mercredi 9 septembre 2026

Camille Magron (1876-1940), polyglotte et expert traducteur juré

Enfance et formation de Camille Magron

Camille Magron est le dernier enfant de la fratrie Magron. Lorsqu’il naît à Prauthoy le 8 janvier 1876, son père a cinquante-sept ans et sa mère quarante-quatre. C’est pourquoi il n’a que seize ans lorsque son père décède en avril 1892. Comme tous ses frères et sœurs du second mariage, son premier prénom est Marie. Ensuite, il porte le prénom de son frère Ernest, probablement son parrain. Enfin, son troisième prénom, qui est son prénom d’usage, est Camille, qui a déjà été porté par un frère né immédiatement avant lui et mort à l’âge de sept semaines.

De tous ses frères et sœurs, il a l’éducation la plus soignée. Il commence sa scolarité à l’école primaire de Prauthoy. Lors des récompenses à la fin de l’année scolaire 1886, il reçoit un livret de la caisse d’épargne déjà crédité de 8 francs. Il poursuit sa scolarité au lycée de Chaumont où, en 1888, alors qu’il termine sa sixième, il fait partie des élèves les plus souvent nommés dans chaque classe, comme le rapporte le compte rendu de la distribution des prix du lycée publié dans Le Petit Champenois. L’année suivante, en 1889, il reçoit huit nominations comme élève de cinquième. Il poursuit sa scolarité à l'École Saint-François de Sales de Dijon. Fondée par le père Christian de Bretenières en 1884, cette école accueille les garçons de la noblesse et de la bourgeoisie de Dijon et de sa région. Grâce aux Bulletin bimensuel de l'École Saint-François de Sales de Dijon, on suit sa scolarité depuis l’année scolaire 1891-1892, alors qu’il est en troisième, jusqu’à la classe de philosophie (actuelle classe de terminale) lorsqu’il obtient son baccalauréat en 1895. Notons d’ailleurs que s’il avait poursuivi sa scolarité normalement, il aurait dû être en troisième en 1890-1891. Nous ne savons pas ce qui explique ce décalage.

S’il apparaît si souvent dans ces bulletins, c’est tout simplement parce qu’il est un bon élève dont le nom est cité dans les « tableaux d’honneur » mensuels ou trimestriels, soit parce qu’il excelle dans une discipline, soit que son comportement général mérite qu’on le nomme, ce qui s’appelle alors la « diligence » qui est une combinaison des appréciations sur : « Application en étude — Travail — Tenue en classe — Succès (leçons et devoirs). » Il n’excelle que dans les matières littéraires : thème grec et latin, version grecque et latine, histoire et géographie, orthographe ou narration française. Sa deuxième place en novembre 1891 et sa première en février 1892 en thème allemand montrent déjà ce goût pour les langues vivantes qui ne fera que croître jusqu’à en faire son métier.

Il est encore très présent dans les tableaux d’honneur en seconde (année scolaire 1892-1893). En revanche, en classe de « philosophie », l’actuelle terminale, il est nettement moins nommé. Il semble d’ailleurs avoir fait deux années de « philosophie », en 1893-1894 et 1894-1895 et aucune de « rhétorique », l’actuelle première. La dernière mention dans ce bulletin est sa réussite au baccalauréat, à la session de novembre 1895.

Enfin, mention d'une autre nature que l’on trouve dans un bulletin, le mardi 29 mars 1892, lorsqu'une « séance dramatique » est offerte par les élèves de troisième à l'évêque de Dijon à l'occasion du huitième anniversaire de la fondation de l'école. Il s’agit d’une pièce en quatre actes, Scander-Bey, dans laquelle Camille Magron joue le rôle de Mouds, cousin de Scander-Bey.

Après le baccalauréat, il n’a pas poursuivi d’études supérieures en France, peut-être parce que sa mère, dont on a vu la situation financière difficile, n’est pas en mesure de les lui offrir. Peut-être est-ce aussi par goût, car, lors du recensement militaire de la classe 1896 à laquelle il appartient, il est étudiant à Berlin, ce qui lui permet sûrement de parfaire sa connaissance de l’allemand qu’il étudiait déjà au collège. On trouve son nom dans l'Amtliches verzeichnis des personals und der studirenden auf der Königl. Friedrich-Wilhelms-universität zu Berlin [Annuaire officiel du personnel et des étudiants de l'Université royale Frédéric-Guillaume de Berlin], des années universitaires 1896-1897 et 1897-1898 (l’année universitaire va d’octobre en mars). On comprend qu’il suit un cursus de langue (« philol » pour philologie).

Extrait de la Amtliches verzeichnis …, de l'année universitaire 1896-1897


Université royale Frédéric-Guillaume de Berlin, vers 1900 (aujourd'hui Université Humboldt)

C’est d’ailleurs dans cette ville qu’il passe devant le conseil de révision qui l’exempte du service militaire pour « lésion organique du cœur ». Deux ans plus tard, en septembre 1898, lorsque sa mère et ses frères et sœurs décident de vendre les maisons de Prauthoy, il est désormais étudiant à Akkerman, en Russie. Cette cité au bord de la mer Noire s’appelle désormais Bilhorod-Dnistrovskyï et se trouve en Ukraine. C’est dans cette ville qu’il signe la procuration conjointe avec sa mère qui donne pouvoir à Alexandre Flocard, propriétaire à Aubigny-sous-Vaux.

Camille Magron, professeur de langues et représentant de commerce

Malheureusement, il n’y a plus aucun acte notarié qui permette de le suivre dans ses déplacements de 1898 jusqu’en 1903. Tout laisse à penser qu’il a passé les cinq années suivantes en Russie, plus précisément en Ukraine, jusqu’à son mariage le 14 avril 1903. Ce jour-là, en l’église catholique de Poltava, en Ukraine, Camille Magron, maître de langue française à l’Institut des jeunes filles nobles de la ville, épouse Louise Vianello, une jeune fille de dix-huit ans, originaire de Venise, qui réside alors à Poltava.

L’Institut des jeunes filles nobles de Poltava a été créé par un ordre impérial d’Alexandre Ier en date du 20 février 1817 qui institutionnalisait des fondations privées antérieures comme celle de Praskovia Iakovlevna Bakourinskaïa (1784-1815), épouse de Semion Mikhaïlovitch Kotchoubeï (1778-1835) pour l’éducation des jeunes filles pauvres de la noblesse. Cet institut devint une institution d’État en 1827, à l’image d’institutions similaires existant en Russie, en particulier à Moscou et à Saint-Pétersbourg. L’institut de Poltava est le premier parmi les villes de province et le sixième de tout l'Empire russe. Il offrait une éducation esthétique et morale et donnait le droit de devenir préceptrice des enfants de la noblesse et des membres du clergé. Comme il se doit, le programme comportait l’enseignement des langues étrangères, en particulier du français qui jouissait alors d’un grand prestige au sein de l’élite russe.

Vue actuelle des bâtiments de l’Institut des jeunes filles nobles de Poltava

Cet institut a disparu en 1917. Lorsque Camille Magron y enseigne, il est hébergé dans un bâtiment construit par l'architecte russe d'origine française Louis Charlemagne-Baudet qui abrite aujourd’hui l’Université nationale technique Youri Kondratyouk de Poltava (notice Wikipédia en russe de l'Institut).

Si la raison de la présence de Camille Magron à Poltava s’explique bien, nous n’avons aucune information sur celle de Louise Vianello et de ses parents.

Camille Magron et Louise Vianello habitent toujours à Poltava lorsque naît leur premier fils, Roland, le 15 janvier 1904. Ensuite, lorsque la mère de Camille fait son testament, en septembre 1908, le couple vit alors à Venise, où Camille est employé de commerce. C’est dans cette ville que naît leur deuxième fils, Olivier, le 8 février 1909. Ils y vivent encore au moment du décès de la mère de Camille en juillet 1909 (a-t-il parcouru les mille trois cents kilomètres entre Venise et Pont-l'Évêque pour ses obsèques ?) et de sa déclaration de succession en janvier 1910.

Comme pour tous les enfants du second lit, la liquidation de la succession de son père ne lui a guère été favorable. Il a récupéré la modeste somme de 1 814 francs qui a été plus tard complétée avec sa part dans la vente des quelques terres et surtout des maisons de Prauthoy qui s’élève à 1 305 francs, soit 4/36e (11 %) du total. La succession de sa mère, malgré ses pertes financières, lui permet de récupérer un peu de patrimoine. Dans son testament du 20 septembre 1908, qu’elle passe devant un notaire de Bourbonne-les-Bains, Céline Prodhon, veuve Magron, lègue à son fils la moitié de la propriété qu’elle possède à Verseilles-le-Bas, qui lui vient de son père. C’est une maison de campagne, avec un jardin et un terrain clos de murs d’un peu plus de deux hectares. L’autre moitié de cette propriété est léguée à Jeanne Magron, ép. Depardieu. Après le décès de sa mère, Camille se retrouve en possession d’une maison très éloignée de là où il vit et qui ne lui rapporte quasiment rien. En 1908, la propriété est louée pour 84 francs par an, soit la moitié (42 francs) pour Camille. Avec sa sœur, ils décident de la vendre. L’éloignement de celui-ci, qui vit à Venise en 1909, puis à Turin en 1911, explique probablement le délai entre le décès de leur mère et la vente effective de cette propriété qui n’a lieu que le 17 août 1911. Elle est adjugée pour 8 000 francs, à Paul Petitot, cultivateur, à Verseilles-le-Bas, et son épouse, soit 4 000 francs pour Camille. Avec cette vente, le dernier lien des enfants Magron du second lit avec la Haute-Marne, le pays de leurs ancêtres, est définitivement rompu.

Dans le cours de l’année 1910, Camille Magron et Louise Vianello viennent se fixer avec leurs fils à Paris d’où ils ne bougeront plus. Lorsque leur naît une fille, Hélène, leur troisième et dernier enfant, le 25 septembre 1910, ils habitent au n° 9 de la rue du Parc-de-Montsouris, dans le XIVe arrondissement, qui, comme son nom l’indique, est proche du parc du même nom. Camille Magron est alors qualifié de professeur de langues vivantes. Quelques mois plus tard, le 31 juillet 1911, lorsqu’il signe la procuration pour la vente de la propriété de sa mère, à Verseilles-le-Bas, il est qualifié de représentant de commerce, à cette même adresse parisienne. Pourtant, cette procuration est signée de Turin où il se trouve.

Paris (XIVe), 9, rue du Parc-de-Montsouris

Pour la période qui va de 1911 à 1922, nous ne savons pas quelle est son activité professionnelle. Est-il toujours professeur de langues vivantes ? Représentant de commerce ? En revanche, vers 1915, la famille change complètement de quartier et vient habiter au n° 6, rue de Béarn, dans le Marais, derrière la place des Vosges.

Camille Magron, expert-traducteur-juré auprès du tribunal de la Seine

En 1922, pour la première fois, Camille Magron apparaît dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin, comme expert-traducteur-juré, auprès du tribunal de la Seine. Il a alors deux adresses, celle de son domicile de la rue de Béarn et une autre, dans le IXe arrondissement, au 12, rue de Caumartin, près du boulevard des Italiens. 

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1922

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1923

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1923

Ensuite, dans toutes les annonces jusqu’en 1931, son adresse n’est plus que la rue de Béarn. Dans les premières annonces, il ne propose que huit langues : allemand, anglais, bulgare, espagnol, italien, portugais, russe et serbe. Le temps passant, il enrichit son offre avec de nouvelles langues jusqu’à pouvoir proposer ses services en douze langues ! 

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1929
Il propose onze langues

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1930
Il ajoute le tchèque à la liste déjà longue

Comme ce ne sont que les langues pour lesquelles son niveau d’expertise lui permet d’être traducteur ou interprète, on n'ose imaginer le nombre de langues pour lesquelles il n’avait que des notions ! D'ailleurs, le hollandais – on dirait aujourd'hui le néerlandais – qu'il proposait en 1923 a vite disparu. Ce petit article d'Excelsior se moque gentiment de lui en ajoutant le français à la liste déjà longue des douze langues qu'il propose.

Excelsior, du 27 mars 1934

Vers 1931, il change d’adresse professionnelle et s’installe désormais au n° 21, place des Voges, à une centaine de mètres de la précédente adresse.

Dans la presse de l’époque, son nom apparaît souvent comme interprète lors de procès. En juillet 1932, lors du procès de Paul Gorgulov, qui a assassiné le président de la République Gaston Doumer, le 7 mai 1932, il est appelé à partager son appréciation à propos d’un roman en russe du prévenu (il n’est pas clair s’il en a été le traducteur). Son jugement est sans appel : « Certains passages sont complètement incompréhensibles. Toute analyse littéraire est presque impossible… »

Camille Magron a aussi été secrétaire adjoint de l’association des traducteurs-jurés (mentions en 1929 et 1930).

Avec un certain sens de l’opportunisme, après l’occupation de Paris par les Allemands, en juin 1940, il propose ses services de traducteur, comme dans cette annonce parue dans Le Matin :

Le Matin, du 29 septembre 1940

Il répète plusieurs fois cette annonce jusqu’à son décès.

Domiciles parisiens

Paris (IIIe), 6, rue de Béarn (immeuble à gauche, à l'angle de la rue Roger-Verlomme, ancienne impasse de Béarn)
Au fond, le pavillon de la Reine et la place des Vosges

La famille a eu plusieurs domiciles dans le Marais. Le premier, comme on l’a vu ci-dessus se trouve au n° 6, rue de Béarn. La première mention est en 1915. La famille y est recensée en 1926, sauf qu’à cette date, seuls s’y trouvent Louise Vianello avec ses enfants Olivier et Hélène. Le père, Camille, est recensé seul, non loin de là, au 9, rue Saint-Gilles. C’est aussi à cette seule date, avant le décès de Camille, que Louise Vianello a une occupation professionnelle comme couturière. Y a-t-il comme un parfum de séparation ? En définitive, on n'entendra plus parler de la rue Saint-Gilles et l’adresse la plus habituelle de Camille Magron et sa famille jusqu’en 1930 est la rue de Béarn. C’est en même temps l’adresse du domicile familial et l’adresse professionnelle. 

Ensuite, vers 1931, les deux seront distinctes. En effet, lors du recensement de 1931, toute la famille réunie habite au n° 27, rue des Francs-Bourgeois, dans un immeuble qui, au vu de son style et de sa façade en briques, vient d’être construit. Un an plus tard, c’est dans cet appartement que décède le fils cadet, Olivier, le 11 juillet 1932, à vingt-trois ans. La famille déménage ensuite à quelques dizaines de mètres de là dans l’ancien hôtel de Marle, au n° 11, rue Payenne. 

Paris (IIIe), 11, rue Payenne, cour de l'hôtel de Marle (photographie ancienne)
source : Paris, Bibliothèques spécialisées

Cet hôtel historique qui abrite aujourd’hui l’Institut suédois depuis 1971 était alors, comme la plupart des hôtels particuliers du Marais en fort mauvais état comme le montre cette photo.

Hôtel de Marle, état avant restauration
source : site de l'Institut suédois 

Le beau jardin actuel qui donne sur la rue Elzévir était alors recouvert d'un hangar qui servait de garage. La famille y a vécu au moins depuis 1936 jusqu’à l’achat du bâtiment par la Suède en 1965 et aux travaux de restauration avant l’ouverture du centre.

Hôtel de Marle, entrée sur la rue Payenne
source : POP - Plateforme ouverte du patrimoine

La famille Magron partage cet hôtel avec deux artistes. Le premier est l’écrivain André Pieyre de Mandriargues (1909-1991) qui achète deux appartements en 1935 et vient y habiter à cette date. La seconde est Leonor Fini (1907-1996), une artiste peintre d’origine argentine qui a une liaison avec l’écrivain depuis 1931. Celui-ci l’installe dans l’un des deux appartements. Même après la fin de leur relation, ils continuent de vivre côte à côte dans l’hôtel de Marle. Après-guerre, ils sont rejoints par Sforzino Sforza (1916-1977), fils de l'ex-ministre italien des Affaires étrangères, antifasciste de la première heure. Les trois sont recensés à cette adresse, en 1946, en même temps que Louise Vianello, veuve Magron, et sa fille Hélène. Leonor Fini a vécu rue Payenne jusqu’au début des années soixante lorsqu’elle est allé habiter rue La Vrillière.

Leonor Fini, dans son atelier, rue Payenne, en 1952
Sur la relation d'André Pieyre de Mandriargues et Leonor Fini et la rue Payenne, voir cette notice

Au même moment, la famille Magron a aussi une adresse sur la prestigieuse place des Vosges, au n° 21, qui est mentionnée pour la première fois en 1932 et qui semble surtout être liée à l’activité professionnelle de Camille Magron. C’est pourtant le domicile qui est indiqué dans son acte de décès en novembre 1940. Comme en 1926, il n’est pas exclu que Camille Magron fasse « appartement à part » avec le reste de la famille. Dans les années qui suivent, les Magron conservent les deux adresses de la rue Payenne et de la place des Vosges. En 1964, la première est l’adresse de Roland Magron lors de son décès. En 1967, la seconde est le domicile où décède Louise Vianello, veuve Magron. Entre ces deux dates, la famille a dû quitter l’hôtel de la rue Payenne qui venait d’être acquis par la Suède pour y loger le Centre culturel suédois, devenu l’Institut suédois.

Les dernières années de Camille Magron et Louise Vianello

Camille Magron meurt le 2 novembre 1940, dans son domicile au 21, place des Vosges. Il n’a que soixante-quatre ans. Il est probable que ce décès ait été assez brutal car, comme on l’a vu, il passe encore des annonces pour proposer ses services de traducteur le jour de son décès. L’entrée à son nom dans la table des successions de 1940 du 4e bureau de la Seine permet de constater qu’il ne laisse aucun bien ni mobilier, ni immobilier, au moment de son décès. Comme son frère Gabriel, il ne semble pas avoir hérité de leur père cette constance et cette détermination à amasser un patrimoine.

Après son décès, sa veuve reprend la suite comme traductrice assermentée, peut-être seulement pour l’italien. On trouve une première mention en 1946. Elle continue à vivre rue Payenne avec ses enfants où elle est recensée en 1946 avec sa seule fille Hélène. En revanche, l’adresse professionnelle reste celle de la place des Vosges. Il existait encore, il y a quelques années, une plaque professionnelle à gauche de la porte cochère au nom de L. Magron. Elle a disparu depuis.

Vers 1965, la famille doit quitter le 11, rue Payenne et venir vivre place des Vosges. C’est là que Louise Vianello meurt le 5 février 1967 à quatre-vingt-deux ans. Malgré son âge, elle est encore qualifiée d’« expert traducteur » dans son acte de décès. Ensuite, Hélène Magron a vécu au 21, place des Vosges jusqu’à son décès en 1998.

À un moment de sa vie, Camille Magron a visiblement ressenti le besoin de rechercher ses origines. Sa petite-fille m’a communiqué les quelques notes qu’il avait prises dans les registres paroissiaux de Prauthoy. 

Notes, sans date, de Camille Magron,
relevées dans les registres paroissiaux de Prauthoy

Comme on le voit, il n’est pas remonté très loin, mais peut-être le temps lui a-t-il manqué pour cela. Savait-il seulement que son grand-père, mort vingt ans avant sa naissance, venait des Vosges ? Comme on l’a vu, il a quitté Prauthoy très jeune. Plus aucune famille ne l’y rattachait. Ses liens avec ses frères et sœurs semblent avoir été assez distendus. Mon grand-père nous avait parlé de son existence et de son don pour les langues, mais sans plus de renseignements alors qu’il s’agissait de son oncle. Nous avons eu quelques contacts avec Hélène Magron, en particulier un échange téléphonique vers 1986 ou 1987.  Selon elle, une des raisons de cet éloignement trouvait sa source dans les règlements des successions qui avaient eu lieu alors qu’il était à l’étranger et où il aurait été floué.

Camille Magron et Louis Vianello ont eu trois enfants :

  • Roland, né à Poltava (Ukraine) le 15 janvier 1904.
  • Olivier Camille, né à Venise le 8 février 1909.
  • Hélène Marie Louise, née à Paris (XIVe) le 25 septembre 1910. 

Roland Magron (1904-1964)

Peut-être est-ce lui qui est indiqué, avec la seule initiale R. et le nom de Magron, comme traducteur au 12, rue de Caumartin, dans le IXe arrondissement. dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin, de 1926. Si c’est le cas, il n’a pas persévéré dans cette voie. En 1931, il est recensé avec ses parents et son frère et sa sœur au 27, rue des Francs-Bourgeois, comme représentant de commerce. Il n’apparaît pas dans le recensement de 1936, mais, grâce à un article du Petit Havre du 4 Mai 1939, on apprend que Roland Magron, représentant de commerce, demeurant, 11, rue Payenne, à Paris (3e), « qui se trouvait en déplacement à la foire du Havre » s’est fait voler son cabriolet dans la nuit du 20 au 21 avril 1939. Comme on le voit, il est toujours représentant de commerce et son adresse personnelle est toujours le domicile parisien de la famille Magron rue Payenne. Il se marie tardivement le 22 novembre 1951, à la mairie du IIIe arrondissement, avec Gisèle Renard. Il a quarante-sept ans et elle vingt-huit. Elle a déjà été mariée avec Georges Pierron, dont elle a divorcé en avril 1949. Ils n’ont eu qu’une fille, Laurence, qui vit aujourd'hui à Montpellier, avec laquelle j’ai été en relation il y a quelques années.

Roland Magron est mort à Paris, à son domicile de la rue Payenne le 19 novembre 1964 à tout juste soixante ans. Son acte de décès le qualifie de chef vendeur.

Olivier Magron (1909-1932)

Dès le recensement de 1926, alors qu’il n’est âgé que de dix-sept ans, il est qualifié d’ouvrier-dessinateur. Cinq ans plus tard, il est toujours dessinateur et, autant que l’on arrive à lire la mention manuscrite dans le recensement, son employeur semble être « Intransigeant ». S’agit-il du journal l’Intransigeant ? Il décède quelques mois plus tard, le 11 juillet 1932, au domicile de ses parents, au 27, rue des Francs-Bourgeois. Son acte de décès le déclare sans profession. C’est tout ce que l’on sait de sa courte vie, car il est mort à vingt-trois ans.

Hélène Magron (1910-1998)

Hélène Magron ne s’est jamais mariée et est restée avec sa mère. Les quelques mentions d’activité professionnelle sont secrétaire, en 1931, et sténo-dactylo, en 1936. Au moment de son décès, elle est qualifiée de retraitée. Elle est morte pendant ses vacances au village de vacances (V.V.F.) de Giens, 406, avenue de l'Estérel. Son adresse personnelle est encore le 21, place des Vosges. Selon sa nièce Laurence Magron, elle a poursuivi la tradition familiale en étant aussi traductrice assermentée.

Lien vers la généalogie de Camille Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.

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