lundi 21 septembre 2026

Joseph Magron (1771-1817) et sa descendance

Notre ancêtre Valentin Magron [96] (1748-1801), de Vexaincourt, a eu, de son premier mariage avec Odile Vigneron, trois enfants qui ont atteint l'âge adulte :

  • Joseph, né à Vexaincourt le 6 décembre 1771.
  • Marie, née vers 1776.
  • Barthélémy, né à Vexaincourt le 15 mai 1787.

et un fils de son second mariage avec Barbe Ducarme :

  • Nicolas Valentin, né à Vexaincourt le 1er floréal an VI [20 avril 1798].

Cet article est consacré au fils aîné Joseph, dont nous avons tenté d'établir la descendance la plus complète possible jusqu'à nos jours.

Joseph Magron (1771-1817)

Joseph Magron s'est marié le 13 floréal an VI [2 mai 1798]. Ce jour-là, il est qualifié de manœuvre, à Vexaincourt. Son épouse est une jeune fille du même village, Marie Anne Durand qui n'a que dix-sept ans. La lacune importante dans l'état civil de Vexaincourt entre l'an VIII (1800) et 1843, due aux destructions de la dernière guerre, nous empêche d'avoir la liste complète de leurs enfants, en particulier de ceux qui sont morts jeunes ou en naissant. En définitive, nous ne connaissons que les trois qui ont survécu, tous les trois nés à Vexaincourt  :

  • Valentin, né le 10 décembre 1808.
  • Jean Baptiste, né en 1812.
  • Marie, née le 3 janvier 1815.

Au total, la descendance de ces trois enfants représente 77 personnes jusqu'à nos jours, avec des situations contrastées, selon les enfants :

Comme on le constate sur cet arbre généalogique simplifié, il n'existe aucun descendant portant le nom de Magron, dans cette branche. Nous allons décrire brièvement les familles du fils aîné Valentin et de la fille cadette Marie, puis nous consacrerons une notice plus importante au second fils Jean Baptiste.

Valentin Magron (1808-1882)

Des trois enfants, c'est lui qui laisse la descendance la plus nombreuse. D'abord cordonnier dans son village natal de Vexaincourt, il part s'installer vers 1850 à la Neuveville-lès-Raon, une commune située sur la rive gauche de la Meurthe, proche de Raon-l'Étape qui se situe sur l'autre rive. Les deux communes ont fusionné en 1947. Avec sa famille, il se rapproche d'un centre industriel qui offre des opportunités plus nombreuses de travail. Son seul fils, Jean Joseph Magron (1850-ap. 1911), est ouvrier d'usine, à La Neuveville-lès-Raon, au moment de son mariage (1881) et dans tous les actes le concernant jusqu'en 1911 (dernière mention). Dans le recensement de 1901, il est précisé qu'il est bonnetier, chez Amos frères et Cie et dans celui de 1911, chaussonnier, dans le même établissement. C'est une entreprise importante implantée dans cette commune. Il n'a pas eu d'enfants. Sa sœur, Suzanne Magron (1843-1918) épouse un tonnelier et flotteur de La Neuveville-lès-Raon, Auguste Perrin (1843-1883). Avec lui, on retrouve deux métiers liés directement au bois. Le second est plus spécifique à la région. En effet, les troncs débités dans les forêts de la vallée de la Plaine descendaient par flottage par la rivière jusqu'à Raon-l'Étape, puis étaient acheminés, toujours par flottage, vers Nancy, par la Meurthe. Le métier de flotteur consistait à conduire ces assemblages de troncs sur les rivières, comme on le voit sur ces deux images :


Raon-l'Étape est considérée comme la capitale régionale du flottage. Mort jeune, Auguste Perrin laisse cinq enfants vivants. Dans cette descendance, on trouve de nombreux ouvriers ou ouvrières d'usine, plus particulièrement des chaussonnier ou chaussonnières, car c'était la spécialité de l'entreprise Amos dont l'usine de Raon-l'Étape n'a disparu qu'en 1978. On trouve aussi de nombreux mécaniciens qui trouvent à s'embaucher dans les usines de la ville. En définitive, cette branche est restée très implantée dans cette région. Les seules migrations que l'on y trouve sont, assez logiquement, vers la région de Nancy et en région parisienne, qui étaient les destinations les plus habituelles des migrants vosgiens. Il n'y a guère de faits ou de personnalités notables dans cette branche de la famille.

Marie Magron (1815-1886), ép. Valentin

La fille cadette s'est mariée en 1831, à l'âge de seize ans, avec un manœuvre de Vexaincourt, Joseph Valentin. Il est mort accidentellement en 1867, au lieu-dit de La Charaille, à Raon-lès-Leau, « écrasé sous une roche en travaillant à la nouvelle route que l'administration forestière fait construire, passant en cet endroit. […] la mort a été instantanée. » Leur fils aîné, Jean Baptiste Valentin, est mort lors de la guerre de Crimée. Le 10 novembre 1855, il est admis à l'ambulance militaire de Kamiesch (Crimée) où il  décède le 22, par suite de diarrhée chronique. Il n'a alors que vingt-et-un ans. Leur fils cadet, Joseph (1838-1891), bûcheron à Vexaincourt, est décédé  à l'asile d'aliénés de Meurthe-et-Moselle, à Laxou, à côté de Nancy. On perd ensuite la trace de sa seule fille, Marie Valentine Valentin, née en 1874. C'est ainsi que, provisoirement, se termine l'histoire de cette branche. Peut-être, un jour, il sera possible de retrouver la trace de cette fille et de son éventuelle descendance.

Jean Batiste Magron (1812-1899)

Autant la famille du fils aîné, Valentin, et celle de la cadette, Marie, sont restées enracinées dans les Vosges et les régions voisines, autant le destin de Jean Baptiste, le second fils, et l'histoire de sa descendance offrent plus de variété géographique, sociale et professionnelle.

Jean Baptiste, né vers 1812, épouse le 14 novembre 1842 une jeune fille de Vexaincourt, Antoinette Décieux (parfois orthographié Descieux), habituellement prénommée Toinette. Les métiers de Jean Baptiste à Vexaincourt sont ceux de ses ancêtres et de ses cousins restés au pays et plus généralement des hommes de Vexaincourt et de la vallée de la Plaine : manœuvre (1842), bûcheron (1845-1849) et cultivateur (1866-1886).

Jean Baptiste Magron et Toinette Décieux n’ont eu que deux enfants dont les vies sont, à la différence de celles de leurs parents, en totale rupture avec l’histoire familiale dans les Vosges :

  • Marie, née à Vexaincourt le 30 mai 1843.
  • Jean Baptiste, né à Vexaincourt le 5 octobre 1845.

Marie Magron (1843-ap. 1902), ép. Jean Adolphe Jobert

Comme nous l’avons souvent rencontré dans nos généalogies, beaucoup de jeunes gens au XIXe siècle choisissaient l’armée comme carrière. Souvent, il s’agissait d’échapper à une vie médiocre et sans avenir s’ils restaient au village. Pour certains, il y avait sûrement le goût de l’aventure ou l’envie d’échapper à l’univers borné de leur environnement quotidien. Même si l’on ne connait quasiment rien de ses premières années, c’est le cas de Jean Adolphe Jobert, né en 1839, dans le ménage d’un modeste artisan de Charmes-sur-Rhône. Son père est bénatier, c’est-à-dire qu’il fabrique des bénates, des grands paniers ou des hottes en osier utilisés pour transporter le sel ou les vendanges.

En mai 1860, à l’âge de vingt ans, Jean Adolphe Jobert est appelé sous les drapeaux comme tous les jeunes gens de son âge. Habitant désormais la Drôme, il intègre le 20e régiment d’artillerie à cheval qui vient d’être formé à Valence. Il suit ensuite son régiment dans ses différentes garnisons. En 1865, rattaché à la 3e batterie, il se trouve à Lunéville où, malgré les cinquante kilomètres qui le séparent de Vexaincourt, il rencontre la jeune Marie Magron. À la fin de son temps de service, au lieu de revenir à la vie civile, il poursuit sa carrière militaire dans la gendarmerie à cheval. Il est alors affecté à la brigade de Buis-les-Baronnies, dans la Drôme, plus proche de sa région d’origine et d’Allex où vit son père, alors tonnelier. Désormais engagé dans une nouvelle carrière, Jean Adolphe Jobert peut se marier avec la jeune fille qu’il a rencontrée pendant sa vie de garnison.

Le 7 juin 1866, Jean Adolphe Jobert et Marie Magron se marient à Vexaincourt. La jeune épouse est accompagnée par son frère Jean Baptiste et son oncle Joseph Descieux, adjoint au maire de Vexaincourt. Le jeune marié a pour témoins deux sous-officiers du 20e régiment d’artillerie, en garnison à Lunéville.

Le jeune couple part s’installer à Buis-les-Baronnies (Drôme), place du Marché. Quel contraste pour Marie Magron entre sa vallée natale, à la forêt sombre et au climat rude, et son nouveau lieu de vie, avec son ciel provençal et sa végétation méditerranéenne.

Nous avons pu reconstituer la carrière de Jean Adolphe Jobert jusqu’à sa mise à la retraite en août 1885 après vingt-cinq ans, trois mois et quatre jours de services.

  • Gendarme, à Buis-les-Baronnies (Drôme), place du Marché, au moment de son mariage (1866) et en 1867.
  • Gendarme à cheval, à Suze-la-Rousse (Drôme), à la caserne de gendarmerie : 1870.
  • Brigadier de gendarmerie, à Condrieu (Rhône), à la caserne de gendarmerie, Route Nationale 86 : 1872.
  • Brigadier de gendarmerie à cheval, à Grignan (Drôme), place du Jeu du Ballon, à la caserne de gendarmerie : 1874.
  • Brigadier de gendarmerie à cheval, à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) : 1874-1879, où il est recensé en 1876 à la gendarmerie, avec sa famille.
  • Il est muté en 1879 à la 5e brigade de Lyon.
  • Il est mis à la retraite en août 1885 comme maréchal des logis, brigadier à la compagnie de gendarmerie du Rhône.

Comme on le voit, la promotion interne lui a permis d’accéder au rang de sous-officier. Quelques mois avant sa mise à la retraite, il est décoré de la Médaille militaire, par décret du 27 décembre 1884.

Pendant ces années, quatre garçons naissent, dont les lieux de naissance reflètent les changements d’affectation.

  • Louis Adolphe, né à Buis-les-Baronnies (Drôme) le 15 août 1867.
  • Léon Adolphe, né à Suze-la-Rousse (Drôme) le 29 novembre 1870.
  • Lucien Adolphe, né à Grignan (Drôme) le 11 avril 1874.
  • Léopold Claude François, né à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) le 10 juillet 1876.

Après sa mise à la retraite, Jean Adolphe Jobert et Marie Magron ont une activité de loueurs de garnis, à Lyon. En 1896 au moment du décès de Jean Adolphe Jobert, ils louent un immeuble entier, au 17, rue Thomassin, dans la presqu'île. La famille habite au premier étage et sous-loue en garni les chambres des deuxième et troisième étages. Au rez-de-chaussée, une pièce qui donne sur la rue sert de comptoir dans lequel on trouve un billard et, pour l'anecdote, un chien de race molosse et une cage avec trois serins. Le notaire précise qu'un des serins appartient au fils Léopold. 

Lyon (IIe), 17, rue Thomassin
(au centre de l'image, immédiatement après le restaurant)

Mais ce n'est pas tout. Au même moment, ils louent deux autres appartements, au 26, rue Sainte-Hélène et au 58, rue Saint-Joseph, aujourd'hui rue Auguste-Comte qu’ils sous-louent en garni. À cela, s’ajoute une activité de voitures de louage, ce que confirme cet entrefilet :

Le Progrès, du 27 novembre 1891

Comme si tout cela ne suffisait pas, ils organisent des promenades pour les enfants sur la place Bellecour dans une petite voiture à quatre roues tirée par des chèvres. Pour cela, ils disposent d'une remise et d'une écurie dans un immeuble au n° 4, place Bellecour.

La voiture aux chèvres, place Bellecour, carte postale colorisée, vers 1900
Source : Bibliothèque municipale de Lyon

Ces différentes activités sont rendues nécessaires, à cause du faible montant de la pension de Jean Adolphe Jobert qui est de 997 francs par an, ce qui est insuffisant pour faire vivre une famille avec trois garçons.

En 1891, la famille habite au 33, rue Franklin. En 1896, lors du recensement, Jean Adolphe Jobert vit aux Échets, un hameau de la commune de Miribel dans l'Ain, où il loue une propriété. Au moment de son décès, on n’y trouvera que soixante poules et quatorze lapins. Quant à son épouse, Marie Magron, elle habite au 17, rue Thomassin avec ses deux fils Lucien et Léopold et son père Jean Baptiste Magron qui est venu la rejoindre à Lyon. Désormais âgé de quatre-vingt-quatre ans, il ne peut plus vivre seul à Vexaincourt.

Jean Adolphe Jobert décède le 24 juillet 1896 à l'infirmerie protestante à la Croix-Rousse, au 2, rue Pierre-Dupont. Il est âgé de cinquante-six ans. Il laisse une modeste succession de 1 922 francs, selon l'inventaire après décès fait par Me Hugues d’Aubarède, notaire à Lyon. On peut se demander s'il n'y a pas une part de dissimulation dans cette déclaration. En effet, deux ans plus tôt, on apprenait par un article de journal qu'il possédait 17 000 francs en titres, même s’il venait de se les faire voler. Les deux voyous, ne sachant que faire de ces titres, les avaient jetés dans un égout.

Le Progrès, du 23 mars 1894

Nous reviendrons plus loin sur le fils aîné qui est le seul à avoir laissé une postérité. Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pas trouvé le décès du second fils qui est probablement mort entre 1876 et 1890. Ce qui est certain est qu’en 1896, au moment de la succession de son père, il est déjà décédé sans postérité.

Le troisième fils, Lucien, est garçon de café et habite chez ses parents, à Lyon (IIe), 17, rue Thomassin lorsqu’il va déclarer le décès de son père. Il n’habite ensuite plus avec sa mère à Lyon et on le retrouve comme comptable, à Reims, 60, faubourg Cérès, au moment de son décès, en 1897, à l’hôpital civil de Reims.

Enfin, le fils cadet, Léopold, est recensé, en 1886, à Vexaincourt avec son grand-père Jean Baptiste Magron. En 1896, il est coiffeur, à Lyon (IIe), 17, rue Thomassin, au moment du recrutement militaire. Il est exempté pour perforation du tympan droit. Comme ses deux autres frères, il meurt jeune, à vingt-deux ans, à Lyon (IIe), 58, rue Saint-Joseph [rue Auguste Comte], chez sa mère. Il est alors qualifié d’employé.

Après le décès de son mari, on trouve encore la trace de Marie Magron en 1901. Elle est alors lingère et habite seule dans un des appartements qu'ils louaient en 1896, au 58, rue Saint-Joseph [rue Auguste Comte]. Entre-temps, son père Jean Baptiste Magron est décédé à Lyon, au 35, rue Franklin, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.

La dernière trace que l’on ait de Marie Magron, veuve Jobert, est l’acte de décès de son fils cadet Léopold, en 1902. Ensuite, il nous a été impossible de trouver son décès, malgré les multiples relevés qui sont mis à disposition. À cette date, sa seule famille est sa belle-fille et ses trois petits-enfants qui vivent alors à Lyon. On n’imagine pas qu’elle s’en soit éloignée. Pourtant, malgré cela, il n’y a pas de piste.

Le fils aîné Louis Jobert suit les traces de son père. Le 19 août 1885, il s’engage pour cinq ans à la mairie du IIe arrondissement de Lyon pour le 2e régiment de tirailleurs algériens. Il termine au grade de sergent major en 1892, puis il passe dans la gendarmerie à pied, le 18 août 1892. Il appartient à la brigade de Zalana, en Corse, au moment de son mariage le 16 janvier 1894 avec une jeune fille d'Ajaccio, Félicité Giacomo. Il est ensuite maréchal des logis, adjoint au trésor, à Alger (1896, 1898), puis vers 1900, il est muté à Saint-Jean-Brévelay, dans le Morbihan. Il y meurt le 28 avril 1901 dans l'incendie d'une ferme dans lequel périssent neuf personnes : sept artilleurs du 35e régiment qui se rendaient à Alençon, un cultivateur de la localité, nommé Le Cam, et le maréchal des logis Jobert, commandant la brigade de gendarmerie. Un monument commémoratif a été élevé dans la commune.

Monument aux victimes de l'incendie du 28 avril 1901,
à Saint-Jean-Brévelay
Carte postale ancienne

Vue actuelle
Notice sur ce monument : cliquez ici

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Article sur le site des pompiers de Saint-Jean-Brévelay : cliquez ici.

Les obsèques du maréchal des logis Jobert ont lieu le jeudi 2 mai, en présence de nombreuses autorités. La cérémonie religieuse est présidée par l'évêque de Vannes. Il est enterré à Saint-Jean-Brévelay.

La Semaine religieuse du diocèse de Vannes, du 3 mai 1902

Il laisse une jeune veuve de vingt-neuf ans avec deux enfants, Vincent, né en 1894, et Lucien, en 1898. Au moment du décès de son mari, Félicité Giacomo est enceinte. Elle donne naissance à un garçon, Louis, à Saint-Jean-Brévelay, quatre mois après le décès de son père.

Au moment de sa disparition, Louis Jobert est sur le point de partir à la retraite. Visiblement, l'administration semble ignorer son décès lorsqu'un arrêté du sous-secrétaire d'État des postes et des télégraphes, en date du 5 juin 1901, le nomme expéditionnaire à l'administration centrale des postes et des télégraphes ! Quant à sa veuve, elle doit se battre pour avoir une pension décente. Elle obtient le 5 décembre 1901 un arrêt du Conseil d'État qui annule le décret lui attribuant une retraite de 600 francs. Elle finit par se voir attribuer une pension de 914 francs correspondant aux quinze ans, huit mois et dix jours de services de son mari décédé.

Elle revient ensuite vivre à Lyon avec ses trois fils jusqu'à son décès en 1952 à Villeurbanne. Ses fils ont vécu à Lyon. L'aîné, Vincent, est gardien de la paix. Le deuxième, Lucien, est sous-officier à Sathonay-Camp et le cadet, Louis, est lui aussi militaire. Il existe peut-être des descendants de cette branche, par les enfants de Lucien, Raymond (1919-2007) et André (1927-2024), tous deux mariés, et par la fille de Louis, Denise (1926-2004).

Jean Baptiste Magron (1845-1876)

La descendance de Jean Baptiste Magron, unique fils de Jean Baptiste Magron et d’Antoinette Décieux, se trouve uniquement entre Rhône et Loire.  En 1866, âgé de vingt-et-un ans, il est cultivateur à Vexaincourt, dans le ménage de ses parents. Neuf ans plus tard, on le retrouve comme garde-train au chemin de fer à Épernay, dans la Marne. Le garde-train est chargé de la sécurité du convoi, de la surveillance des voyageurs et du fonctionnement des freins à l'arrière du train. Le 3 décembre 1875, il épouse à Pomeys, dans le Rhône, Jeanne Rivoire. Comment se sont-ils rencontrés ? Il est fort probable que c’est Jean Adolphe Jobert, le beau-frère de Jean Baptiste Magron, qui a permis la rencontre. En effet, à cette date, il est brigadier de gendarmerie à Saint-Symphorien-sur-Coise, le chef-lieu de canton dont dépend Pomeys. Il est d'ailleurs témoin de son beau-frère lors des noces.

Le mariage dure peu. Le 21 juillet 1876, Jean Baptiste Magron décède chez ses parents à Vexaincourt. Il a tout juste trente ans. Son épouse est enceinte de six mois. Elle retourne alors dans sa famille à Pomeys où elle accouche, le 15 octobre 1876, d’une fille prénommée Joséphine (1876-1956). Cette petite fille Magron qui semble n'avoir eu aucune relation avec sa famille paternelle a vécu avec sa mère d'abord à Pomeys puis à Saint-Symphorien-sur-Coise où elle se marie en 1902 avec Pierre Berger (1876-1946), un employé de commerce de Saint Étienne. D'abord boulanger, celui-ci devient employé de commerce puis, en 1906, gère un négoce de vins, toujours à Saint-Étienne, qu'il tient jusqu'à son décès en 1946. Le couple n'a qu'un seul fils prénommé Pétrus (1903-1930). Chef cuisinier, celui-ci voyage beaucoup. C'est comme cela qu'il se marie à Dieppe en 1924 et que le premier enfant du couple, Blanche, naît à Monaco en 1925. Ils reviennent ensuite à Saint-Étienne où Pétrus décède rapidement. 

Avis de décès de Pétrus Berger
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, du 9 octobre 1930

Sa veuve a longtemps géré le « Cercle du manège », à Saint-Étienne. Il est probable que leurs deux enfants, Blanche (1925-2003) et Pierre Berger (1927-2005) ont eu une descendance à Saint-Étienne. L'arbre généalogique simplifié de ces deux enfants illustre comment les mobilités géographiques et sociales de la fin du XIXe et du début du XXe siècle permettent d'avoir des origines variées. Du côté paternel, ils sont originaires de Saint-Étienne par leur grand-père, des Vosges et du Rhône, par leur grand-mère. Par leur mère, ils ont des origines en Seine-Maritime.

Lien vers la généalogie de Joseph Magron et Marie Anne Durand : cliquez ici.

Article sur les origines de la famille Magron et de Joseph Magron : Les origines de la famille Magron et les trois premières générations : Dominique, Joseph et Valentin.

mercredi 9 septembre 2026

Camille Magron (1876-1940), polyglotte et expert traducteur juré

Enfance et formation de Camille Magron

Camille Magron est le dernier enfant de la fratrie Magron. Lorsqu’il naît à Prauthoy le 8 janvier 1876, son père a cinquante-sept ans et sa mère quarante-quatre. C’est pourquoi il n’a que seize ans lorsque son père décède en avril 1892. Comme tous ses frères et sœurs du second mariage, son premier prénom est Marie. Ensuite, il porte le prénom de son frère Ernest, probablement son parrain. Enfin, son troisième prénom, qui est son prénom d’usage, est Camille, qui a déjà été porté par un frère né immédiatement avant lui et mort à l’âge de sept semaines.

De tous ses frères et sœurs, il a l’éducation la plus soignée. Il commence sa scolarité à l’école primaire de Prauthoy. Lors des récompenses à la fin de l’année scolaire 1886, il reçoit un livret de la caisse d’épargne déjà crédité de 8 francs. Il poursuit sa scolarité au lycée de Chaumont où, en 1888, alors qu’il termine sa sixième, il fait partie des élèves les plus souvent nommés dans chaque classe, comme le rapporte le compte rendu de la distribution des prix du lycée publié dans Le Petit Champenois. L’année suivante, en 1889, il reçoit huit nominations comme élève de cinquième. Il poursuit sa scolarité à l'École Saint-François de Sales de Dijon. Fondée par le père Christian de Bretenières en 1884, cette école accueille les garçons de la noblesse et de la bourgeoisie de Dijon et de sa région. Grâce aux Bulletin bimensuel de l'École Saint-François de Sales de Dijon, on suit sa scolarité depuis l’année scolaire 1891-1892, alors qu’il est en troisième, jusqu’à la classe de philosophie (actuelle classe de terminale) lorsqu’il obtient son baccalauréat en 1895. Notons d’ailleurs que s’il avait poursuivi sa scolarité normalement, il aurait dû être en troisième en 1890-1891. Nous ne savons pas ce qui explique ce décalage.

S’il apparaît si souvent dans ces bulletins, c’est tout simplement parce qu’il est un bon élève dont le nom est cité dans les « tableaux d’honneur » mensuels ou trimestriels, soit parce qu’il excelle dans une discipline, soit que son comportement général mérite qu’on le nomme, ce qui s’appelle alors la « diligence » qui est une combinaison des appréciations sur : « Application en étude — Travail — Tenue en classe — Succès (leçons et devoirs). » Il n’excelle que dans les matières littéraires : thème grec et latin, version grecque et latine, histoire et géographie, orthographe ou narration française. Sa deuxième place en novembre 1891 et sa première en février 1892 en thème allemand montrent déjà ce goût pour les langues vivantes qui ne fera que croître jusqu’à en faire son métier.

Il est encore très présent dans les tableaux d’honneur en seconde (année scolaire 1892-1893). En revanche, en classe de « philosophie », l’actuelle terminale, il est nettement moins nommé. Il semble d’ailleurs avoir fait deux années de « philosophie », en 1893-1894 et 1894-1895 et aucune de « rhétorique », l’actuelle première. La dernière mention dans ce bulletin est sa réussite au baccalauréat, à la session de novembre 1895.

Enfin, mention d'une autre nature que l’on trouve dans un bulletin, le mardi 29 mars 1892, lorsqu'une « séance dramatique » est offerte par les élèves de troisième à l'évêque de Dijon à l'occasion du huitième anniversaire de la fondation de l'école. Il s’agit d’une pièce en quatre actes, Scander-Bey, dans laquelle Camille Magron joue le rôle de Mouds, cousin de Scander-Bey.

Après le baccalauréat, il n’a pas poursuivi d’études supérieures en France, peut-être parce que sa mère, dont on a vu la situation financière difficile, n’est pas en mesure de les lui offrir. Peut-être est-ce aussi par goût, car, lors du recensement militaire de la classe 1896 à laquelle il appartient, il est étudiant à Berlin, ce qui lui permet sûrement de parfaire sa connaissance de l’allemand qu’il étudiait déjà au collège. On trouve son nom dans l'Amtliches verzeichnis des personals und der studirenden auf der Königl. Friedrich-Wilhelms-universität zu Berlin [Annuaire officiel du personnel et des étudiants de l'Université royale Frédéric-Guillaume de Berlin], des années universitaires 1896-1897 et 1897-1898 (l’année universitaire va d’octobre en mars). On comprend qu’il suit un cursus de langue (« philol » pour philologie).

Extrait de la Amtliches verzeichnis …, de l'année universitaire 1896-1897


Université royale Frédéric-Guillaume de Berlin, vers 1900 (aujourd'hui Université Humboldt)

C’est d’ailleurs dans cette ville qu’il passe devant le conseil de révision qui l’exempte du service militaire pour « lésion organique du cœur ». Deux ans plus tard, en septembre 1898, lorsque sa mère et ses frères et sœurs décident de vendre les maisons de Prauthoy, il est désormais étudiant à Akkerman, en Russie. Cette cité au bord de la mer Noire s’appelle désormais Bilhorod-Dnistrovskyï et se trouve en Ukraine. C’est dans cette ville qu’il signe la procuration conjointe avec sa mère qui donne pouvoir à Alexandre Flocard, propriétaire à Aubigny-sous-Vaux.

Camille Magron, professeur de langues et représentant de commerce

Malheureusement, il n’y a plus aucun acte notarié qui permette de le suivre dans ses déplacements de 1898 jusqu’en 1903. Tout laisse à penser qu’il a passé les cinq années suivantes en Russie, plus précisément en Ukraine, jusqu’à son mariage le 14 avril 1903. Ce jour-là, en l’église catholique de Poltava, en Ukraine, Camille Magron, maître de langue française à l’Institut des jeunes filles nobles de la ville, épouse Louise Vianello, une jeune fille de dix-huit ans, originaire de Venise, qui réside alors à Poltava.

L’Institut des jeunes filles nobles de Poltava a été créé par un ordre impérial d’Alexandre Ier en date du 20 février 1817 qui institutionnalisait des fondations privées antérieures comme celle de Praskovia Iakovlevna Bakourinskaïa (1784-1815), épouse de Semion Mikhaïlovitch Kotchoubeï (1778-1835) pour l’éducation des jeunes filles pauvres de la noblesse. Cet institut devint une institution d’État en 1827, à l’image d’institutions similaires existant en Russie, en particulier à Moscou et à Saint-Pétersbourg. L’institut de Poltava est le premier parmi les villes de province et le sixième de tout l'Empire russe. Il offrait une éducation esthétique et morale et donnait le droit de devenir préceptrice des enfants de la noblesse et des membres du clergé. Comme il se doit, le programme comportait l’enseignement des langues étrangères, en particulier du français qui jouissait alors d’un grand prestige au sein de l’élite russe.

Vue actuelle des bâtiments de l’Institut des jeunes filles nobles de Poltava

Cet institut a disparu en 1917. Lorsque Camille Magron y enseigne, il est hébergé dans un bâtiment construit par l'architecte russe d'origine française Louis Charlemagne-Baudet qui abrite aujourd’hui l’Université nationale technique Youri Kondratyouk de Poltava (notice Wikipédia en russe de l'Institut).

Si la raison de la présence de Camille Magron à Poltava s’explique bien, nous n’avons aucune information sur celle de Louise Vianello et de ses parents.

Camille Magron et Louise Vianello habitent toujours à Poltava lorsque naît leur premier fils, Roland, le 15 janvier 1904. Ensuite, lorsque la mère de Camille fait son testament, en septembre 1908, le couple vit alors à Venise, où Camille est employé de commerce. C’est dans cette ville que naît leur deuxième fils, Olivier, le 8 février 1909. Ils y vivent encore au moment du décès de la mère de Camille en juillet 1909 (a-t-il parcouru les mille trois cents kilomètres entre Venise et Pont-l'Évêque pour ses obsèques ?) et de sa déclaration de succession en janvier 1910.

Comme pour tous les enfants du second lit, la liquidation de la succession de son père ne lui a guère été favorable. Il a récupéré la modeste somme de 1 814 francs qui a été plus tard complétée avec sa part dans la vente des quelques terres et surtout des maisons de Prauthoy qui s’élève à 1 305 francs, soit 4/36e (11 %) du total. La succession de sa mère, malgré ses pertes financières, lui permet de récupérer un peu de patrimoine. Dans son testament du 20 septembre 1908, qu’elle passe devant un notaire de Bourbonne-les-Bains, Céline Prodhon, veuve Magron, lègue à son fils la moitié de la propriété qu’elle possède à Verseilles-le-Bas, qui lui vient de son père. C’est une maison de campagne, avec un jardin et un terrain clos de murs d’un peu plus de deux hectares. L’autre moitié de cette propriété est léguée à Jeanne Magron, ép. Depardieu. Après le décès de sa mère, Camille se retrouve en possession d’une maison très éloignée de là où il vit et qui ne lui rapporte quasiment rien. En 1908, la propriété est louée pour 84 francs par an, soit la moitié (42 francs) pour Camille. Avec sa sœur, ils décident de la vendre. L’éloignement de celui-ci, qui vit à Venise en 1909, puis à Turin en 1911, explique probablement le délai entre le décès de leur mère et la vente effective de cette propriété qui n’a lieu que le 17 août 1911. Elle est adjugée pour 8 000 francs, à Paul Petitot, cultivateur, à Verseilles-le-Bas, et son épouse, soit 4 000 francs pour Camille. Avec cette vente, le dernier lien des enfants Magron du second lit avec la Haute-Marne, le pays de leurs ancêtres, est définitivement rompu.

Dans le cours de l’année 1910, Camille Magron et Louise Vianello viennent se fixer avec leurs fils à Paris d’où ils ne bougeront plus. Lorsque leur naît une fille, Hélène, leur troisième et dernier enfant, le 25 septembre 1910, ils habitent au n° 9 de la rue du Parc-de-Montsouris, dans le XIVe arrondissement, qui, comme son nom l’indique, est proche du parc du même nom. Camille Magron est alors qualifié de professeur de langues vivantes. Quelques mois plus tard, le 31 juillet 1911, lorsqu’il signe la procuration pour la vente de la propriété de sa mère, à Verseilles-le-Bas, il est qualifié de représentant de commerce, à cette même adresse parisienne. Pourtant, cette procuration est signée de Turin où il se trouve.

Paris (XIVe), 9, rue du Parc-de-Montsouris

Pour la période qui va de 1911 à 1922, nous ne savons pas quelle est son activité professionnelle. Est-il toujours professeur de langues vivantes ? Représentant de commerce ? En revanche, vers 1915, la famille change complètement de quartier et vient habiter au n° 6, rue de Béarn, dans le Marais, derrière la place des Vosges.

Camille Magron, expert-traducteur-juré auprès du tribunal de la Seine

En 1922, pour la première fois, Camille Magron apparaît dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin, comme expert-traducteur-juré, auprès du tribunal de la Seine. Il a alors deux adresses, celle de son domicile de la rue de Béarn et une autre, dans le IXe arrondissement, au 12, rue de Caumartin, près du boulevard des Italiens. 

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1922

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1923

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1923

Ensuite, dans toutes les annonces jusqu’en 1931, son adresse n’est plus que la rue de Béarn. Dans les premières annonces, il ne propose que huit langues : allemand, anglais, bulgare, espagnol, italien, portugais, russe et serbe. Le temps passant, il enrichit son offre avec de nouvelles langues jusqu’à pouvoir proposer ses services en douze langues ! 

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1929
Il propose onze langues

Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1930
Il ajoute le tchèque à la liste déjà longue

Comme ce ne sont que les langues pour lesquelles son niveau d’expertise lui permet d’être traducteur ou interprète, on n'ose imaginer le nombre de langues pour lesquelles il n’avait que des notions ! D'ailleurs, le hollandais – on dirait aujourd'hui le néerlandais – qu'il proposait en 1923 a vite disparu. Ce petit article d'Excelsior se moque gentiment de lui en ajoutant le français à la liste déjà longue des douze langues qu'il propose.

Excelsior, du 27 mars 1934

Vers 1931, il change d’adresse professionnelle et s’installe désormais au n° 21, place des Voges, à une centaine de mètres de la précédente adresse.

Dans la presse de l’époque, son nom apparaît souvent comme interprète lors de procès. En juillet 1932, lors du procès de Paul Gorgulov, qui a assassiné le président de la République Gaston Doumer, le 7 mai 1932, il est appelé à partager son appréciation à propos d’un roman en russe du prévenu (il n’est pas clair s’il en a été le traducteur). Son jugement est sans appel : « Certains passages sont complètement incompréhensibles. Toute analyse littéraire est presque impossible… »

Camille Magron a aussi été secrétaire adjoint de l’association des traducteurs-jurés (mentions en 1929 et 1930).

Avec un certain sens de l’opportunisme, après l’occupation de Paris par les Allemands, en juin 1940, il propose ses services de traducteur, comme dans cette annonce parue dans Le Matin :

Le Matin, du 29 septembre 1940

Il répète plusieurs fois cette annonce jusqu’à son décès.

Domiciles parisiens

Paris (IIIe), 6, rue de Béarn (immeuble à gauche, à l'angle de la rue Roger-Verlomme, ancienne impasse de Béarn)
Au fond, le pavillon de la Reine et la place des Vosges

La famille a eu plusieurs domiciles dans le Marais. Le premier, comme on l’a vu ci-dessus se trouve au n° 6, rue de Béarn. La première mention est en 1915. La famille y est recensée en 1926, sauf qu’à cette date, seuls s’y trouvent Louise Vianello avec ses enfants Olivier et Hélène. Le père, Camille, est recensé seul, non loin de là, au 9, rue Saint-Gilles. C’est aussi à cette seule date, avant le décès de Camille, que Louise Vianello a une occupation professionnelle comme couturière. Y a-t-il comme un parfum de séparation ? En définitive, on n'entendra plus parler de la rue Saint-Gilles et l’adresse la plus habituelle de Camille Magron et sa famille jusqu’en 1930 est la rue de Béarn. C’est en même temps l’adresse du domicile familial et l’adresse professionnelle. 

Ensuite, vers 1931, les deux seront distinctes. En effet, lors du recensement de 1931, toute la famille réunie habite au n° 27, rue des Francs-Bourgeois, dans un immeuble qui, au vu de son style et de sa façade en briques, vient d’être construit. Un an plus tard, c’est dans cet appartement que décède le fils cadet, Olivier, le 11 juillet 1932, à vingt-trois ans. La famille déménage ensuite à quelques dizaines de mètres de là dans l’ancien hôtel de Marle, au n° 11, rue Payenne. 

Paris (IIIe), 11, rue Payenne, cour de l'hôtel de Marle (photographie ancienne)
source : Paris, Bibliothèques spécialisées

Cet hôtel historique qui abrite aujourd’hui l’Institut suédois depuis 1971 était alors, comme la plupart des hôtels particuliers du Marais en fort mauvais état comme le montre cette photo.

Hôtel de Marle, état avant restauration
source : site de l'Institut suédois 

Le beau jardin actuel qui donne sur la rue Elzévir était alors recouvert d'un hangar qui servait de garage. La famille y a vécu au moins depuis 1936 jusqu’à l’achat du bâtiment par la Suède en 1965 et aux travaux de restauration avant l’ouverture du centre.

Hôtel de Marle, entrée sur la rue Payenne
source : POP - Plateforme ouverte du patrimoine

La famille Magron partage cet hôtel avec deux artistes. Le premier est l’écrivain André Pieyre de Mandriargues (1909-1991) qui achète deux appartements en 1935 et vient y habiter à cette date. La seconde est Leonor Fini (1907-1996), une artiste peintre d’origine argentine qui a une liaison avec l’écrivain depuis 1931. Celui-ci l’installe dans l’un des deux appartements. Même après la fin de leur relation, ils continuent de vivre côte à côte dans l’hôtel de Marle. Après-guerre, ils sont rejoints par Sforzino Sforza (1916-1977), fils de l'ex-ministre italien des Affaires étrangères, antifasciste de la première heure. Les trois sont recensés à cette adresse, en 1946, en même temps que Louise Vianello, veuve Magron, et sa fille Hélène. Leonor Fini a vécu rue Payenne jusqu’au début des années soixante lorsqu’elle est allé habiter rue La Vrillière.

Leonor Fini, dans son atelier, rue Payenne, en 1952
Sur la relation d'André Pieyre de Mandriargues et Leonor Fini et la rue Payenne, voir cette notice

Au même moment, la famille Magron a aussi une adresse sur la prestigieuse place des Vosges, au n° 21, qui est mentionnée pour la première fois en 1932 et qui semble surtout être liée à l’activité professionnelle de Camille Magron. C’est pourtant le domicile qui est indiqué dans son acte de décès en novembre 1940. Comme en 1926, il n’est pas exclu que Camille Magron fasse « appartement à part » avec le reste de la famille. Dans les années qui suivent, les Magron conservent les deux adresses de la rue Payenne et de la place des Vosges. En 1964, la première est l’adresse de Roland Magron lors de son décès. En 1967, la seconde est le domicile où décède Louise Vianello, veuve Magron. Entre ces deux dates, la famille a dû quitter l’hôtel de la rue Payenne qui venait d’être acquis par la Suède pour y loger le Centre culturel suédois, devenu l’Institut suédois.

Les dernières années de Camille Magron et Louise Vianello

Camille Magron meurt le 2 novembre 1940, dans son domicile au 21, place des Vosges. Il n’a que soixante-quatre ans. Il est probable que ce décès ait été assez brutal car, comme on l’a vu, il passe encore des annonces pour proposer ses services de traducteur le jour de son décès. L’entrée à son nom dans la table des successions de 1940 du 4e bureau de la Seine permet de constater qu’il ne laisse aucun bien ni mobilier, ni immobilier, au moment de son décès. Comme son frère Gabriel, il ne semble pas avoir hérité de leur père cette constance et cette détermination à amasser un patrimoine.

Après son décès, sa veuve reprend la suite comme traductrice assermentée, peut-être seulement pour l’italien. On trouve une première mention en 1946. Elle continue à vivre rue Payenne avec ses enfants où elle est recensée en 1946 avec sa seule fille Hélène. En revanche, l’adresse professionnelle reste celle de la place des Vosges. Il existait encore, il y a quelques années, une plaque professionnelle à gauche de la porte cochère au nom de L. Magron. Elle a disparu depuis.

Vers 1965, la famille doit quitter le 11, rue Payenne et venir vivre place des Vosges. C’est là que Louise Vianello meurt le 5 février 1967 à quatre-vingt-deux ans. Malgré son âge, elle est encore qualifiée d’« expert traducteur » dans son acte de décès. Ensuite, Hélène Magron a vécu au 21, place des Vosges jusqu’à son décès en 1998.

À un moment de sa vie, Camille Magron a visiblement ressenti le besoin de rechercher ses origines. Sa petite-fille m’a communiqué les quelques notes qu’il avait prises dans les registres paroissiaux de Prauthoy. 

Notes, sans date, de Camille Magron,
relevées dans les registres paroissiaux de Prauthoy

Comme on le voit, il n’est pas remonté très loin, mais peut-être le temps lui a-t-il manqué pour cela. Savait-il seulement que son grand-père, mort vingt ans avant sa naissance, venait des Vosges ? Comme on l’a vu, il a quitté Prauthoy très jeune. Plus aucune famille ne l’y rattachait. Ses liens avec ses frères et sœurs semblent avoir été assez distendus. Mon grand-père nous avait parlé de son existence et de son don pour les langues, mais sans plus de renseignements alors qu’il s’agissait de son oncle. Nous avons eu quelques contacts avec Hélène Magron, en particulier un échange téléphonique vers 1986 ou 1987.  Selon elle, une des raisons de cet éloignement trouvait sa source dans les règlements des successions qui avaient eu lieu alors qu’il était à l’étranger et où il aurait été floué.

Camille Magron et Louis Vianello ont eu trois enfants :

  • Roland, né à Poltava (Ukraine) le 15 janvier 1904.
  • Olivier Camille, né à Venise le 8 février 1909.
  • Hélène Marie Louise, née à Paris (XIVe) le 25 septembre 1910. 

Roland Magron (1904-1964)

Peut-être est-ce lui qui est indiqué, avec la seule initiale R. et le nom de Magron, comme traducteur au 12, rue de Caumartin, dans le IXe arrondissement. dans l’Annuaire du commerce Didot-Bottin, de 1926. Si c’est le cas, il n’a pas persévéré dans cette voie. En 1931, il est recensé avec ses parents et son frère et sa sœur au 27, rue des Francs-Bourgeois, comme représentant de commerce. Il n’apparaît pas dans le recensement de 1936, mais, grâce à un article du Petit Havre du 4 Mai 1939, on apprend que Roland Magron, représentant de commerce, demeurant, 11, rue Payenne, à Paris (3e), « qui se trouvait en déplacement à la foire du Havre » s’est fait voler son cabriolet dans la nuit du 20 au 21 avril 1939. Comme on le voit, il est toujours représentant de commerce et son adresse personnelle est toujours le domicile parisien de la famille Magron rue Payenne. Il se marie tardivement le 22 novembre 1951, à la mairie du IIIe arrondissement, avec Gisèle Renard. Il a quarante-sept ans et elle vingt-huit. Elle a déjà été mariée avec Georges Pierron, dont elle a divorcé en avril 1949. Ils n’ont eu qu’une fille, Laurence, qui vit aujourd'hui à Montpellier, avec laquelle j’ai été en relation il y a quelques années.

Roland Magron est mort à Paris, à son domicile de la rue Payenne le 19 novembre 1964 à tout juste soixante ans. Son acte de décès le qualifie de chef vendeur.

Olivier Magron (1909-1932)

Dès le recensement de 1926, alors qu’il n’est âgé que de dix-sept ans, il est qualifié d’ouvrier-dessinateur. Cinq ans plus tard, il est toujours dessinateur et, autant que l’on arrive à lire la mention manuscrite dans le recensement, son employeur semble être « Intransigeant ». S’agit-il du journal l’Intransigeant ? Il décède quelques mois plus tard, le 11 juillet 1932, au domicile de ses parents, au 27, rue des Francs-Bourgeois. Son acte de décès le déclare sans profession. C’est tout ce que l’on sait de sa courte vie, car il est mort à vingt-trois ans.

Hélène Magron (1910-1998)

Hélène Magron ne s’est jamais mariée et est restée avec sa mère. Les quelques mentions d’activité professionnelle sont secrétaire, en 1931, et sténo-dactylo, en 1936. Au moment de son décès, elle est qualifiée de retraitée. Elle est morte pendant ses vacances au village de vacances (V.V.F.) de Giens, 406, avenue de l'Estérel. Son adresse personnelle est encore le 21, place des Vosges. Selon sa nièce Laurence Magron, elle a poursuivi la tradition familiale en étant aussi traductrice assermentée.

Lien vers la généalogie de Camille Magron : cliquez ici.

Article sur ses parents : Jules Magron (1818-1892) [24], négociant, à Prauthoy et ses deux épouses.