samedi 31 mai 2025

Villard-Saint-Christophe de la fin du XVIIe siècle à 1936 : analyse du recensement

A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, trois couples de mes ancêtres vivaient à Villard-Saint-Christophe, un petit village de l'Isère, proche de La Mure sur le plateau Matheysin :

  • Bertrand Froment [736] (1662-1734), marchand au hameau de La Traverse, qui était venu s'installer dans ce village après son mariage avec Marie Baret [737] (?-1726).
  • Jean Gondrand [738] (1675-1745), marchand à Villard Saint-Christophe, et Dimanche Guignier [739], du village voisin de Saint-Honoré. Après le décès de sa première épouse, Jean Gondrand, a épousé Magdeleine Second, de Villard-Saint-Christophe (1690-1772), fille du couple suivant. Leur descendance se confond donc avec la leur.
  • Jacques Second [740] (1656-1738), notaire royal à Villard-Saint-Christophe, et Marie Badon (1667-1731). J'ai eu l'occasion de parler plus longuement de cette famille dans le message que j'ai consacré au livre de raison de leur fils Jacques Second.


Vue aérienne de Villard-Saint-Christophe (source : site de la commune)

J'ai fait la descendance complète de ces trois couples à Villard-Saint-Christophe, tant pour les branches masculines que féminines. Ce sont mes ancêtres à la 10e génération. Et, pour leur arrière-petit-fils Joseph Froment [92] (1764-184), mon ancêtre à la 7e génération, j'ai fait la descendance la plus complète possible de toutes les branches dans tous les lieux. En définitive, aujourd'hui, pour chacun de ces couples, je connais respectivement 2 510, 2 334 et 2 262 descendants directs (hors conjoints), soit pour les trois couples confondus, 2 730 personnes. Si on y ajoute les conjoints, le total passe à 3 836 personnes.

Je me suis interrogé sur le nombre de descendants de ces trois couples qui vivaient encore à Villard-Saint-Christophe en 1936. Pour cela, j'ai relevé les 256 personnes recensées à cette date et les ai rattachées à chacun de ces trois couples. Autrement dit, quelle était l'empreinte de ces trois couples sur la population du même village (son périmètre n'a pas changé dans le temps) entre la fin du XVIIe siècle et presque deux siècles et demi plus tard, en 1936. En définitive, ce sont 155 personnes sur 256 qui descendaient d'un ou de plusieurs de ces couples, soit 61 % Si l'on exclut de la population de 1936 les personne qui vivaient temporairement dans le village comme le curé et sa servante, l'institutrice et les 17 domestiques, dont beaucoup venaient de l'Assistance publique, la base de calcul, qui est celle que nous utiliserons par la suite, est de 236 personnes. On peut donc dire que 66 % des habitants de Villard-Saint-Christophe en 1936, soit les deux tiers, descendaient de Bertrand Froment, et/ou Jean Gondrand et/ou Jacques Second.

Le détail par ancêtre est le suivant :

  • Froment : 146 (62 %)
  • Gondrand : 148 (63 %)
  • Second : 109 (46 %)

Et 94 personnes (40 %) descendaient des trois couples.

Pourtant, les nombres de porteurs de chacun des trois noms sont bien plus faibles, signe que la permanence de ces trois couples s'est surtout faite avec les branches féminines :

  • Froment : 14.
  • Gondrand : 12.
  • Second : 4.

Si l'on prend maintenant la question dans l'autre sens, ce sont 101 personnes qui n'ont aucun lien avec ces trois couples. Parmi celles-ci, les différents cas sont :

  • Conjoints nés en-dehors du village, comme Marie Escalle, née à Monestier-de-Clermont, épouse d'Albert Guignier ou Cyprien Serme, de Saint-Pierre-d'Entremont, installé au village après son mariage avec Blanche Fuzat.
  • Familles installées au village en provenance d'autres lieux, soit de France, mais aussi d'Italie. C'est le cas de Clément Machot, cabaretier au village, venu de La Motte-d'Aveillans, du boulanger Eugène Gaillard, de Seyssel, en Savoie, d'Urbain Gonsolin et sa nombreuse famille, venu comme métayer depuis Saint-Jacques-en-Valgodemard ou, dans le même ordre d'idée, la famille italienne de Louis Perret, cultivateur aux Gondrands.
  • Familles anciennes de Villard-Saint-Christophe qui n'ont jamais eu d'alliances avec les descendants d'un ou de plusieurs de ces couples. 

Sur ce dernier cas de figure, ce sont entre 8 et 9 générations qui se sont succédées au village, donnant autant d'occasions, à chaque génération, d'établir des alliances. Par exemple, les porteurs du nom de Lafond au village (Victorin et Pierre) en 1936, dont la famille est attestée à Villard-Saint-Christophe depuis la fin du XVIIe siècle, n'ont aucun lien avec les Froment, les Gondrand ou les Second. Il semble, mais cela reste à confirmer, que la position sociale des trois couples d'ancêtres les ait conduits, au fil du temps, à maîtriser les alliances au sein d'une niveau social à peu près équivalent, ce qui excluait certaines familles peut-être considérées comme n'étant pas éligibles à des liens matrimoniaux avec un des descendants de ces trois couples. Ces positions expliquent probablement la forte endogamie entre les différentes branches. Pour donner un exemple, Jeanne Froment (1766-1850), arrière-petite-fille de Bertrand Froment, a épousé Jacques Poncet (1757-1841), arrière-petit-fils de Jacques Second. Mais, Jacques Poncet était aussi un arrière-petit-fils de Bertrand Froment par sa mère et Jeanne Froment une arrière-petite-fille de Jacques Second par sa mère. Et leurs petites-filles, Justine Michon (1832-1891) ou Adeline Michon (1838-ap.1906) ont toutes les deux épousé des descendants de Bertrand Froment. On pourrait multiplier les exemples. Celui-ci illustre graphiquement les multiples liens de parenté entre Albert Guignier et Marie Thérèse Froment qui se sont mariés à Villard-Saint-Christophe le 9 avril 1942 :

Sachant qu'Albert Guignier et Marie Thérèse Froment descendaient aussi tous deux d'Antoine Chaffoin à la 6e génération.

Pour finir, si on inclut les conjoints dans le calcul, autrement dit si on considère que ces conjoints ont un lien par leur mariage avec un ou plusieurs de ces trois couples, on arrive à un total de 180 personnes, soit 76 % de la population du village en 1936. L'empreinte laissée par Bertrand Froment, Jean Gondrand et Jacques Second est donc majeure dans la composition de la population et remarquable par sa permanence dans le temps.

Liens vers les généalogies de :


Villard-Saint-Christophe (source : site de la commune)


samedi 10 mai 2025

Rosalie Gaignaire (1848-1889), épouse Isidore Pascal, des Héritières, à La Motte-en-Champsaur

Rosalie Gaignaire, née le 28 juillet 1848, à La Motte-en-Champsaur, est le dernier enfant de Paul Gaignaire [58] (1796-1870) et de son épouse Rosalie Gentillon [59] (1807-1868). Au moment du décès de ses parents, respectivement en 1868 pour sa mère Rosalie Gentillon et 1870 pour son père Paul Gaignaire, elle est encore célibataire. Dans le partage de ses biens, son père lui réserve la maison familiale au village de La Motte-en-Champsaur, avec le verger attenant (750 m2), un jardin de 70 m2, aux Prénachs, et une terre près du hameau du Serre, de 1 ha. 80 a. Surtout, elle récupère « tous les capitaux, outils aratoires et meubles garnissant les deux maisons ». Enfin, elle doit se partager un bois sur la route des Infournas avec ses nièces Barthélemy. En quelque sorte, son père lui a permis d'être autonome, en disposant d'une maison équipée et de quelques terres. Si elle a prévu de se marier, cela pourra constituer sa future dot. Si elle souhaite restée célibataire  cet arrangement laisse penser que c'est une liberté qu'on lui permet , elle possède un patrimoine suffisant lui permettant, modestement, de subvenir à ses besoins. Lors du recensement de 1872, elle vit seule dans cette maison.

Maison Gaignaire, à La Motte-en-Champsaur, transmise en 1870, à Rosalie Gaignaire.
Elle y est recensée seule en 1872.

Elle se marie cependant le 22 janvier 1873 avec Isidore Pascal, propriétaire cultivateur aux Héritières. Elle a vingt-quatre ans et lui trente-six. Le père de l'époux, aussi appelé Isidore Pascal, avait été le témoin de mariage des parents de Rosalie, en 1833. Elle quitte alors la maison paternelle pour aller habiter aux Héritières, chez ses beaux-parents.

Isidore Pascal et Rosalie Gaignaire ont eu quatre enfants :

  • Isidore Paul François, né le 29 octobre 1873 et décédé le 14 juin 1879.
  • Marie Louise, née le 18 janvier 1875.
  • Armand Marie Joseph, né le 3 août 1881.
  • Isidore Paul François, né le 23 août 1883.

Son mari décède le 7 septembre 1885, à quarante-huit ans, la laissant avec trois enfants âgés de dix, quatre et deux ans. Elle reste vivre avec ses enfants dans le ménage de ses beaux-parents aux Héritières. Le 4 février 1889, sa belle-mère, Madeleine Bondarnaud décède. Quelques mois plus tard, le 29 octobre 1889, ses beaux-frères Jean Barthélemy et François Pascal déclarent le décès de leur belle-sœur, « trouvée morte dans la Séveraisette [la rivière qui passe à La Motte-en-Champsaur] au quartier de Pont-Roumieu, dans la journée d’hier, à huit heures du matin ». Malheureusement, on n'en sait pas plus sur ce décès de Rosalie Gaignaire, à quarante-et-un ans, dans des circonstances sûrement dramatiques. Les trois enfants, encore jeunes car ils n'ont que quatorze, huit et six ans, restent avec leur grand-père Isidore Pascal qui, malgré ses soixante-dix-neuf ans, assure la charge de ses petits-enfants. 

Le père des enfants Pascal, Isidore, avait un frère, François, né en 1848, et une sœur, Rosalie, née en 1844. Celle-ci est décédée des suites des brûlures consécutives à l'incendie qui a ravagé la totalité du hameau     des Héritières le 25 juin 1872. Quant à François, il a épousé une des filles du dernier notaire du village, Me Charles Barthélemy, puis il a hérité de propriétés du côté de sa mère, au Collet, un autre hameau de La Motte-en-Champsaur. Dans ces conditions, les biens de la famille Pascal aux Héritières ont échu aux enfants du fils aîné, Isidore. C'est probablement dans cette perspective que le grand-père, sentant le poids des ans, a cherché un garçon capable de prendre en charge ce domaine des Héritières, en attendant que les fils Pascal, trop jeunes, puissent le faire. Cela explique probablement le mariage de la fille aînée Pascal, Louise, dès l'âge de dix-sept ans, avec Pierre Dille Grimaud âgé de quinze ans de plus qu'elle. Après les noces qui ont eu lieu le 25 mars 1892, Pierre Grimaud vient s'installer aux Héritières, dans la maison du grand-père de sa femme.

Le grand-père Isidore Pascal décède le 21 mai 1896 à l'âge de quatre-vingt-six ans. Un conseil de famille tenu le 8 juin 1896 devant le juge de paix du canton de Saint-Bonnet nomme leur oncle par alliance, Jean Barthélemy, comme tuteur de ses neveux Armand et Paul Pascal. Malheureusement, quelques années plus tard, celui-ci demande de nouveau la réunion du conseil de famille car il ne peut « plus s'occuper des affaires de ses neveux par suite d'une infirmité qui lui empêche d'écrire et même de lire, la vue lui faisant défaut ». Un nouveau conseil, tenu le 7 octobre 1899, émancipe l'aîné, Armand Pascal, qui vient d'avoir dix-huit ans et nomme Hippolyte Escalle, cousin germain des frères Pascal, tuteur de Paul et curateur d'Armand.

Louise Pascal (1875-1918), épouse Pierre Grimaud (1860-1927)

Louise Pascal et Pierre Grimaud ont eu cinq enfants, tous nés aux Héritières :

  • Marie Louise Rachel, née le 12 février 1893.
  • Adrienne Rose, née le 20 mai 1894.
  • Théophile Paul Pierre, né le 2 mai 1896.
  • Armand Joseph Isidore, né le 11 mai 1898, mort le 9 août suivant.
  • Louis Marcel Paul, né le 8 juin 1899.

Louise Grimaud (1893-1978), épouse Armand Mauberret

Louise Grimaud, ép. Mauberret

Armand Mauberret
Photo de sa carte du combattant
(source : archives des Hautes-Alpes)

Elle a épousé Armand Mauberret (1889-1971), propriétaire cultivateur, aux Dalmas (La Motte-en-Champsaur). Leurs cinq enfants leur ont donné une descendance dont une partie est restée à La Motte ou a gardé des liens avec le village. Le bulletin municipal de la commune en 2023 (p. 11) rapporte le mariage d'une de leurs arrière-petites-filles, preuve que le lien avec La Motte perdure avec le temps. Parmi leurs cinq enfants, c'est Auguste (1924-2008) qui a assuré la continuité de l'exploitation agricole aux Dalmas. Pour ceux qui connaissent ce film parfois surprenant de Guillaume Nicloux, L'Enlèvement de Michel Houellbecq, ils se souviennent peut-être d'un dialogue de l'écrivain dans son appartement avec cet homme qui lui donne la réplique :

Il s'agit de Véran Mauberret, architecte naval, un des petits-fils d'Amand Mauberret et Louise Grimaud.

Adrienne Grimaud (1894-1934)

Restée célibataire, elle est décédée à Marseille le 19 avril 1934. Elle semble n'avoir jamais exercé de profession, mais on ne connaît pas sa vie entre sa présence attestée aux Héritières, dans le ménage de ses parents, en 1921 et son décès à Marseille en 1934.

Pierre Grimaud (1896-1930)

Lorsqu'il se marie en 1926, avec Marie-Louise Mazet, de L'Aulagnier, à Saint-Bonnet-en-Champsaur, il est qualifié de boulanger, à La Motte-en-Champsaur. C'est aussi la profession qu'il exerce lors du recensement de 1926 et au moment de son décès en 1930. Sa veuve et son fils unique Paul (1923-1987) ont ensuite quitté le village. Il existe une descendance de cette branche.

Paul Grimaud (1899-1955)

Il a pris la suite de l'exploitation du domaine familial aux Héritières. De son mariage avec Irma Gonsolin (1901-1981), il a eu cinq enfants et une descendance dont une partie est restée au village.

Armand Pascal (1881-1961)

Comme nous l'avons rapporté, dans chacune des quatre branches issues de Paul Gaignaire (1796-1870) et de son épouse Rosalie Gentillon (1807-1868), il y a toujours eu au moins un notaire. Armand Pascal est le notaire de cette branche et l'un des neuf notaires de la descendance de ses grands-parents. Ce qui l'a distingué de ses cousins est que, pour cela, il a quitté la région et a officié pendant vingt ans à Roanne, avant de s'installer dans le sud de la France, à Cagnes-sur-Mer.

Au moment du recensement militaire de la classe 1901, il est clerc de notaire, à Gap, peut-être chez son cousin germain Paul Gaignaire. Puis, il part pour Lyon, où il entre dans l'étude de Me Pariset. En 1903, il habite dans le centre de la ville, au 28, rue de la République, puis en 1906, au 62, rue Molière. Il s'éloigne un peu plus de son pays natal pour devenir principal clerc de notaire, chez Me Aubry, à Roanne, place du Palais de Justice, en 1909. C'est alors qu'il se marie le 18 juillet 1910 avec Marie Charmetant, de Saint-Symphorien d'Ozon, une commune au sud de Lyon. Comme une illustration des solidarités familiales, ce sont ses deux cousins germains notaires, Paul Gaignaire, de Gap, et Hippolyte Escale, de Briançon qui sont ses témoins de mariage, ce dernier ayant aussi été son curateur. Le couple s'installe à Roanne. Ils n'auront pas d'enfants. 

Faire-part de nomination comme notaire à Roanne, 20 avril 1912

Il lui faudra attendre 1920 pour succéder à Me Aubry, dont il était toujours le principal clerc. Le décret qui le nomme est daté du 12 avril 1920. L'étude se situe à Roanne, 4, place du Palais de Justice. Avec son épouse, ils sont domiciliés à Roanne, d'abord 18, rue Alsace Lorraine (1919-1931), puis 99, boulevard baron du Marais (1934-1936). Armand Pascal exerce pendant vingt ans, jusqu'en 1940. Par décret du 25 septembre 1940, Me Jean Aubry est nommée notaire à la résidence de Roanne en remplacement de Me Armand Pascal, démissionnaire. Ensuite, par décret du 4 août 1941, l'honorariat lui est conféré.

Armand Pascal et son épouse Marie Charmetant quittent alors Roanne pour passer leur retraite au bord de la mer et au soleil, où ils habitent une villa « Le Paradou », parc Saint-Véran, rue Victor Hugo, à Cagnes-sur-Mer. Alors qu'il est à Antibes, Armand Pascal est renversé par une voiture. Il décède dans cette ville, à l'hôpital, le 15 mai 1961 à soixante-dix-neuf ans. Son épouse lui survit deux ans et décède à son tour à Cagnes-sur-Mer le 5 octobre 1963, à soixante-seize ans. 

Armand Pascal a participé à la Première Guerre mondiale comme réserviste. Sa belle attitude lors du conflit lui vaut d'être promu chevalier de la Légion d'honneur, par décret du 9 mai 1919, avec cette mention :

Lieutenant (réserve) à la 17e compagnie du 279e rég. d'infanterie. Le 14 septembre 1918, dans des circonstances particulièrement difficiles, a été, pour la compagnie qu'il commandait, l'exemple vivant de la bravoure et du devoir. Après une progression profonde dans les lignes ennemies cramponné au terrain sous un feu intense de mitrailleuses contre-attaqué et menacé d'encerclement, a continué à commander son unité, malgré deux blessures graves, jusqu'à ce qu'il tombe complètement épuisé par la perte de sang. Deux citations.

Par décret du 31 octobre 1961, il est promu officier de la Légion d'honneur, pour prendre rang au 30 novembre 1961, toujours au titre de ses services rendus pendant la Première Guerre mondiale. Malheureusement, lorsque le décret est publié, il est décédé depuis quelques mois. Sa veuve écrit au Grand Chancelier de la Légion d'honneur pour le lui annoncer :


La solution trouvée par l'ordre de la Légion d'honneur est de modifier la date de prise de rang au 14 mai 1961, la veille de son décès, au lieu du 30 novembre, par un décret rectificatif du 31 décembre 1962.

Paul Pascal (1883-1958)

Paul Pascal
Photo de sa carte du combattant
(Source : archives des Hautes-Alpes)

Des deux frères Pascal, c'est lui qui assure la continuité de la famille aux Héritières, comme propriétaire cultivateur. De son mariage avec Marie Motte-Maurel (1886-1961), du Villardon, à Saint-Eusèbe, il a eu trois enfants, un fils qui n'a vécu que deux ans, Paul (1911-1913) et deux filles, Magdeleine (1918-2015), épouse d'Arthur Grimaud (1915-2005), de Charbillac, et Marie-Jeanne (1920-2016), épouse de Joannès Blanchard (1915-1977), des Tisons, autre hameau de La Motte-en-Champsaur. La descendance des deux filles est importante, dont une partie est restée à La Motte-en-Champsaur, comme cultivateurs. Ces deux vidéos consacrées à de (très) jeunes éleveurs du Champsaur montrent que la relève est là. Ce sont des arrière-arrière-petits-enfants de Paul Pascal, par leurs arrière-grands-parents de La Motte-en-Champsaur, Joannès Blanchard et Marie-Jeanne Pascal : première vidéo et seconde vidéoDe même, cette famille d'une exploitation aux Faix, à Ancelle appartient à cette branche La Ferme des Sonnailles.

Lien vers la généalogie de Rosalie Gaignaire, ép. Isidore Pascal et de sa descendance : cliquez-ici.

Article sur les parents de Rosalie Gaignaire : Paul Gaignaire [58] (1796-1870) et son épouse Rosalie Gentillon [59] (1807-1868).

lundi 28 avril 2025

Félicité Gaignaire (1837-1866), épouse Jean Barthélemy, de La Motte-en-Champsaur

Félicité Gaignaire, née le 25 octobre 1837, à La Motte-en-Champsaur, est le deuxième enfant et la première fille de Paul Gaignaire [58] (1796-1870) et de son épouse Rosalie Gentillon [59] (1807-1868). Elle se marie le 18 avril 1860 avec un jeune homme du village, qui, fait rare à l'époque, est du même âge qu'elle, à un mois près. Ils ont tous les deux vingt-deux ans. Il est le fils unique de Jean Barthélemy (1798-1838) qui était mort quelques mois après sa naissance. Sa mère, Madeleine Maron (1808-1895), s'était remariée avec Augustin Blanchard, des Héritières. Dans le contrat de mariage passé devant Me Charles Barthélemy, notaire à La Motte (un homonyme sans lien avec le marié), les parents de Félicité lui donnent une modeste dot de 300 francs en meubles et 300 francs en espèce. En revanche, ils la dotent de plusieurs terres sur le territoire de La Motte-en-Champsaur, qui représentent une surface totale de 1 ha. 67 a., ébauche d'un patrimoine foncier qui s'ajoute à celui que possède Jean Barthélemy lui venant de son père (3 h. 83 a.). D'ailleurs, la mère de ce dernier lui abandonne l'usufruit dont elle bénéficiait sur les biens de son défunt mari. Ainsi, Jean Barthélemy devient le propriétaire plein et entier du petit domaine paternel, dont l'importance le situe dans la moyenne des propriétaires du village. Pour terminer sur ce contrat, Félicité Gaignaire est accompagnée par son frère Paul, clerc de notaire à Gap, qui remplit ainsi son rôle de conseiller patrimonial pour ses sœurs, conformément aux attentes de ses parents.

Bien que propriétaire d'une maison au village, Jean Barthélemy vient habiter dès son mariage dans la maison de ses beaux-parents. Il est probable qu'à partir du moment où le seul fils Gaignaire avait abandonné le travail de la terre au profit du notariat, il devient nécessaire pour Paul Gaignaire père de se trouver un successeur. C'est probablement le rôle qui est dévolu à Jean Barthélemy et la signification de cette installation au sein de sa belle-famille. C'est ainsi qu'en 1861 et 1866, il est recensé avec sa famille dans la maison Gaignaire. Jean Barthélemy et Félicité Gaignaire ont eu trois filles, nées à La Motte, dans la maison de leurs grands-parents :

  • Emma Félicité Zoé, née le 3 février 1861.
  • Hélène Pauline Rosalie, née le 21 août 1863.
  • Hortense Mathilde Rosalie, née le 3 mars 1866.

Quelques jours après la naissance de sa dernière fille, Félicité Gaignaire meurt chez ses parents, le 13 mars 1866, à l'âge de vingt-huit ans. Ce décès, suivi de ceux des parents Gaignaire, respectivement en 1868, pour Rosalie Gentillon et en 1870, pour Paul Gaignaire, a modifié les arrangements prévus lors du mariage. Lors du partage des biens de leurs grands-parents, en 1870, les filles de Jean Barthélemy et Félicité Gaignaire héritent de presque 5 hectares de terres (4 ha. 79 a.) sur le territoire de La Motte, y compris celles données en mariage à leur mère, et un bois sur la route des Infournas de 68 a. En revanche la maison familiale Gaignaire échoit à la dernière fille, non mariée, Rosalie. Jean Barthélemy part donc vivre avec ses deux filles dans la maison qui lui vient de son père, un peu à l'écart du village. En effet, entretemps, la fille aînée Zoé est décédée en 1871, à l'âge de dix ans. La tante de Jean Barthélemy, Charlotte Maron, vit avec eux et probablement se substitue à la mère disparue.

Maison Barthélemy, à La Motte-en-Champsaur
(maison au centre, à gauche du pylône portant la mention du gîte) 

De même qu'il avait été pressenti pour prendre la succession de son beau-père pour exploiter le domaine Gaignaire, Jean Barthélemy doit à son tour songer à se trouver un successeur, n'ayant pas de fils, d'autant plus qu'il cumule l'héritage de son père avec celui de la famille Maron, la famille de sa mère, auquel il faut ajouter les terres et le bois qui appartiennent en propre à ses filles. C'est ainsi que, même si nous ne connaissons pas tous les arrangements des familles Barthélemy et Maron, sans oublier la part de son demi-frère Augustin Blanchard, nous comprenons que la maison des Héritières, l'un des hameaux de La Motte, qui provient de l'héritage de Léger Maron, le grand-père de Madeleine et Charlotte Maron, échoit à Jean Barthélemy lors du partage des biens Maron. En plus de cette maison, il reçoit aussi des terres. C'est Jules Aubert, de la famille Aubert de Molines-en-Champsaur, qui, à son retour des Etats-Unis, épouse Hélène, la fille aînée de Jean Barthélemy et devient le successeur de son beau-père. Rappelons que, dès le milieu du XIXe siècle, de très nombreux Champsaurins sont partis en Amérique. Certains y sont restés et ont fait souche. D'autres, comme Jules Aubert, en sont revenus. Sa fiche matricule militaire nous apprend qu'il est rentré en France en juin 1880. Cela faisait près de dix ans qu'il était parti. Au moment du recensement des jeunes gens, en 1872, il était déjà absent. Lors de l'incorporation au 20e régiment d’infanterie auquel il a été affecté, il est encore absent et donc déclaré insoumis. Il régularisera sa situation à son retour. Le 8 janvier 1881, âgé de vingt-huit ans, il épouse Hélène Barthélemy, âgée de dix-sept ans. À partir de ce moment-là, il vit avec sa famille chez son beau-père Jean Barthélemy qui, depuis le dernier recensement de 1876, a quitté le village pour s'installer dans la maison Maron, des Héritières. Cette maison deviendra celle de la famille de Jules Aubert.

Maison Jules Aubert, des Héritières (La Motte-en-Champsaur) (ancienne maison Maron, puis Barthélemy)
Il s'agit de la maison au deuxième plan, aux volets fermés, partiellement masquée.

Le 16 janvier 1887, la fille cadette de Jean Barthélémy, Mathilde, âgée de vingt ans, accouche d'un garçon de père inconnu. Elle le prénomme Henri Victor. Comme dans le même temps, sa sœur aînée et son mari Jules Aubert deviennent régulièrement parents, la maison des Héritières va vite devenir trop petite. En ce début d'année 1887, elle abrite le père Jean Barthélemy, sa fille aînée, son gendre et leurs trois enfants, sa fille cadette et son fils, sa tante Charlotte Maron, toujours vaillante malgré ses quatre-vingt-deux ans (elle mourra quelques mois plus tard, le 9 septembre), sans oublier un petit domestique de treize ans, Virgile Meyer, soit dix personnes au total. Est-ce pour cela ? Est-ce en lien avec cette naissance illégitime ? Toujours est-il que Jean Barthélemy change de nouveau de résidence au village et retourne vivre avec sa fille et son petit-fils dans la maison paternelle, alors que les Aubert restent aux Héritières. Après ce quatrième changement de domicile pour lui, il ne bougera plus jusqu'à son décès.

Après le mariage de sa fille cadette, en 1896, Jean Barthélemy reste seul dans sa maison de La Motte où il décède le 18 mars 1905 à soixante-sept ans. Il a été élu maire de La Motte lors des élections de mai 1871. Il le restera jusqu'en octobre 1876 où il est remplacé par Eugène Nicolas. Du côté de son épouse, les trois enfants d'Isidore Pascal et Rosalie Gaignaire se retrouvent orphelins lors du décès de leur mère en octobre 1889. C'est leur grand-père Isidore Pascal qui devient leur tuteur, mais, lorsque celui-ci meurt le 21 mai 1896 à quatre-vingt-six ans, il faut lui trouver un remplaçant. Lors d'un conseil de famille tenu le 8 juin 1896 devant le juge de paix du canton de Saint-Bonnet, Jean Barthélemy accepte d'être tuteur de ses neveux par alliance Armand et Paul Pascal. Malheureusement, quelques années plus tard, il demande de nouveau la réunion du conseil de famille car il ne peut « plus s'occuper des affaires de ses neveux par suite d'une infirmité qui lui empêche d'écrire et même de lire, la vue lui faisant défaut ». Ce conseil tenu le 7 octobre 1899 le décharge de cette responsabilité qu'il confie à Hippolyte Escalle, autre neveu par alliance de Jean Barthélemy et cousin germains des enfants Pascal. Remarquons que malgré cette infirmité, Jean Barthélemy vit seul dans sa maison de La Motte jusqu'à son décès.


Généalogie simplifiée de la famille Barthélemy

Hélène Barthélemy (1863-1947), épouse Jules Aubert (1852-1928)

Jules Aubert et Hélène Barthélemy ont eu sept enfants, tous nés aux Héritières, à La Motte-en-Champsaur :

  • Jean Julesné le 13 novembre 1881.
  • Marie Gustave, né le 6 novembre 1883, habituellement prénommé Auguste.
  • Joseph Louis Henri, né le 30 avril 1886.
  • Léonard Alexis, né le 23 février 1889.
  • Paul Adrien, né le 15 octobre 1891.
  • Hélène Félicie Léa, née le 20 août 1895.
  • Félicie Ida Émilie, née le 9 septembre 1900.

Jules Aubert (1881-1943)

Peut-être parce qu'il est le fils aîné, c'est à lui qu'échoit la charge ou le privilège, c'est selon, d'être le notaire de cette branche de la famille Gaignaire. Il a probablement fait ses classes comme clerc de notaire chez son cousin germain Paul Gaignaire (il est recensé à Gap, 3, rue de France, en 1906). Il est nommé notaire à Saint-Julien-en-Champsaur, par décret du 18 juin 1910. Il assurera cette fonction jusqu'à son décès en 1943, à l'âge de soixante-et-un ans. De son mariage avec Emma Pierrou (1890-1988), il a eu deux enfants, dont Francis (1920-2004), avocat à Gap.

Auguste Aubert (1883-1932)

De tous les enfants Aubert, il est le seul à avoir été tenté durablement par l'aventure américaine. C'est probablement lui qui arrive à New York le 5 mars 1904, en provenance du Havre, avec d'autres Champsaurins. Il va rejoindre son cousin Noé Aubert, à Riverside, en Californie. Comme son père, il ne se présente pas lors du conseil de révision, ni lors de l'incorporation. Il est déclaré insoumis le 9 avril 1909. À la différence de son père, il ne reviendra pas. Le 22 janvier 1916, il se marie à Grand Junction, dans l'état du Colorado avec une Américaine, Lalita Evers. Même s'il n'a pas rempli ses obligations militaires en France, il se fait recenser dans son pays d'adoption lors de la Première Guerre mondiale, en 1918. Il est alors qualifié d'éleveur de moutons et vit à Price, dans l'état de l'Utah où se trouvent de nombreux Champsaurins et ses cousins Florent Aubert et Jean Aubert. C'est là qu'il est recensé en 1920 avec son épouse, où il est précisé qu'il possède son propre ranch. Il est désormais prénommé August.

Son « Death certificate », sensiblement plus riche que les actes de décès français, nous apprend qu'il est mort le 14 mai 1932 chez lui, au 10 West 1st North, à Price, dans l'Utah, d'un « acute edema of the glottis & laryngitis » à la suite d'une maladie contractée à Colton, toujours dans l'Utah. Il travaillait alors pour Honoré Dusserre, un autre Champsaurin, comme « sheepman  » [berger]. Il était divorcé. C'est son cousin Florent Aubert (orthographié Florenz) qui déclare le décès.

Il est enterré au cimetière de Price. Si sa tombe ne semble pas avoir été conservée, un article très détaillé du journal local, The Sun Advocate, nous donne beaucoup de précisions sur les conditions de son décès.

La vie de berger dans les ranchs américains était dure. Malade, il est revenu à cheval au « corral » pour demander de l'aide, puis a été rapatrié à Price où il est mort. Comme le confirme cet article, il n'a pas eu d'enfants.

Louis Aubert (1886-1950)

C'est lui qui reprend la ferme paternelle aux Héritières. De son mariage avec Zélie Loubet, de La Motte (1899-1983), il a eu sept enfants dont aucun, semble-t-il, n'a pris sa succession. Il est mort à La Motte le 12 décembre 1950.

Léonard Aubert (1889-1969)

Lui aussi tenté par l'aventure américaine, il part du Havre sur La Provence, le 8 février 1913, et arrive à New-York le 15 février 1913, pour rejoindre son frère August(e) à Green River, dans le comté d'Emery, en Utah. Au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il vit à Price, dans l'Utah, comme son frère et ses cousins. Il revient en France au moment de la mobilisation et ne repartira plus. Après la guerre, on le retrouve forgeron à Grenoble, route d'Eybens, en 1921, puis il revient vivre à La Motte, comme propriétaire cultivateur, avec son épouse, Juliette Motte (1904-1999). Il n'a pas eu de descendance, à notre connaissance. Il est mort à La Motte le 7 mai 1969.

Léonard Aubert
Photo de sa carte du combattant
(source : Archives des Hautes-Alpes)

Paul Aubert (1891-1961).

Après avoir envisagé le notariat  il est clerc de notaire chez son frère aîné Jules, en 1911 , il se réoriente dans le commerce de quincaillerie, probablement au moment de son mariage, et rejoint sa belle-famille, les Andrety, qui gérait une quincaillerie à Gap, 45, rue Carnot. Cette entreprise, qui s'est beaucoup développée, est devenue « multi spécialiste dans la distribution de matériels de second œuvre de bâtiment  & des solutions pour l'habitat auprès d’une clientèle de professionnels, de particuliers, de collectivités et d’industries » comme l'explique son site Internet. Son fils Raymond Aubert (1922-2015) et son petit-fils Christian Aubert seront présidents de cette société. Il est décédé à Gap, le 3 mars 1961.

Hélène Aubert (1895-1973)

Elle épouse en 1919 Henry Brochier (1890-1974), de Saint-Julien-en-Champsaur, qui a été agent général d'assurances, à Valence (1936), après une carrière de sous-officier dans l'artillerie, d'où une descendance. Elle est décédée à Bourg-de-Péage, près de Valence, le 13 février 1973,

Félicie Aubert (1900-1985)

Elle épouse en 1929 Auguste Chabrier (1894-?), de Claret dans les Alpes-de-Haute-Provence, qui a été employé du Trésor à Nyons et Romans, après, lui aussi, une carrière de sous-officier dans les chasseurs à pied. Ils ne semblent pas avoir eu de descendance. Elle est décédée à Sainte-Marie-d'Alloix, dans l'Isère, le 27 septembre 1985.

Les parents Jules Aubert et Hélène Barthélemy ont toujours vécu aux Héritières, où ils ont cultivé le domaine familial. Jules Aubert est décédé le premier, le 2 avril 1928, à l'âge de soixante-quinze ans. Son épouse lui a survécu presque vingt ans. Elle est décédée le 10 août 1947 à l'âge de quatre-vingt-trois ans.

Mathilde Barthélemy (1866-1951), épouse de Pierre Pourroy (1863-1924)

En définitive, Mathilde Barthélemy qui avait eu un fils naturel en 1887 s'est mariée une dizaine d'années plus tard, le 12 août 1896, avec Pierre Pourroy, cultivateur à Pont Sarrazin, à La Rochette, près de Gap. Celui-ci avait aussi eu sa période américaine car, au moment du recensement de la classe 1883, il était cultivateur en Californie. Et, comme d'autres, il en était revenu.

La famille de Mathilde Barthélemy, ép. Pourroy se distingue par ses « Américains » et sa tombe. Pour commencer par ce dernier point, lorsqu'on va au cimetière de La Rochette, une très grande tombe attire le regard :



C'est celle de la famille Pourroy. Pourtant, elle n'est pas tant remarquable par sa taille que par les nombreuses photos et les plaques émaillées qui l'ornent, en en faisant presque un arbre généalogique illustré. L'autre caractéristique, que nous verrons plus tard, est le rappel de tous les « Américains » de la famille.

C'est ainsi que l'on peut dérouler par l'image l'histoire de cette branche, en commençant par le fils Henri Barthélemy dont le rôle a été très important dans la vie américaine de deux fils Pourroy. La tombe ne comporte pas de photo, mais une mention de son décès :


Après avoir vécu avec sa mère et son grand-père à La Motte-en-Champsaur, il suit sa mère à Pont Sarrazin, dans la famille de son beau-père. En 1906, âgé de dix-neuf ans, il est ouvrier confiseur, chez Irénée Faure, à Gap, rue Pasteur. Comme beaucoup de Hauts-Alpins de l'époque, l'appel de l'Amérique est le plus fort. Le 10 novembre 1906, il embarque au Havre sur La Gascogne. Il est qualifié de « pastryman » [garçon pâtissier], à son arrivée à New York dix jours plus tard où il vient rejoindre un ami, M. Senegas, à New York, 156 Christopher Street. Il s'installe alors dans cette ville qu'il ne quittera plus. Dès le 6 août 1912, moins de six ans après son arrivée, il fait une « declaration of intention » devant la cour suprême de l'état de New York pour acquérir la nationalité américaine, preuve que dès l'âge de vingt-cinq ans, il n'avait aucune intention de revenir vivre en France. Il est alors cuisinier et habite dans Manhattan, 102 E 54th street. Il obtiendra la citoyenneté américaine le 24 août 1917. Il est toujours cuisinier, mais il habite désormais 108 E 56th street, à quelques rues de son domicile précédent. Il a quitté la France avant son service militaire, ce qui avait conduit les autorités à le déclarer insoumis. Au moment de la déclaration de guerre, en 1914, il ne cherche toujours pas à régulariser sa situation en France, en revanche, il se fait recenser militairement aux Etats-Unis cette même année 1917. Ce document nous apprend qu'il est alors « chef », autrement dit chef cuisinier au Blackstone Hotel, un hôtel disparu depuis qui était situé 50 E 58th Street, à Manhattan. Il est donc enrôlé dans l'armée américaine du 8 décembre 1917 au 9 mai 1919 dans le Headquarter Detachment,  du 305th Machine Gun Battalion. Cela lui permettra ensuite, après la guerre, de se faire rayer des contrôles de l'insoumission en France, le 17 mai 1920, à la suite d'un avis du consul de France, à New York, du 26 avril 1920. Selon sa fiche matricule, il est domicilié dès 1922, au Gramatan Hotel, Lawrence Park, à Bronxville (New York). En 1923, il est rejoint par son demi-frère Arthur Pourroy et en 1925, par son autre demi-frère, Soliver Pourroy. Le 9 juin 1924, il demande un passeport « to visit my mother » en France. Cela nous permet d'avoir sa photo car la demande de passeport est conservée et numérisée sur le site FamilySearch :

Henri Barthelemy, en 1924

Il réside alors au Gramatan Hotel, à Bronxville (New York). Cet hôtel au nord de New York a eu son heure de gloire dans ces années-là. Il a disparu depuis :



Vers 1925, il épouse une américaine de Chicago, Lillian Luehrs (1897-1971) dont la mère était autrichienne. En 1930, il est recensé avec sa femme et sa belle-mère, dans le Bronx, au 400, Mosholu Parkway South, comme « chef » dans un hôtel. Son épouse est « waitress » [serveuse] dans un salon de thé. Après une première fille morte à l'âge de deux jours (Lillian Magdalene, née à New York le 4 avril 1933), ils ont une fille unique, Lillian M. née en 1936. En 1933, sa fiche matricule porte une adresse, à Atlantic City, 17 Indian Avenue, où est aussi domicilié son demi-frère Arthur Pourroy. En 1934, nous avons la dernière mention de son travail au Gramatan Hotel, à Bronxville. En 1935 et 1940, il est recensé avec sa femme, leur fille Lillian et sa belle-mère, dans le Bronx, au 400, Mosholu Parkway South. En 1942, il habite la même adresse et travaille pour le Tamarack Country Club, à Port Chester (état de New York). En résumé, il a toujours travaillé comme cuisinier ou chef cuisinier à New York ou dans la région de New York, en général dans des hôtels. Il n'a pas complètement perdu le contact avec la France car les archives conservent la trace d'une arrivée à New York le 25 mai 1951, en provenance de Cannes. Il s'est probablement rendu en France pour le décès de sa mère. Lui-même est décédé en 1960 et est enterré au Mount Hope Cemetery, à Hastings-on-Hudson (comté de Westchester, état de New York) où avait déjà été inhumée sa première fille.


Nous savons que sa fille s'est mariée en 1963 avec un certain Kenneth Rogers et qu'ils ont eu deux enfants, Linda et Paul. Il existe peut-être encore des descendants d'Henri Barthélemy aux Etats-Unis aujourd'hui.

Revenons à la famille Pourroy, sa belle-famille. Sur la tombe de La Rochette, la photo nous fait découvrir le père, Pierre Pourroy :


qui partage une plaque tombale avec son fils Arthur :


Né à La Rochette le 6 juin 1863, il est issu d'une famille de Champoléon, dans le Champsaur, venu s'installer à Pont Sarrazin au milieu du XIXe siècle. Après sa période américaine, Pierre Pourroy est revenu au village natal où il s'est marié à l'âge de trente-trois ans. De sa vie de propriétaire cultivateur, il n'y a guère de choses à dire. Il est décédé le 16 janvier 1924, à l'âge de soixante ans.

La mère, Mathilde Barthélemy :


Comme nous l'avons vu, Mathilde Barthélemy a vécu jusqu'en 1896 à La Motte-en-Champsaur, auprès de son père et, à partir de 1887, avec son fils Henri Barthélemy. Elle se marie relativement loin de son village natal, le 12 août 1896, à La Rochette. Probablement à cause de sa situation « irrégulière », le mariage n'a pas eu lieu au domicile de l'épouse, mais à celui de l'époux. Et ce jour-là, il n'y avait aucun témoin de son côté. Seul son père était présent. Sa vie se déroulera désormais à Pont Sarrazin, avec sa famille. Elle est décédée âgée, en 1951, à quatre-vingt-cinq ans. Pierre Pourroy et Mathilde Barthélemy ont eu six enfants, tous nés à Pont Sarrazin :

  • Fernand Pierre, né le 15 janvier 1898.
  • Gaston Alfred, né le 30 mars 1899.
  • Léopold Félicien, né le 11 février 1901.
  • Soliver Emmanuel, né le 9 avril 1903.
  • Arthur Ludovic Sabin, né le 17 août 1906.
  • Roger Albert Gaston, né le 16 mars 1909 et décédé deux semaines plus tard le 4 avril 1909.

Fernand Pourroy (1898-1918)

La plaque émaillée qui a été placée sur la tombe nous dit tout de sa mort :


Lors de la Première Guerre mondiale, il est incorporé le 1er mai 1917, à dix-neuf ans, au 157e régiment d'infanterie, puis passe au 26e régiment d'infanterie. Il est mort « tué à l'ennemi » dans le secteur d'Ambleny, à Saint-Bandry, dans l'Aisne et est inhumé à la nécropole nationale de Vic-sur-Aisne.

Léopold Pourroy (1901-1922)

Le troisième fils a aussi droit à une belle plaque émaillée :

En revanche, à la différence de son frère, il faut se référer aux archives pour nuancer ce qui est indiqué sur cette plaque. En 1918, il n'a que dix-sept ans et n'est donc pas mobilisé pour la guerre. Lors du recensement militaire, en 1921, il habite à Marseille, 1, boulevard Garibaldi. Il est incorporé le 9 avril 1921 au 1er régiment d'artillerie de montagne. À la fin de l'année 1922, toujours soldat dans ce régiment, il est admis à l'hôpital mixte (civil et militaire) de Gap où il décède le 20 décembre, à l'âge de vingt-et-un ans. Rien n'indique que son décès soit lié à son service militaire. Dans tous les cas, il n'a pas eu droit à la mention « Mort pour la France », en marge de son acte de décès dans les registres de Gap. Après avoir dit cela, on comprend la peine des parents qui voient mourir en quelques années deux fils alors qu'ils sont sous les drapeaux et qui souhaitent mettre en valeur leurs sacrifices pour la patrie.

Soliver Pourroy (1903-1951)

Le quatrième fils a été gratifié d'un prénom qu'il semble être le seul à avoir porté en France et même dans le monde (sur les millions de personnes accessibles via le site Geneanet, il est le seul à porter ce prénom). L'acte de naissance, très lisible, ne comporte aucune ambiguïté sur l'orthographe :

J'ai pensé, à un moment donné, qu'il s'agissait d'une orthographe personnelle (et fantaisiste) du secrétaire de mairie pour transcrire un prénom qu'il ne connaissait pas. Mais, la suite de l'histoire a prouvé que c'est sous cette forme que ce prénom a été utilisé jusque sur la tombe de La Rochette :

Pour moi, le mystère reste entier. D'où vient ce prénom ? Certes, il existe comme nom de famille, catalan semble-t-il, mais rien, ni sur internet, ni sur Gallica ne donne de piste. Il est probable qu'il s'agisse d'une forme dérivée d'un autre prénom, que le père ne savait pas orthographier, peut-être un souvenir de ses années américaines : Silver ? Oliver ? Solver (prénom norvégien, probablement présent aux Etats-Unis) ?

Son aventure américaine commence lorsqu'il arrive à New York par Le France le 16 avril 1925. À ce moment-là, il est encore qualifié de « farmer ». Il annonce à l'administration de l'immigration qu'il va rejoindre son demi-frère Henri Barthelemy, au Gramatan Hotel, à Bronxville (New York). Après ce premier séjour et un retour en France, il est de nouveau enregistré à New York le 29 janvier 1928. Il est alors qualifié de « butcher » [boucher]. Son contact à destination est toujours son demi-frère Henri Barthelemy, au Gramatan Hotel, à Bronxville (New York). Il déclare son intention de toujours rester aux États-Unis, même si nous n'avons pas trouvé trace d'une naturalisation. En 1930, il est recensé à Mount Vernon, dans le comté de Westchester (état de New York), avec sa femme Katie Pourroy, née Johnson, comme « chef » [chef cuisinier], dans un hôtel, et elle, comme « maid » [bonne], dans une famille, peut-être les Defeo, chez qui ils sont logés. En 1933, à l'occasion d'un nouvel enregistrement à l'immigration à New York, après un séjour de six mois en France, nous apprenons qu'il est désormais considéré comme résident permanent aux États-Unis. Il est toujours qualifié de « chef » et habite avec sa femme au 62 Morgan Street, à Tuckahoe (comté de Westchester, état de New York). Quelques mois plus tard, ils habitent maintenant 26 Summit Avenue, à Plainfield, dans le New Jersey, où il est toujours cuisinier. Cette commune d'un peu moins de 40 000 habitants, à 50 km au sud-ouest de New York appartient à son aire d'influence. Le pavillon où ils vivent existe toujours, dans le quartier nord de la ville, North Plainfield. Il n'a probablement guère changé depuis : 

North Plainfield, 26 Summit Avenue (au centre)

C'est là qu'il vivait encore lorsqu'il décède le 20 septembre 1951 à l'hôpital local, le Muhlenberg Hospital. Il n'a alors que quarante-huit ans. Un petit entrefilet dans le journal régional, The Courier-News from Bridgewater, New Jersey, nous donne l'information :

Soliver Pourroy, 48, of 26 Summit Ave., died this morning (Sept. 20, 1951) in Muhlenberg Hospital, after a long illness. Funeral arrangements have not yet been announced. Mr. Pourroy is survived by his widow, Mrs. Katie Pourroy; and three brothers, Arthur of Miami Beach, Henry of the Bronx, and Gaston, in France.

La traditionnelle description de la famille nous confirme qu'ils n'ont pas eu d'enfants. Une mention sur Geneanet cite un garçon mort en bas-âge.

Arthur Pourroy (1906-1968)


Son arrivée aux Etats-Unis semble précéder celle de son frère Soliver, puisque la première mention que l'on trouve est son débarquement du France, à New York, le 3 mars 1923. Il n'a que seize ans et est qualifié de « farmer ». Il va aussi rejoindre son demi-frère Henri Barthelemy, au Gramatan Hotel, à Bronxville (New York). En 1925 il est recensé à New York, mais rentre en France en 1926, probablement pour satisfaire aux obligations militaires. Il est de retour aux Etats-Unis, où il arrive à New York sur le De Grasse, le 21 janvier 1928. Il est alors qualifié de « cook » [cuisinier], suivant en cela l'exemple de ses deux frères, Henri et Soliver. C'est d'ailleurs le nom du premier qu'il donne à l'administration de l'immigration lorsqu'on lui demande qui il va retrouver. Comme précédemment, son point de chute à l'arrivée est ce Gramatan Hotel, à Bronxville (New York) qui semble avoir été si important dans l'histoire familiale dans ces années-là. En 1930, on le retrouve à Atlantic City, lorsqu'il fait sa déclaration d'intention pour naturalisation, le 2 décembre. Il est alors cuisinier et habite 127 North Morris Avenue, à Atlantic City (New Jersey). Il est naturalisé le 28 juin 1933 et habite toujours à Atlantic City, mais au 17 South Indiana Avenue. Atlantic City est une ville balnéaire située sur la côte atlantique du New Jersey. Elle est connue pour ses nombreux casinos, ses vastes plages et sa promenade emblématique. Il y avait du travail pour un chef cuisinier.

Plage d'Atlantic City, N. J. montrant les hôtels Shelburne, Dennis,
Marlborough-Blenheim, Claridge, Brighton and Traymore, vers 1930-1940.
(The Tichnor Brothers Collection, Boston Public Library/Wikimedia Commons)

Quelques années plus tard, il quitte cette station balnéaire pour une autre, car il est recensé avec sa femme Alma (on ne connaît pas son nom de famille), en 1950, à Miami Shores, 7515, Dickens Avenue. Il est « chef » [chef cuisinier]. Sa présence en Floride est attestée depuis 1945. C'est probablement lui qui tient le restaurant Nick & Arthur Restaurant sur la 79th Street Causeway, à Miami (North Bay Village) pour lequel on trouve cet historique sur la page Facebook de la Miami Springs Historical Society and Museum.

Nick Baca and Arthur Pourroy formerly with the Park Ave and Plantation Restaurants in Hollywood opened their Nick & Arthur's Restaurant located in the old Vanity Fair Building on the 79th St. Causeway on Jan 30, 1957. With Nick working the front and Arthur in the kitchen the restaurant became an immediate success. Giant portions of well prepared food served by well trained waiters made reservations a must unless you were prepared for a lengthy wait to get seated. They remained in business until 1986 after which Billy's Seafood Restaurant in Miami Springs opened their second location there.

Localisation du restaurant à Miami

Nick & Arthur's Restaurant, Miami Beach


Arthur Pourroy est mort en janvier 1968, dans le Dade County, probablement à Miami. Comme on l'a vu, son souvenir est rappelé sur la tombe de la famille Pourroy, à La Rochette, sur la plaque qu'il partage avec son père.

En conclusion sur les trois Américains de la famille de Mathilde Barthélemy, on peut noter qu'ils se distinguent de leurs compatriotes Champsaurins partis aux Etats-Unis par leurs destinations, leurs métiers et leurs épouses. Là où ses derniers partaient majoritairement dans l'Ouest américain (Californie, Nevada, Utah, Washington) pour y exercer le métier d'éleveur de moutons et se mariaient souvent avec des Champsaurines, soit déjà présentes sur place, soit qui venaient spécialement de France pour épouser un compatriote, les trois fils de Mathilde Barthélemy sont restés dans l'Est américain pour y exercer le métier de chef cuisinier et, les trois, ont épousé des Américaines.

Gaston Pourroy (1899-1967)

Gaston Pourroy
Photo de sa carte du combattant
(source : Archives des Hautes-Alpes)

Nous terminons par le seul fils resté à Pont Sarrazin pour succéder à son père. Les deux fils décédés jeunes auraient peut-être pu aussi lui succéder – ils sont qualifiés de cultivateur lors du recrutement militaire –, mais la vie en a décidé autrement. Les deux cadets ont préféré les Etats-Unis et la cuisine, à l'agriculture dans les Hautes-Alpes.

Gaston Pourroy s'est marié avec Louise Vial (1901-1984), de Bénévent-et-Charbillac. Ils ont eu trois enfants qui ont assuré une descendance à cette branche de la famille. Un enfant Pourroy, né à Gap en 2002, assure la continuité de la famille dans les Hautes-Alpes jusqu'à aujourd'hui.

Lien vers la généalogie de Félicité Gaignaire, ép. Jean Barthélemy et de sa descendance : cliquez-ici.

Article sur les parents de Félicité Gaignaire : Paul Gaignaire [58] (1796-1870) et son épouse Rosalie Gentillon [59] (1807-1868).