794, dans les actes d’état civil. Hormis une mention de domicile à Allarmont, en 1794, lors de son second mariage, tous les actes connus depuis 1759 le disent habitant à Vexaincourt, qui est le village d’origine de sa première épouse, Jeanne Receveur. Entre 1778 et 1785, il est maire de Vexaincourt (en 1787, il est qualifié d'ancien maire). On connaît sept enfants de Joseph Magron et Jeanne Receveur, nés entre 1759 et 1779, qui leur ont donné une importante descendance dont une grande partie est restée à Vexaincourt, au XIXe siècle. Le dernier porteur du nom Magon au village, Louis, descendant à la 6e génération, y est né en 1890, puis est parti s’installer à Paris. Nous n’avons fait qu’esquisser leur descendance que l’on peut consulter en suivant ce lien : descendance de Joseph Magron et Jeanne Receveur. Leur fils aîné, Jean Baptiste Magron, né en 1759, a été le premier maire de Vexaincourt après la Révolution, lorsque cette fonction est rétablie en 1800, sous le Consulat. Auparavant, il a été agent municipal, parfois en alternance avec son oncle Valentin Magron. Ses professions sont à l'image de l'activité économique principale de Vexaincourt : voiturier (1786, 1789), marchand de planches (1792), négociant (1794, 1796, 1800). En revanche, son fils Jean Baptiste et son petit-fils Émile seront propriétaires cultivateurs. C'est cette branche qui est restée le plus longtemps enracinée à Vexaincourt puisqu'un descendant, Paul Zabé, y est décédé en 1967. Un autre fils de Joseph Magron et Jeanne Receveur, Pierre, né en 1776, est mort rentier, à Vexaincourt en 1857. Un de ses fils, Pierre (1800-1862), était aubergiste, à Vexaincourt, au moins depuis 1843, jusqu'à son décès. Enfin, au gré de cette descendance, on croise des bûcherons : les trois frères Léonard, Nicolas (1827-ap. 1901), Michel (1830-ap. 1901) et Louis (1838-1883), un menuisier : Jean Joseph Vauthier (1820-1855), des brigadiers forestiers : Jean Baptiste Gerardin (1800-1871), Jean Baptiste Vauthier (1798-1867), etc. qui montrent la prégnance des métiers du bois et de la forêt dans cette région.
La filiation du troisième fils, Nicolas (1751-1817), reste hypothétique en l'absence d'actes pouvant la confirmer. Il y a cependant un faisceau d'indices. Nicolas Magron est le curateur de Barthélemy Magron, fils de Valentin Magron, en 1810, qui serait donc son neveu. Jean Baptiste Magron, de Vexaincourt, petit-fils de Joseph Magron, est témoin de la naissance de Marie Odile Baret, petite-fille de Nicolas Magron, en 1816. Un autre Nicolas Magron, de Raon-sur-Plaine, fils de Valentin Magron, est témoin de la naissance de Jean Baptiste Genatio, petit-fils de Nicolas Magron, en 1820. Enfin, sans ce que ce soit une preuve, si Nicolas Magron n'appartient pas à cette famille, il n'y a aucune autre famille Magron dans la paroisse de Luvigny, au XVIIIe siècle, autre que celle de Joseph Magron et Françoise Caillet, auquel le rattacher.
Nicolas Magron a d'abord vécu à Raon-sur-Plaine, avant la Révolution, où sont nés ses huit enfants connus de son mariage avec Jeanne Barbier (1747-1829). Il serait donc le seul fils de Joseph Magron et Françoise Caillet à être resté dans le village de leurs parents quand ses deux autres frères sont partis habiter à Vexaincourt. Il s'est ensuite installé à Raon-lès-Leau, la commune en rive droite de la Plaine qui fait face à Raon-sur-Plaine, mais qui se trouve en Meurthe-et-Moselle. Nous n'avons fait qu'esquisser sa descendance : descendance de Nicolas Magron. Hormis une mention comme bûcheron à la Foussotte, un lieu-dit de la commune de Raon-lès-Leau dans les forêts qui dominent la Plaine, il est uniquement qualifié de manœuvre, jusqu'à son décès dans cette commune, en 1817. Peu à peu, les descendants de ses trois filles et de son fils ont quitté le village. À la fin du XIXe siècle, seule la famille de Jean Baptiste Kester (1824-1907), époux de Marie Steiner (1825-1912), petite-fille de Nicolas Magron, représente encore sa descendance à Raon-lès-Leau. Les Kester, Batlot et Dony de cette famille sont tous bûcherons. Le seul fils de Nicolas Magron, Jean Pierre Magron (1786-1844), n'ayant eu que des filles, il n'y a pas de descendance de cette branche qui porte encore le nom Magron. Ce fils Jean Pierre est qualifié alternativement de manœuvre, charpentier ou bûcheron, à Raon-lès-Leau. Les gendres de Nicolas Magron, François Receveur, Sébastien Genatio, les frères Jean et Jean Baptiste Baret/Barret et Jean Georges Steiner sont aussi manœuvres, tissiers (tisserands), sagards (ouvriers du bois) et, pour le dernier, cordonnier, autrement dit des positions sociales qui restent modestes en regard des évolutions que l'on constate chez leurs cousins, enfants et petits-enfants de Joseph et Valentin Magron.
Valentin Magron (1748-1801) [96]
On connaît mieux la vie du second fils de Joseph Magron et Françoise Caillet, Valentin, notre ancêtre. Vers 1770, il épouse Odile Vigneron, de Vexaincourt. Est-ce pour cela qu’il quitte Raon-sur-Plaine pour ce village où il a vécu jusque vers 1798 ? De leur mariage, nous connaissons huit enfants, tous nés à Vexaincourt, dont seulement trois ont atteint l’âge adulte : Joseph, né le 6 décembre 1771, Marie, née vers 1776 et Barthélemy, né le 15 mai 1787, notre ancêtre. Odile Vigneron meurt à Vexaincourt le 27 prairial an III [15 juin 1795], à quarante-huit ans. Valentin se remarie deux ans plus tard avec Barbe Ducarme, de Raon-sur-Plaine. Ils n’ont eu qu’un seul fils, Nicolas, né à Vexaincourt le 1er floréal an VI [20 avril 1798]. Il est vrai qu’au moment de sa naissance, sa mère est âgée de quarante-quatre ans.
Les nombreux actes d’état civil permettent de mieux connaître les activités de Valentin Magron. Il est le plus souvent qualifié de manœuvre, depuis la première mention en 1785. Ce n’est qu’en 1792-1794 qu’il est aussi qualifié de voiturier. Vers 1800, il s’installe à Raon-sur-Plaine, dans la commune de sa seconde épouse, où il meurt peu après le 24 floréal an IX [14 mai 1801], à l’âge de cinquante-deux ans. À cette date, les deux enfants aînés, Joseph et Marie, sont déjà mariés. En revanche, le cadet du premier mariage, Barthélemy, n’a que quatorze ans, et le fils unique du second mariage, Nicolas, trois ans.
Comme son frère Joseph qui a été maire de Vexaincourt avant la Révolution, Valentin a exercé quelques responsabilités dans son village. Il est officier public de la commune de Vexaincourt de messidor an III [juin 1795] à frimaire an IV [décembre 1795]. Il est remplacé par son neveu Jean Baptiste Magron. Il est de nouveau agent municipal faisant fonction d'officier de l'état civil, toujours à Vexaincourt, de thermidor an V [juillet 1797] à ventôse an VI [mars 1798].
Des quatre enfants de Valentin Magron, trois ont fait souche à Vexaincourt ou dans sa région, là-aussi avec un enracinement local fort dans les Vosges ou en Meurthe-et-Moselle proche. Seul Barthélemy a quitté sa région natale pour faire souche dans la Haute-Marne.
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| Vue aérienne de Vexaincourt, en direction de Luvigny, Raon-sur-Plaine et le col du Donon |
Lien vers l'article sur les descendances de Joseph Magron (1771-1817), Marie Magron (1776-1828), ép. Pierville et Nicolas Magron (1798-1876), enfants de Valentin Magron : (article à rédiger)
Lien vers l'article sur Barthélemy Magron (1787-1855) [48] et sa descendance : (article à rédiger)
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| Ascendance de Barthélemy Magron (généalogie sur Geneanet : Barthélemy Magron) |
Pour finir, nous allons maintenant étudier les différentes branches de l'ascendance de Barthélemy Magron, dont nous n'avons pas encore parlées, d'abord celle de sa mère Odile Vigneron, puis celle de sa grand-mère Françoise Caillet.
Odile Vigneron (1747-1795) [97], ép. Valentin Magron
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| Signature du 29 juillet 1783 |
Elle est la fille de Joseph Vigneron et Marie Lévêque, de Vexaincourt. Il est très probable que Joseph Vigneron ne soit pas originaire de Vexaincourt ni des autres villages de la vallée de la Plaine car on ne trouve pas d'autres Vigneron dans ces communes au XVIIIe siècle. Les lacunes des registres paroissiaux de Luvigny n'en permettent pas une identification certaine. Une exploitation des archives notariales devrait permettre d'explorer la piste de l'origine à Val-de-Châtillon, une commune de Meurthe-et-Moselle à une douzaine de kilomètres au nord de Vexaincourt. Quant à Marie Lévêque, son ascendance est tout aussi difficile à établir, même si son origine à Vexaincourt ne fait pas de doute. En effet, les registres paroissiaux conservés contiennent de très nombreux actes de personnes portant ce nom, ce qui veut dire qu'il existait une ou plusieurs familles Lévêque à Vexaincourt au XVIIIe siècle. En revanche, il n'est pas possible, avec les archives disponibles en ligne, d'identifier ses parents, même si de très nombreuses généalogies sur Geneanet établissent des filiations, malheureusement sans sources.
Heureusement que l'acte de mariage de leur petit-fils Barthélemy Magron comporte les dates de décès de ses grands-parents, en plus de celles de ses parents. Nous savons ainsi que Joseph Vigneron et Marie Lévêque sont décédés sur la paroisse de Luvigny, probablement à Vexaincourt, respectivement le 25 juillet 1771 et le 21 janvier 1771. Ils devaient l'un et l'autre être relativement jeunes. Si l'on situe leurs naissances vers 1720-1725, ils avaient probablement entre quarante-cinq et cinquante ans.
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| Extrait de l'acte de mariage de Barthélemy Magron, à Is-sur-Tille, le 29 novembre 1810 |
Joseph Vigneron et Marie Levêque ont eu cinq enfants vivants :
- Nicolas, né vers 1744, époux de Marie Baret.
- Odile Vigneron, née vers 1747, épouse de Valentin Magron.
- Marie Vigneron, qui épouse Nicolas Receveur, le 15 septembre 1778, à Luvigny.
- Jean Baptiste Vigneron, qui épouse Jeanne Durand, le 4 mai 1773, à Allarmont.
- Joseph Vigneron, qui épouse Agathe Receveur, le 27 septembre 1785, à Allarmont.
Nous avons esquissé les descendances des quatre enfants, hormis celle d'Odile, à laquelle nous appartenons, qui fait l'objet d'un développement spécifique. En l'état, il y a peu de choses à en dire. Comme seules les descendances à Vexaincourt ont été établies, on retrouve, comme pour les branches Magron dont nous avons parlé, les mêmes métiers au XIXe siècle : cultivateurs, propriétaires, aubergistes, négociants et les métiers de la forêt : ségards, marnageurs, bûcherons, etc. Un descendant du fils aîné, Valentin Vigneron, maréchal-ferrant, est maire de Vexaincourt sous le Second Empire, entre août 1852 et le 2 avril 1870, jour de son décès. Il est en particulier l'artisan de la construction de l'église Saint-Michel vers 1850 qui a été détruite par les Allemands le 23 août 1914. Sur une des deux pierres de part et d'autre du porche, au premier niveau de la tour de l'ancien bâtiment qui a été conservé, il y a cette mention concernant l'ancien édifice : « En 1850, cette tour a été construite par les soins de V(alen)tin Vigneron Maire de la commune ».
Françoise Caillet (1712-1791) [193], ép. Joseph Magron
L'ascendance de Françoise Caillet est mieux connue car elle est originaire de Celles-sur-Plaine dont les registres paroissiaux ont été mieux conservés. Celles-sur-Plaine est la première commune de la vallée de la Plaine, après Raon-l'Étape qui se trouve à la confluence de la Plaine et de la Meurthe. Après Celles, on trouve les quatre communes d'Allarmont, Vexaincourt, Luvigny et Raon-sur-Plaine dont nous avons parlé. Elle est sensiblement plus importante car elle abrite 1 080 habitants en 1793 (737, en 2023).
Le 10 novembre 1711, Joseph Caillet épouse Anne Flon à Celles-sur-Plaine. Fils orphelin de Nicolas Caillet et Catherine Batnaye, lui aussi est d'origine inconnue. Comme pour les autres cas que nous avons rencontrés dans cette région, tout indique qu'il n'est pas de Celles. Il serait peut-être originaire de Badonviller, en Meurthe-et-Moselle, et, plus précisément, du hameau d'Allencombe, à quelques cinq kilomètres au nord de Celles, par le col de la Chapelotte.
Même l'orthographe du nom de sa mère pose question :
Dans l'acte de mariage de son fils, son patronyme semble être Batnaye, ou peut-être Batnage. Aucun de ces deux noms de famille n'existe. Il est probable qu'il s'agisse d'une mauvaise transcription du nom de la mère par le curé lors de la rédaction de l'acte. Notons au passage que ces difficultés d'identification, que ce soit ici Joseph Caillet ou auparavant Joseph Vigneron, s'expliquent certes par la piètre qualité de conservation des registres, mais aussi par une grande mobilité des hommes entre villages. Pour donner un autre exemple, les Magron, originaires de Colroy-le-Roche et peut-être d'ailleurs, sont passés par Allarmont, Raon-sur-Plaine et Vexaincourt. Cette mobilité locale, sensiblement plus importante que dans les Hautes-Alpes ou l'Isère, pour parler de régions que nous avons étudiées par ailleurs, s'expliquent probablement par le fait que ce ne sont pas des propriétaires cultivateurs. Pour la plupart, leur activité principale est liée à la forêt, ce qui veut dire qu'ils ne sont pas attachés à une maison, des terres, un domaine, mais plutôt guidés par la recherche du meilleur lieu pour exercer leurs activités. Il n'y a pas cet enracinement, parfois pluriséculaire, dans une maison et son domaine qui représente comme l'âme et la fondation de la famille, presque une notion de lignage, même si ce ne sont pas des familles nobles. Le meilleur exemple en est la famille Bardin et son domaine de Louisias, à Charavines (Isère). Enfin, le dernier point commun entre Dominique Magron, Joseph Vigneron et Joseph Caillet est que leurs migrations locales ne s'organisent pas par vallée. Ils n'hésitent pas à changer de vallées par les cols qui les relient, respectivement le col du Donon et le col de la Chapelotte.
Joseph Caillet et Anne Flon ont eu cinq enfants, tous nés à Celles-sur-Plaine, dont l'aînée, Françoise, née le 4 décembre 1712 est notre ancêtre et dont le cadet est né posthume. En effet, Joseph Caillet est décédé le 1er mai 1721, « agé d’une quarantaine dannée [sic] », ce qui situe sa naissance aux alentours de 1675-1680. Son fils Joseph est né six mois plus tard le 7 novembre 1711.
Quant à Anne Flon, elle est née à Celles-sur-Plaine le 18 avril 1688. Elle est issue du mariage d'un Autrichien du Tyrol et d'une native de Celles-sur-Plaine. Par un mystère qui reste à éclaircir, le registre des mariages de Celles en 1679 n'est pas accessible sur le site des Archives départementales de Vosges et ne semble même pas y être conservé. Un sympathique membre Geneanet m'a envoyé la photo, sans pouvoir me dire où était localisé le registre (il tenait lui-même cette photo d'une certaine Babeth...).
La transcription est la suivante :
1679
Le dix-septième janvier, fut célébré le mariage
entre Jean Chrestien Flong, fils de Jean Chrestien Flong
et d'Elizabeth [illisible], bourgeois du bourg de Matibois
de Tirolle [Tyrol], et Catherine d'Humbert Rose, de Celles
Il existe de nombreuses généalogies de Jean Flon, dont l'un des plus complètes est celle-ci. Le bourg de Matibois est identifié comme Matreiwald, un « Ortschaft » [localité] de Matrei am Brenner, une ville autrichienne au sud d'Innsbruck, sur la route du col du Brenner. D'autres l'identifient comme Matrei in Osttirol, une autre ville du Tyrol autrichien, plus à l'est. En l'état des sources que nous pouvons consulter, nous n'avons pas la possibilité de vérifier ces informations. Dans tous les cas, il y a plus de cinq-cents kilomètres entre Celles-sur-Plaine et ces villes du Tyrol autrichien. Comment et pourquoi Jean Flon a-t-il émigré en France ? Mystère. Pour finir, même son nom de famille d'origine prête à interprétation. Il signe les actes de baptêmes de ses enfants, comme celui de sa fille Anne :
Dans sa signature, il conserve l'orthographe allemande du prénom Jean : Joanneß. Quant à son nom, si le début est clairement Flun, la fin est plus difficilement interprétable. Certains lisent Flunckh, d'autres Flunsch. Nous ne trancherons pas. Les transcriptions en français sont variables car, dans les registres paroissiaux, le nom s'écrit aussi bien Flon, Flons, Flong que Flond. En définitive, il s'est est figé avec l'orthographe Flon. Le plus célèbre représentant de ce nom est l'actrice Suzanne Flon, dont le père, Henri Flon, est né à Celles-sur-Plaine le 22 décembre 1874, descendant à la huitième génération de Jean Flon (généalogie de Suzanne Flon : cliquez-ici).
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| Suzanne Flon (1918-2005) |




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