mardi 21 juillet 2026

Jeanne Magron (1870-1940), ép. Lucien Depardieu, receveur de l'Enregistrement

Marie Jeanne Célina Magron est née à Prauthoy le 23 février 1870. Elle est la fille de Jules Magron et de sa seconde épouse, Céline Prodhon. Comme tous les enfants du second mariage, elle est née dans la maison de commerce de Jules Magron sur la place. Comme souvent, on ne sait rien de son enfance et de sa jeunesse. Elle a vécu à Prauthoy jusqu'à son mariage. Est-ce pour elle que la famille a acheté un piano qui se trouve dans une des chambres du premier étage, comme l'indique l'inventaire après décès des biens de son père, en 1892 ?

Comme tous les enfants du second lit, la liquidation de la succession de son père ne lui est guère favorable. Elle récupère la modeste somme de 1 814 francs et doit par ailleurs se porter caution solidaire, avec son frère Gabriel, de leur mère en garantie des engagements financiers que celle-ci a dû prendre à l'égard de Louise, Ernest et Marie Magron, les enfants du premier lit.

Dans le courant de l'année 1892, un jeune receveur de l'Enregistrement vient prendre la responsabilité du bureau de Prauthoy. Lucien Depardieu est né le 15 avril 1864, à Thiaucourt (Meurthe-et-Moselle). Son père, Charles Depardieu, est un ancien greffier de la justice de paix et propriétaire dans ce bourg situé entre Metz et Nancy. Dès l'âge de vingt ans, Lucien Depardieu intègre l'administration de l'Enregistrement dans laquelle il va faire toute sa carrière. Comme il est d'usage à l'époque, il est très régulièrement muté d'un bureau à un autre, un peu partout en France. Avant Prauthoy, il est receveur à Blamont (Doubs), en 1887-1890, puis à Grand-Bourg (Creuse) en 1891-1892. À Prauthoy, c'est lui qui reçoit Céline Prodhon, veuve Magron et sa belle-fille Marie Magron, le 20 octobre 1892, pour enregistrer la déclaration de succession de Jules Magron qu'elles viennent déposer.

Au-delà de ces relations « administratives » entre lui et la famille Magron, il est clair que d'autres relations se nouent. Toujours est-il que Lucien Depardieu épouse Jeanne Magron, à Prauthoy, le 2 avril 1894. Il a presque trente ans (il lui manque moins de deux semaines). Jeanne Depardieu a vingt-quatre ans. Elle est accompagnée le jour de son mariage par son oncle Gabriel Prodhon, négociant à Reims, et par son frère Gabriel, alors pharmacien à Dijon. Le jeune couple ne va guère pouvoir rester à Prauthoy. Au début de l'année 1894, Lucien Depardieu est nommé à un poste de receveur de l'Enregistrement en Cochinchine (Vietnam). Peut-être a-t-il demandé cette destination avant ses projets matrimoniaux. Maintenant qu'il est marié et, comme on le verra, que sa femme est enceinte, il obtient que cette affectation lointaine soit reportée, mais, dès le mois de juillet 1894, trois mois après son mariage, il est nommé à Charny (Meuse). C'est dans cette bourgade que naît leur première fille, Reine Anne Marguerite, le 10 octobre 1894, six mois après leur mariage… Autant les conceptions d'enfant avant le mariage étaient déjà courantes à l'époque, autant elles étaient rares dans ce milieu de la petite bourgeoisie auquel appartenaient Lucien Depardieu et Jeanne Magron. On peut aussi noter que, contrairement aux usages de ce milieu, ils se marient sans contrat de mariage, ce qui est une nouvelle preuve que la situation financière de Céline Prodhon ne lui permet pas de doter sa fille au moment de ses noces. Celle-ci devra se contenter de ce qu'elle a reçu lors du règlement de la succession de son père et de ce qu'elle touchera lors de la vente des maisons en 1898.

Grâce au Journal de l'Enregistrement et des Domaines, nous pouvons reconstituer la carrière de Lucien Depardieu. Les affectations connues sont :

  • Châlons-sur-Marne (Marne) : 1885-1887, en tant que surnuméraire de l'Enregistrement.
  • Blamont (Doubs) : 1887-1890 (nomination en septembre 1887).
  • Grand-Bourg (Creuse) : 1891-1892.
  • Prauthoy (Haute-Marne) : 1892-1894. Une nomination en Cochinchine juste avant son mariage (avril 1894) a été reportée.
  • Charny (Meuse) :  1894-1895 (nomination en juillet 1894).
  • Plouescat (Finistère) : 1895-1898 (nomination en mai 1895).
  • Le Thillot (Vosges) : 1898-1905 (nomination en juin 1898).
  • Pont-l'Évêque (Calvados) : 1905-1909 (nomination en avril 1905).
  • Pézenas (Hérault) : 1910-1911.
  • Auxerre (Yonne) : 1911-1913 (nomination en décembre 1911).
  • Briey (Meurthe-et-Moselle) : 1913 (nomination en avril 1913).
  • Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) : 1920-1923.
  • Orléans (Loiret) : 1923-1926 (nomination en juin 1923).
  • Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : 1926-1929 (nomination en septembre 1926).

Comme on le constate, il ne reste guère que deux ou trois ans, voire quatre, au même endroit. Les distances entre les différentes affectations sont souvent de plusieurs centaines de kilomètres. Entre Plouescat et l'affectation suivante au Thillot, il y a même mille kilomètres. Autrement dit, la famille ne peut se fixer nulle part et les déménagements sont incessants. Les lieux de naissance de leurs cinq enfants reflètent cette mobilité géographique subie :
  • Reine Anne Marguerite, née à Charny-sur-Meuse (Meuse), le 10 octobre 1894.
  • Jean, né à Plouescat (Finistère), le 2 mai 1896.
  • Geneviève Marie Élisabeth, née au Thillot (Vosges), le 14 avril 1900.
  • Madeleine, née au Thillot (Vosges), le 10 mars 1902 et décédée à Pont-l'Évêque (Calvados), le 8 juillet 1906.
  • Pierre Lucien André, né à Pont-l'Évêque (Calvados), le 30 novembre 1906.

Une condamnation à quinze jours de prison par le tribunal correctionnel de Morlaix en août 1898 jette un jour étrange sur la personnalité de Lucien Depardieu. L'article de La Dépêche de Brest rappelle les faits à l'origine de la condamnation :

Le 27 mai dernier [1898], M. L'Herrou, capitaine de gendarmerie à Morlaix, se rendait chez M. Depardieu (Lucien), âgé de 34 ans, à cette époque receveur de l'enregistrement à Plouescat, actuellement appelé à remplir les mêmes fonctions dans l'Est, et l'interrogeait, en vertu d'ordres de ses chefs, à l'occasion d'une plainte portée par la mère de sa bonne contre la femme d'un gendarme de la brigade de Plouescat.
M. L'Herrou écrivait sous la dictée de M. Depardieu, quand ce dernier, prenant sur son bureau une copie d'un rapport que le capitaine avait adressé à son chef immédiat, lui demanda s'il maintenait les termes de ce rapport. Sur la réponse affirmative du capitaine, M. Depardieu s'écria : « Je ne comprends pas qu'on ait donné des galons à des gens comme vous. »
Le capitaine, après s'être assuré que ces paroles étaient bien à son adresse, riposta : « Vous êtes un insolent ! »
Il prit son képi et sa cravache et sortit immédiatement en ajoutant : « Vous aurez de mes nouvelles. »
Au moment où le capitaine L'Herrou atteignait la porte, M. Depardieu l'apostropha en ces termes : « Vous êtes un drôle et un polisson ! » 

On ne sait pas quelles sont les raisons qui motivent les propos de Lucien Depardieu. Il est pour le moins inhabituel qu'un fonctionnaire public, receveur de l'Enregistrement, injurie un commandant de gendarmerie au point de finir devant un tribunal. Entre représentants de l'autorité de l'État, les conflits se gèrent habituellement de façon plus discrète. Lucien Depardieu ne peut arguer d'une réaction impulsive et irraisonnée motivée par la teneur de l'interrogatoire ou des circonstances. En effet, le journaliste ajoute que, lors du procès, « par le ton de ses réponses, [Lucien Depardieu] a aggravé sa situation ». Cette affaire n'a visiblement pas nui à sa carrière. Elle démontre peut-être une forme de rigidité psychologique chez lui.

Entre 1906 et 1907, alors qu'ils habitent Pont-l'Évêque où Lucien est receveur, Céline Prodhon, veuve Magron, la mère de Jeanne, vient les rejoindre. Âgée de soixante-quinze ans, elle doit quitter Bourbonne-les-Bains où elle habitait depuis une dizaine d'années auprès de son beau-frère Prosper Benoit. Après le décès de celui-ci, en juin 1906, elle se retrouve seule et sans domicile. Elle vient vivre auprès de sa seule fille. Si tant est que la question se soit posée, il n'y a guère de possibilité du côté de ses fils. L'aîné, Gabriel, vient de s'installer à Roubaix et le cadet, Camille, est à l'étranger. Elle décède chez son gendre et sa fille le 18 juillet 1909, à l'âge de soixante-dix-sept ans, dans la maison de la place Vauquelin qu'ils habitent alors. C'est Lucien Depardieu qui va déclarer le décès avec son beau-frère Ernest Magron.

Maison de la place Vauquelin, à Pont-L'Évêque, domicile de la famille Lucien Depardieu
 où est décédée Céline Prodhon, veuve Magron
En haut : carte postale vers 1910 (la maison est à droite) ; en bas : vue actuelle (2024)

Après plus de quarante-cinq ans de carrière, Lucien Depardieu peut faire valoir ses droits à la retraite le 14 août 1929. Le décret lui attribuant une pension de 21 894 francs, avec une majoration pour enfants de 3 284 francs, décompte exactement quarante-cinq ans trois mois et vingt-neuf jours de services, ce qui place son entrée dans la carrière à la mi-avril 1884, soit le jour de ses vingt ans. Au moment de sa mise à la retraite, il est receveur de classe exceptionnelle qui était probablement le plus haut grade auquel il pouvait accéder et est affecté au bureau de Saint-Denis, où il habite au 45, rue de la Légion d'honneur.

Après sa mise à la retraite, Lucien Depardieu et Jeanne Magron s'installent au hameau de Kerpuns, qui se trouvait alors sur le territoire de la commune de Kérity qui a été absorbée par Paimpol en 1960. Ils y sont recensés en 1931, mais ils sont marqués comme absents. Il est vrai qu'à cette même date, ils habitent aussi à Saint-Denis, au 45, rue de la Légion d’honneur. Lucien Depardieu y est inscrit sur les listes électorales de 1928 à 1933, en même temps que son fils Jean. En revanche, ils habitent bien à Kerpuns lors du recensement de 1936. Peut-être parce qu'ils veulent se rapprocher de Paris et de leurs enfants, ils s'installent vers 1937 à Châteauneuf-en-Thymerais (Eure-et-Loir), au 2, place de la Friche [aujourd'hui, place de la Libération], dans un chef-lieu de canton rural situé entre Dreux et Chartres. Rien ne nous a permis de comprendre la raison du choix d'une telle commune avec laquelle aucun membre de la famille ne semble avoir de liens. Lucien Depardieu y est inscrit comme électeur à partir de 1937.

Vue aérienne de la place de la Friche [aujourd'hui place de la Libération], à Châteauneuf-en-Thymerais
Parmi l'alignement de bâtiments au fond de la place, le n° 2 est la maison complètement à droite

Vue actuelle du n° 2, place de la Friche [aujourd'hui place de la Libération], à Châteauneuf-en-Thymerais

C'est là que Jeanne Magron décède la première, le 28 juin 1940, à l'âge de soixante-dix ans. Son mari lui survit deux ans et demi et décède le 2 décembre 1942, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Nous ne savons pas où ils sont enterrés. Peut-être le sont-ils à Prauthoy où il existe une tombe Depardieu-Magron. Les déclarations de succession de l'un et l'autre sont déposées au bureau de Paimpol, ce qui signifie que leur patrimoine principal s'y trouve et que Châteauneuf-en-Thymerais est plutôt une installation temporaire, même s'ils y ont passé entre cinq et sept ans.

La vie de leurs quatre enfants n'est encore connue que de façon lacunaire. Nous avons tout de même pu reconstituer leurs parcours dans les grandes lignes.

Anne Depardieu (1894-1966), institutrice

La première mention que l'on trouve d'elle est le recensement de Paris en 1926. Elle est alors institutrice, à Paris (XVIIIe) et habite au 21, rue Sainte-Isaure. Il est fort probable qu'elle travaille dans l'école qui se trouve en face de son domicile, au 18, rue Sainte-Isaure. Elle y est encore, vingt ans plus tard, en 1946. Après son passage à la retraite, elle habite le même quartier, au 49 bis, rue des Cloÿs. C'est son domicile au moment de son décès, le 11 février 1966. Elle est décédée à Paris (XIVe), 7, rue du Texel [hôpital Léopold Bellan]. Elle ne s'est pas mariée et a toujours vécu seule aux adresses où on la trouve. En 1926, son frère cadet Pierre habite quelque temps avec elle.

École élémentaire, à Paris (XVIIIe), 18, rue Sainte-Isaure
(Source : Wikipédia)


Jean Depardieu (1896-1941), comptable

Au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il vient d'avoir dix-huit ans. Il n'est pas appelé, mais, comme la loi l'autorisait, il peut s'engager. Il habite alors avec ses parents à Toulon et le 21 août 1914, il s'engage pour la durée de la guerre, à la mairie de la ville. Il servira pendant tout le conflit, d'abord au 24e régiment d’infanterie coloniale, puis, à partir du 15 juillet 1916, au 21e régiment d’infanterie coloniale et enfin, à la toute fin de la guerre, à partir du 21 septembre 1918, au 27e bataillon sénégalais. Il est démobilisé le 12 septembre 1919. Il est blessé deux fois. Pour cela, il est évacué d'abord le 20 mai 1915, puis le 7 mai 1917. Il est cité deux fois à l'ordre de son régiment et est décoré de la Croix de guerre, puis, en 1932, il reçoit la Médaille militaire.

À la démobilisation, en 1919, il rejoint ses parents à Saint-Germain-en-Laye, même si, en 1921, il n'est pas recensé avec eux. En septembre 1924, il déclare une adresse au 3, rue Champollion, à Paris (Ve). Il y est recensé en 1926 et travaille alors dans les assurances fluviales. Le recenseur décrit le ménage avec deux personnes, lui et une « amie », Bérénice Lung La, née en Amérique en 1902. On le retrouve deux ans plus tard, toujours à Paris, au 25, rue Lalande, dans le XIVe arr. Puis, entre 1930 et 1933, il est inscrit sur les listes électorales de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, au domicile de ses parents, situé au 45, rue de la Légion d'honneur. Il est alors comptable. On le retrouve ensuite, à partir de 1935, au 12, rue Perdonnet, dans le Xe arr. où, lors du recensement de 1936, il partage de nouveau sa vie avec une « amie », Jeanne Cardon, couturière, née dans les Alpes-Maritimes en 1891. Nouveau changement de domicile en 1937, où il revient dans le centre de Paris, dans le Ve arr., au 19, rue Saint-Jacques. C'est à cette adresse qu'il habite lorsqu'il meurt à l'Hôtel-Dieu de Paris, le 25 octobre 1941, à quarante-cinq ans. Son acte de décès le déclare comptable. On retient de ces quelques informations glanées dans sa fiche matricule et dans les recensements parisiens qu'il a eu une vie instable, entre changements fréquents de domicile et liaisons visiblement éphémères qui ne se transforment pas en mariage. Il est mort célibataire.

Élisabeth Depardieu (1900-1989), pharmacienne

Des quatre enfants Depardieu, elle est probablement la plus brillante. À titre d'exemple, à la fin de l'année scolaire 1913, elle est citée au tableau d'honneur du lycée de jeunes filles d'Auxerre où elle reçoit un premier prix. Elle suit des études de pharmacie, peut-être inspirée par l'exemple de ses oncles Charles Sommelet et Gabriel Magron et de ses cousins germains Henri et Charles Sommelet. Elle a d'ailleurs probablement eu ce dernier comme professeur à la Faculté de pharmacie de Paris (vingt-trois ans séparent les deux cousins). Comme les relations dans cette famille semblent avoir été assez distendues, peut-être n'est-ce qu'une coïncidence qu'elle se soit engagée dans cette activité professionnelle déjà bien représentée dans la famille.

En 1925, lorsqu'elle est admise comme membre de la Société de Chimie biologique, devenue aujourd’hui la Société française de biochimie et de biologie moléculaire (SFBBM), elle est désormais pharmacienne et ancienne interne des Hôpitaux de Paris. Elle habite alors au 29, avenue du Bel-Air, à Bois-Colombes. En janvier 1927, elle acquiert le fonds de commerce de pharmacie de la veuve Moinet, à Cires-lès-Mello, rue de la Ville. Dans cette bourgade de l'Oise de moins de mille cinq cents habitants, elle tient cette officine au moins jusqu'en 1931, lorsqu'elle y est recensée seule. Ensuite, sans que l'on connaisse la date exacte, elle acquiert une pharmacie, à Arnouville-lès-Gonesse, au 10, avenue de Villiers-le-Bel. On l'y retrouve de 1934 jusqu'en 1948. Non seulement, cela la rapproche de Paris, mais aussi lui permet de disposer d'une plus grande zone de chalandise. Cette commune de la banlieue parisienne, aujourd'hui dans le Val-d'Oise, compte alors six mille habitants et est en pleine expansion.

Elle vient ensuite habiter à Paris, dans le XVIe arr., au 5, rue Daumier. La première mention que l'on trouve est en 1964. Elle est toujours qualifiée de pharmacienne, mais nous ne savons pas où elle travaille. Cette adresse sera la sienne jusqu'à son décès, le 12 février 1989, à  l'hôpital Ambroise-Paré, à Boulogne-Billancourt. Comme son frère aîné et sa sœur, elle est restée célibataire.

Pierre Depardieu (1906-1962)

En 1921, il est le seul enfant encore présent dans le ménage de ses parents, à Saint-Germain-en-Laye, au 7, rue de la Surintendance. Il est vrai qu'il n'a que quinze ans, mais travaille déjà comme employé de banque. Quelques années plus tard, il habite avec sa sœur aînée Anne, à Paris (XVIIIe), au 21, rue Sainte-Isaure, comme étudiant. Dix ans plus tard, on le retrouve comme chauffeur, à Paris (Xe), au 67, rue Louis-Blanc où il est voisin de son frère Jean qui habite alors rue Perdonnet, une rue perpendiculaire à la rue Louis-Blanc. Autre point commun avec son frère, il cohabite avec Aline Dupuy, couturière, née dans la Haute-Vienne en 1906, qui est qualifiée d'« amie ». Encore dix ans plus tard, il s'est déplacé dans la banlieue sud, à Clamart, dans un pavillon situé au 5, rue Parmentier. L'agent recenseur note « ingénieur », comme profession, ce qui paraît surprenant pour quelqu'un qui était chauffeur une décennie auparavant. Il est toujours en cohabitation, cette fois-ci avec Marie Morissard, avec qui il finit par se marier quelques mois plus tard, le 8 août, à la mairie de Clamart. Il a alors trente-neuf ans alors que son épouse a trente cinq. Ils n'auront pas d'enfants. Il décède jeune, à l'âge de cinquante-cinq ans, dans la maison familiale de Kerpuns, sur la commune de Paimpol. En l'absence d'enfants, il fait un testament au profit de son épouse qui hérite ainsi du pavillon de Clamart, une petite maison d'un seul niveau, avec une cuisine et trois pièces, surmontées d'un grenier, sur un terrain de 200 m².

Pavillon de Pierre Depardieu et Marie Morissard, à Clamart, 5, rue Parmentier.
Un premier étage a été ajouté postérieurement au décès de Pierre Depardieu

En définitive, aucun des quatre enfants de Lucien Depardieu et Jeanne Magron n'a eu de descendance. Les deux filles sont restées célibataires. Les deux garçons ont cohabité avec plusieurs femmes, ce qui ne manque pas de surprendre. Seul Pierre a régularisé, peut-être tardivement, sa situation. Si, dans ces années-là, aucune famille n'échappe à certaines irrégularités dans la vie de leurs enfants, il est tout de même troublant que sur quatre enfants, aucun n'ait eu le parcours habituel des rejetons de la petite ou moyenne bourgeoisie (le métier de receveur de l'Enregistrement ressort plutôt de cette seconde catégorie), c'est-à-dire un mariage vers vingt-cinq ou trente ans, peut-être un peu plus tôt pour les femmes, et un, deux, voire trois enfants. Comme nous l'avons dit au début de ce message, l'histoire des parents a aussi commencé de façon un peu irrégulière.

Tombe de la famille Depardieu-Magron au cimetière de Prauthoy

Au cimetière de Prauthoy, à côté de la tombe de Jules Magron, se trouve une autre tombe, de facture beaucoup plus récente (années quatre-vingt ?), portant la simple mention « Famille Depardieu-Magron », sans aucune information sur les personnes qui y seraient inhumées. L'histoire de la famille Depardieu ne laisse pourtant pas imaginer un attachement particulier à Prauthoy. Certes, c'est le village natal de Jeanne Magron et le lieu où Lucien Depardieu et Jeanne Magron se sont rencontrés et mariés, ce qui peut justifier une forme d'attachement sentimental. En revanche, quand ils décèdent dans les années quarante, cela fait presque cinquante ans qu'ils n'ont plus de lien avec Prauthoy. Là aussi, cette tombe et ce qu'elle peut signifier comme retour aux sources pour les Depardieu nous interrogent sur cette famille. On aurait pu penser qu'ils chercheraient à se faire enterrer à Kérity où ils ont une maison familiale. 

Lien vers la généalogie de Jeanne Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.

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