La vie de Marie Magron, la troisième fille de Jules Magron et de Zélia Dargentolle, est une vie discrète, à l'ombre de son père, puis de sa sœur aînée Louise. Peut-être que si nous l'avions rencontrée, elle nous en aurait imposé par son caractère ou sa présence. En revanche, nos sources étant essentiellement les actes d'état civil et les actes notariés, il en ressort immédiatement une forme d'effacement. Les vies riches en actes et en actions de toutes sortes de ses autres frères et sœurs ne nous donnent pas le même sentiment.
Marie Thérèze Delphine Magron naît à Prauthoy le 12 octobre 1857. Comme sa sœur aînée Louise et son frère Ernest, elle voit le jour dans l'ancienne maison Magron, celle qui provient de ses grands-parents Barthélemy Magron et Marie Mathieu. Lorsque sa mère meurt le 27 septembre 1861, il ne lui manque que quelques semaines pour fêter ses quatre ans. Lorsque son père se remarie, elle a huit ans.
Jusqu'au décès de son père, en 1892, elle vit auprès de lui et de sa belle-mère Céline Prodhon. Lors de l'inventaire après décès, le notaire précise qu'elle « n’a jamais quitté la maison et a constamment travaillé au magasin de son père ». Ce métier de demoiselle de magasin n'est pas déclaré dans les différents actes où elle apparaît. Aucun recensement ne lui donne cette qualification, ni aucun acte notarié. Elle est toujours dite sans profession comme si le fait de contribuer au commerce de son père n'était pas reconnu comme une activité professionnelle. De même, comme elle ne quitte pas la maison familiale, son père ne lui propose pas de lui rendre son compte de tutelle, comme il le fait pour sa sœur aînée en 1872, lorsqu'elle se marie, ou pour son frère Ernest, en 1882. Au moment de l'inventaire des biens du père, en 1892, comme nous l'avons relaté dans l'article consacré à Ernest, elle lui emboîte le pas pour demander non seulement les intérêts sur la part due dans la succession de sa mère, mais aussi les revenus des immeubles indivis entre son père et elle. Au final, lors de la liquidation de la succession, c'est elle qui obtient la plus grande part car, à la différence de son frère, elle n'a même jamais reçu d'argent de son père. Il lui est attribué 9 234 francs. Sur cette somme, sa belle-mère lui paye comptant 2 000 francs et, comme pour son frère, le solde reste dû selon un échéancier précis, avec une affectation hypothécaire en sa faveur comme garantie et une caution solidaire de Gabriel et de Jeanne Magron.
En revanche, Marie Magron ne souhaite visiblement pas rester vivre avec sa belle-mère pour l'aider à tenir le commerce familial. Faut-il y voir le signe d'une mésentente entre les deux femmes ? Toujours est-il qu'en 1896, elle habite désormais chez sa sœur Louise et son mari Charles Sommelet, dans la maison qui abrite leur pharmacie, à Langres, au 5, place Ziegler. Au même moment, sa belle-mère est seule à Prauthoy, avec une domestique pour gérer le magasin. Que fait Marie auprès de sa sœur et de son beau-frère ? Elle est toujours dite sans profession, ce qui peut laisser penser qu'elle les aide, comme elle l'avait fait pour son père, sans que cette activité soit plus reconnue par les agents recenseurs.
Le dimanche 30 octobre 1898, après que les frères et sœurs et leur mère ou belle-mère se sont décidés à se séparer des maisons de Prauthoy, elle les représente tous lors de la vente sur adjudication qui a lieu ce jour-là, à la mairie du village. Elle se porte acquéreur de l'ancienne maison Magron, pour 3 500 francs. Ce n'est probablement pas pour l'habiter, car elle est louée depuis longtemps à des boulangers qui y tiennent leur four et ont une boutique. En 1887, elle est occupée par Villemot, boulanger à Prauthoy, pour 300 francs par an. Les héritiers Magron la louent ensuite à un autre boulanger, Henri Boisselier, par un bail du 15 juillet 1896, pour le même montant. Le four se trouve dans une des chambres du premier étage. Peut-être que Marie Magron se réserve une pièce comme pied-à-terre lorsqu'elle revient à Prauthoy ? Pourtant, depuis 1896, il n'y a plus aucun membre de la famille Magron au bourg, ni même de cousins. Autrement dit, rien ne la rattache plus à son village natal, hormis peut-être des relations amicales. En l'absence de plus d'informations, il est difficile de savoir ce qui attache Marie Magron à Prauthoy au point de racheter la maison familiale. Ce n'est pas la nostalgie de sa maison d'enfance car elle n'y a que peu vécu. Dès l'âge de trois ans, elle a habité avec sa famille dans la grande maison de Jules Magron.
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| Maison Barthélemy Magron, à Prauthoy, rachetée en 1898 par Marie Magron à ses frères et sœurs et revendue en 1905 |
De plus, il lui incombe l'entretien de cette maison. Il est probable que c'est plus une charge pour elle qu'une source de revenus. D'ailleurs, elle est obligée d'en rabattre un peu sur le loyer qui passe à 250 francs annuels. Tout cela l'a conduite à la revendre moins de sept ans plus tard, le 11 août 1905, à Émile Gabriel, boulanger à Prauthoy, pour 3 000 francs. L’acte de vente constate qu’elle est en état de vétusté. Au moment de la revente, elle perd donc de l'argent.
En 1906, Marie Magron est encore recensée à Langres chez sa sœur et son beau-frère. Ensuite, elle n'apparaît plus jusqu'en 1931. Le 6 mai 1920, elle est témoin au mariage de son neveu Charles Sommelet avec Lucile Chancrin, à Paris. Elle se déclare sans profession, domiciliée à l'hôpital Saint-Louis, donc à la même adresse que son neveu. Il est fort probable que Charles Sommelet, vieux célibataire lorsqu'il se marie – il a quarante-trois ans – ait eu auprès de lui depuis plusieurs années sa tante pour s'occuper de son ménage. Ce n'est qu'une supposition, mais, avec cette information, après tout ce que l'on sait déjà, il est tentant de penser que le rôle de Marie Magron est celui, choisi ou pas, d'abord d'aider son père, puis sa sœur, et maintenant son neveu. Il n'est pas rare à cette époque, dans les familles, de voir une fille se consacrer à une mission d'aide familiale, au service des autres, probablement au détriment ou au sacrifice de sa propre vie. Au moment de son décès, la table des successions de Langres note qu'elle ne possède rien. Les quelques économies qu'elle avait obtenues lors de la succession de son père ont depuis disparu. Cette place dans la famille s'accompagne aussi d'une forme de dépendance économique, d'abord vis-à-vis de son père, puis ensuite de sa sœur et son beau-frère.
Elle est de retour à Langres, chez sa sœur, avant 1931, peut-être à la suite du décès de son beau-frère Charles Sommelet en novembre 1926. Elle décède le 30 octobre 1931, à soixante-quatorze ans, dans la maison Sommelet de la place Ziegler.
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| Le Petit Haut-Marnais, du 1er novembre 1931 |
Notons que seuls sa sœur et ses enfants avisent du décès. Il n'est fait aucune mention de ses autres frères et sœur. Elle est inhumée à Prauthoy, auprès de ses parents. Elle est le seul enfant Magron à reposer à Prauthoy.
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| Tombe Magron, au cimetière de Prauthoy |
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| Plaque de la tombe Magron, au cimetière de Prauthoy |
Lien vers la généalogie de Marie Magron : cliquez ici.
Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.





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